Art et culture

Geoffrey Farmer représentera le Canada à la Biennale de Venise


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L’artiste de Vancouver présentera son installation sculpturale multidimensionnelle qui explore des récits personnels et historiques interreliés à la 57e Biennale de Venise

Geoffrey Farmer against blue train in page

Geoffrey Farmer a un pied ici et l’autre ailleurs. En ce moment, l’artiste multimédia de Vancouver, dont les installations et les assemblages réunissent des éléments comme la vidéo, la performance, la sculpture et les objets trouvés, se trouve au cœur du quartier financier de Toronto, à une cérémonie organisée par le Musée des beaux-arts du Canada pour célébrer sa sélection à titre de représentant du Canada à la Biennale de Venise qui s’ouvrira en mai 2017. Éclairé en arrière-plan par la projection d’une photo en noir et blanc datant de 1955 et montrant une collision entre un train et un camion de transport de bois d’œuvre, l’artiste explique que cette photo a fondamentalement inspiré sa prochaine œuvre, intitulée A way out of the mirror, qui sera dévoilée à Venise en mai. 

L’artiste canadien de renom Michael Snow, qui a participé à la Biennale de 1970, ne se trouve qu’à quelques pas de lui. M. Farmer poursuit son récit en passant directement à l’année 1991. À ce moment-là, l’artiste de 24 ans qui étudie au San Francisco Art Institute tombe sur un numéro du magazine artscanada de 1970, qui contient un article sur l’exposition que présente alors M. Snow à Venise. Entremêlant adroitement les époques, M. Farmer nous raconte qu’en 1991, il venait d’entendre pour la première fois le poète Allen Ginsberg chanter Father Death Blues. Et lorsqu’il a reçu l’année dernière le courriel de sa sœur auquel était jointe la photo singulière qui est projetée derrière lui, il était en train de lire le poème Howl d’Allen Ginsberg. Les parallèles donnent le vertige.

Farmer nous apprend qu’en plus du photographe, une autre personne qui n’apparaît pas sur les photos se trouvait sur les lieux, soit son grand-père Victor. Ce dernier est décédé quelques mois seulement après l’accident. L’artiste ne savait rien de cet accident ni de son grand-père. Il explique que le projet de la Biennale de Venise a pour point d’ancrage le cheminement qui l’a amené à comprendre comment l’accident documenté sur les photos avait eu une influence sur sa vie et, d’une certaine façon, l’avait ordonnée sans même qu’il s’en rende compte. Il ajoute que l’œuvre présentée dans le pavillon découle de cette découverte.

C’est ce que fait M. Farmer : il réorganise des bribes éparses, déconstruit le monde et le ramène à une abstraction, qu’il s’agisse des photos qui inspirent l’œuvre qu’il présentera à Venise ou, par exemple, de la collection de 900 numéros du magazine Life dont il s’est servi dans son œuvre de 2012, Leaves of Grass, qui a suscité beaucoup d’éloges. Il dissèque ce monde et le reconstruit d’une façon originale et particulière, souvent sous la forme d’une installation tentaculaire.

Recherche dans les archives

Pour réaliser l’installation Leaves of Grass,  qui fait maintenant partie de la collection du Musée des beaux-arts du Canada, M. Farmer a découpé 16 000 images dans des numéros du magazine, les a collées sur des tiges d’herbe séchées et les a classées en ordre chronologique sur une table de 124 pieds de long. M. Farmer a comparé l’œuvre à un transporteur à courroie représentant l’histoire qui émerge d’une usine.

Selon Kitty Scott, commissaire de l’exposition de M. Farmer au pavillon canadien de la Biennale de 2017 et de l’art moderne et contemporain au Musée des beaux-arts de l’Ontario, l’œuvre de M. Farmer est à certains égards de nature archivistique. La commissaire fait référence au terme qu’utilise le critique d’art américain Hal Foster pour décrire les œuvres qui matérialisent des éléments d’information du passé au moyen d’images, d’objets et de textes trouvés. Mme Scott est toutefois d’avis que la dimension archivistique n’est pas prédominante dans l’œuvre artistique de M. Farmer.

« La recherche est très importante pour Geoffrey, de sorte que ses œuvres résultent généralement d’une longue période de recherche, observe-t-elle. D’heureux hasards, comme recevoir en cadeau des numéros du magazine Life, donnent parfois naissance à une œuvre telle que Leaves of Grass. » L’artiste a aussi un penchant pour la révision. Dans un essai, la commissaire Jessica Morgan s’est gentiment moquée de M. Farmer en le qualifiant d’« ennemi du musée », en raison de sa propension à modifier ses œuvres durant l’exposition.

Farmer précise toutefois que sa démarche de création revient à construire un moteur, puis à essayer de le faire tourner de lui-même, ce qui nécessite beaucoup d’ajustements et de retouches. Il indique que sa démarche varie, mais qu’il accorde une grande importance à l’expérimentation, ce qui comporte un risque d’échec, et aux enseignements qu’il en tire.

Regard vers l’avenir

La Biennale de Venise apporte son lot unique de défis. Selon M. Farmer, toute invitation à la Biennale est un privilège, mais il s’agit aussi d’un projet stimulant pour un artiste. Ainsi, il commence à ressentir une forte pression, surtout à l’idée de représenter le pays.

« La Biennale est l’équivalent des Olympiques du monde artistique parce que sa tenue nécessite la contribution de nombreuses personnes et une aide financière importante », affirme Mme Robin Anthony, conservatrice artistique de RBC. RBC Fondation apporte son soutien à M. Farmer depuis le début de sa carrière, notamment grâce à la publication du catalogue de l’exposition de l’artiste au Musée d’art contemporain de Montréal en 2008, et Mme Anthony a suivi l’évolution de la pratique créatrice de M. Farmer. Il y a quelques années, le Commissariat d’exposition de RBC a acquis une œuvre de Geoffrey Farmer, intitulée I am by nature one and also many, dividing the single me into many, and even opposing them as great and small, light and dark, and in ten thousand other ways, pour l’intégrer à sa collection.

Farmer est aussi d’avis que ce soutien est essentiel aux artistes tant sur le plan moral que financier. « La promotion de la culture et le soutien des artistes aux étapes cruciales de leur carrière est essentiel au rayonnement de la culture et de la société au Canada, et ce, dans une perspective générale et économique. Comme les activités culturelles créent des emplois et contribuent à l’économie du Canada, il est logique que RBC participe à leur essor », conclut l’artiste.