businessman looking towards window in deep thought

Andrew Maxwell et Alan Weider

Au moment de prendre des décisions de placement complexes, bien des gens suivent une série de règles de base simples qui, dans bien des cas, sont fondées sur des travers bien enracinés menant à des décisions irrationnelles. Ces travers peuvent faciliter la prise de décisions au quotidien, mais peuvent nuire au succès d’activités de longue durée comme le placement. En se familiarisant avec les comportements liés aux placements, les investisseurs peuvent mieux comprendre leurs propres travers et prendre de meilleures décisions de placement.

Cet article est le premier d’une série qui portera sur la finance comportementale. Nous y examinerons certaines des erreurs les plus courantes lors de la prise de décisions de placement et donnerons des conseils pratiques pour les éviter.

Nous commençons la série ce mois-ci en mettant l’accent sur deux des travers les plus courants des investisseurs : l’« aversion pour les pertes » et la « vue restreinte ».

Aversion pour les pertes

La peur de subir une perte a une influence beaucoup plus grande sur le comportement que le potentiel de gains.

L’aversion pour les pertes est un concept fondamental de la finance comportementale. Le lauréat du prix Nobel Daniel Kahneman et feu Amos Tversky ont résumé ce concept dans un document novateur publié en 1979 et intitulé Prospect Theory: An Analysis of Decision under Risk, en affirmant que les pertes sont perçues de façon plus vive que les gains. Des expériences menées par les auteurs ont révélé que, sur le plan psychologique, la douleur liée à une perte est deux fois plus intense que le plaisir lié à un gain.

C’est cette aversion pour les pertes qui peut pousser les investisseurs à prendre des décisions impulsives plutôt que rationnelles.

La décision de ne pas investir est une décision active prise chaque jour. La peur d’avoir raté une occasion de placement ou la crainte que les valorisations soient trop élevées sont des objections courantes et compréhensibles que formulent les investisseurs. Dans une telle situation, les investisseurs décident souvent d’attendre la prochaine occasion plutôt que de faire fructifier leur argent sur le marché. Comment les investisseurs peuvent-ils apprendre à faire fi de leurs émotions ?

Faites le test du lendemain

Envisageons la situation suivante. À titre d’investisseur, vous détenez une action ayant subi une lourde perte, mais vous ne pouvez vous résoudre à la vendre.

Faites le test du lendemain. Quelle serait votre réaction si l’action était vendue pendant la nuit et qu’à votre réveil, l’argent se trouvait dans votre compte bancaire ? Achèteriez-vous de nouveau cette action ? Le « test du lendemain » est un moyen efficace de déterminer l’attachement véritable d’un investisseur à un placement.

Ce test peut s’appliquer tout autant aux investisseurs qui détiennent des liquidités importantes et qui envisagent un placement. Si vous vous retrouviez un matin avec des actions plutôt que des liquidités, quelle serait votre réaction ? Vendriez-vous immédiatement les actions pour retrouver vos liquidités ?

Concentrez-vous sur les aspects fondamentaux

Les gestionnaires de placements mentionnent souvent qu’ils se concentrent sur les aspects fondamentaux, et à juste titre. Les spéculations des médias mettent l’accent sur l’agitation, alors que les aspects fondamentaux (données quantitatives et qualitatives concernant les sociétés et les marchés) sont des indicateurs de l’orientation des actions et des économies.

En achetant l’action d’une entreprise qui accroisse depuis longtemps ses ventes, son bénéfice et son dividende et qui est capable de réinvestir les bénéfices non répartis, au nom des actionnaires, à son taux de rendement interne, qui est habituellement bien supérieur au taux de croissance de l’économie, vous disposez d’au moins 95 % des informations qu’il vous faut connaître. En revanche, le tapage médiatique et la perspective de fluctuations à court terme, qui trop souvent dictent les choix, sont inutiles.

La peur de subir une perte peut amener les investisseurs à conserver des liquidités en pensant que, puisque les marchés ont progressé, ils chuteront assurément. Il est vrai que les marchés n’évoluent pas de façon linéaire et peuvent chuter ou reculer aussi bien qu’avancer. Pour prendre des décisions de placement en toute confiance, un important facteur consiste à connaître l’orientation de l’économie. En général, lorsque l’économie va bon train, elle génère des retombées positives sur les bénéfices des sociétés et les cours des actions. À l’inverse, les récessions leur sont carrément néfastes. Parmi les indicateurs utiles de la phase que pourrait amorcer l’économie, mentionnons les prévisions générales des économistes, les prévisions des banques centrales et plusieurs indicateurs avancés fiables.

Vue restreinte

Lorsqu’ils mettent l’accent sur les fluctuations à court terme d’une action ou d’un marché, les investisseurs ont souvent une vision déformée de la véritable valeur de la société ou de l’indice boursier, ce qui les dissuade de prendre des risques qui sont à leur mesure.

Il existe une histoire bien connue mettant en scène Paul Samuelson, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et lauréat du prix Nobel en sciences économiques. M. Samuelson avait proposé à son collègue un tirage à pile ou face. Si la pièce tombait du côté face, son collègue recevait 200 $, mais si elle tombait du côté pile, son collègue devait payer 100 $.

Le collègue a refusé la proposition, car la douleur que pourrait provoquer la perte de 100 $ l’emportait sur le plaisir que susciterait un gain de 200 $. Toutefois, le collègue a fait une contre-proposition : plutôt que de faire un seul tirage, il souhaitait en faire 100.

S’il n’était pas prêt à tenter le coup une fois, pourquoi était-il disposé à le tenter 100 fois ?

Voyons un exemple d’une « vue restreinte » dans un contexte de placement. Imaginez que vous avez 10 000 $ à investir et que vous n’avez pas besoin de cette somme avant cinq ans. On vous propose deux fonds, dont les rendements sont illustrés dans les graphiques ci-dessous. Le graphique de gauche montre les rendements mensuels d’un fonds de placement au cours des cinq dernières années. Le graphique de droite montre les rendements mensuels équivalents d’un fonds sur des périodes mobiles de cinq ans, allant du plus faible au plus élevé (p. ex., le rendement sur une période mobile de cinq ans pour janvier 2012 comprend les rendements obtenus du 1er février 2007 au 31 janvier 2012).

Des expériences ont montré que, à la lumière de ces données, les investisseurs sont plus susceptibles de choisir le fonds représenté par le graphique de droite. La perspective de rendements positifs stables que trace ce graphique est plus attrayante que l’idée d’obtenir les rendements mensuels très volatils présentés dans le graphique de gauche.

investor bias 5year returns

Source : RBC Gestion de patrimoine

On ne devrait pas s’étonner, toutefois, que les deux graphiques illustrent les rendements d’un même fonds. Lorsqu’ils considèrent le rendement dans une perspective à plus long terme, selon une vue élargie, et qu’ils permettent aux fluctuations à court terme de se niveler, les investisseurs sont plus susceptibles d’accepter un niveau de risque supérieur. En apprenant à faire abstraction des variations à court terme et en mettant plutôt l’accent sur les tendances à long terme, il est possible de connaître une expérience de placement plus positive.

Pour en revenir à nos professeurs du MIT, pourquoi le collègue de M. Samuelson était-il disposé à faire le tirage 100 fois, mais pas une seule fois ? Quand tout dépendait d’un seul tirage à pile ou face, la probabilité qu’il perde 100 $ était de 50 %. Cependant, en réalisant 100 tirages, il obtiendrait sans doute environ 50 fois pile et 50 fois face, et en acceptant de modifier la perte et le gain potentiels à 1 $ et 2 $, respectivement, il lui faudrait alors obtenir 100 fois pile pour perdre 100 $, un résultat hautement improbable. Parce qu’un gain de 2 $ était associé au côté face et qu’une perte de seulement 1 $ était associée au côté pile, tout résultat supérieur à 33 fois le côté face (sur 100 tirages) lui aurait valu un profit. Autrement dit, en prenant une « vue élargie », le collègue du professeur Samuelson améliorait ses chances de réaliser un gain (ou de ne pas subir de perte), qui passaient de 50 % à 67 %.

Pour en savoir davantage à ce sujet, surveillez les prochains numéros de Perspectives mondiales ; nous y publierons d’autres articles de la série « Gestion des émotions : comprendre les travers des investisseurs ».


Déclarations exigées
Ressources pour les recherches

Déclaration sur les analystes qui ne sont pas américains : Alan Weider, un employé de Royal Bank of Canada Investment Management (U.K.) Limited, une société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États-Unis, ainsi que Andrew Maxwell, un employé de Royal Bank of Canada Investment Management (C.I.), une société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États‑Unis, ont participé à la préparation de cette publication. Ces personnes ne sont ni inscrites ni qualifiées en tant qu’analystes de recherche auprès de l’organisme américain Financial Industry Regulatory Authority («FINRA») et, comme elles ne sont pas associées à RBC Gestion de patrimoine, elles pourraient ne pas être assujetties au règlement 2241 du FINRA régissant les communications avec les entreprises visées, les apparitions publiques et les opérations sur valeurs mobilières dans les comptes des analystes de recherche.