Le temps est toutefois peut-être venu de revoir cette évaluation complaisante. Trois facteurs expliquent l’accroissement apparent de la menace à court terme : la hausse du dollar américain, la baisse des prix du pétrole et le projet de relèvement des taux de la Réserve fédérale américaine.

En d’autres mots, ce nouveau contexte ne nuira pas à la grande majorité des emprunteurs. Cependant, une poignée de points chauds relatifs à la dette exigent une attention plus soutenue. Certains risques liés à la dette sont concrets, mais pas très importants.

Par exemple, la Grèce se retrouvera sans doute de nouveau en défaut de paiement à l’égard de sa dette publique. Toutefois, peu de détenteurs d’obligations du secteur privé participent encore au marché, la Grèce a déjà fait défaut en 2011 sans grand contrecoup et une future réduction de dette prendrait sans doute la forme d’un allégement ordonné de sa dette et non d’une défaillance désordonnée.

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D’autres problèmes potentiels auront des conséquences si lointaines qu’ils n’inquiètent probablement pas les marchés financiers pour l’instant. Le niveau de la dette publique des pays développés, qui correspond maintenant à 100 % du PIB, en constitue un bon exemple. Cette proportion est importante, mais peu de pays éprouvent des difficultés en raison des coûts d’emprunt extrêmement faibles.

Même lorsque les coûts d’emprunt augmenteront au cours des prochaines années, l’échéance lointaine des titres de créance d’État et la capacité des pays de récupérer une part considérable de leurs paiements de coupons au moyen de l’imposition et du rapatriement par les banques centrales illustrent le fait que le risque, bien que grandissant, n’est pas réellement élevé.

La dette publique des pays développés ne deviendra préoccupante que dans plusieurs décennies, alors que l’effet conjugué de la détérioration des données démographiques et du statu quo des programmes d’admissibilité aux prestations entraînera une flambée de l’endettement public, qui avoisinera les 200 % du PIB.

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En revanche, la situation du crédit en Chine représente un risque important qui pourrait être lourd de conséquences. L’Empire du Milieu a rapidement accumulé du financement privé, qui totalise maintenant 200 % du PIB, un niveau alarmant. Le tableau de bord des risques liés à la dette de la Banque des règlements internationaux est en mode d’alerte chaque fois que le pays prend une mesure importante. La dette accumulée vient largement de l’effervescence du marché du logement, devenu chancelant. Ce nouveau contexte menace à la fois les constructeurs, les gouvernements locaux et les banques.

Les banques chinoises déclarent déjà une croissance annuelle de 52 % des prêts non rentables.

La Chine est bien sûr un pays particulier. Elle exerce un contrôle rigoureux des capitaux, son gouvernement national montre une dette publique anormalement faible et elle a depuis longtemps l’habitude de renflouer ses sociétés d’État lorsqu’elles sont aux prises avec une crise de crédit. Il est donc peu probable que ses problèmes d’endettement rejaillissent directement sur les marchés mondiaux du crédit.

L’incidence favorable du contexte de hausse des taux sur les marchés du logement en effervescence constitue un autre risque élevé, mais dont la portée mondiale est plutôt limitée compte tenu du fait que seul un petit nombre de pays montrent un tel niveau de fébrilité. Il ne s’agit malheureusement que d’une faible consolation pour les Canadiens, car leur pays figure dans ce groupe exclusif.

La dette liée au secteur du pétrole représente un autre risque qui pourrait être lourd de conséquences pour le Canada. L’endettement des sociétés énergétiques mondiales a presque triplé depuis 2006 et les pays membres de l’OPEP ne parviennent pas à équilibrer leur budget aux prix actuels. L’histoire montre que les sociétés liées à l’or noir commencent en général à éprouver des difficultés environ un an après un choc pétrolier. Nous devrions donc en apprendre plus au cours des six à neuf prochains mois.

L’endettement des sociétés comporte son lot de vulnérabilités importantes à l’échelle mondiale. De nombreux pays des marchés émergents (comme la Chine) se sont rapidement endettés. Ils ne donnent pour l’instant que peu de signes de détresse, mais ils pourraient être vulnérables à une future hausse des coûts d’emprunt. Entre-temps, une analyse ascendante a permis d’établir que près de la moitié des sociétés au Portugal, au Nigeria et en Espagne consacrent plus de 50 % de leurs revenus au service de leur dette. Il s’agit d’une proportion inquiétante, surtout dans un contexte où les taux sont sur le point d’augmenter.

Enfin, la dette extérieure des marchés émergents a grimpé de 2,5 billions de dollars américains depuis 2007, une hausse étourdissante. Les titres de créance libellés en dollars américains gardant la cote, la hausse du billet vert sera particulièrement problématique. Les marchés haussiers du dollar américain ont depuis longtemps l’habitude d’entraîner des crises de dette des marchés émergents. La plupart des pays ont mis en place des mécanismes de protection utiles depuis le dernier épisode de ce genre, mais la dette extérieure demeure un risque élevé ayant une grande importance à l’échelle mondiale.

Compte tenu de tous ces points chauds relatifs à la dette, il est pratiquement inévitable qu’un feu de broussailles s’allume quelque part sur la planète. Les autorités et les participants du marché peuvent régler un problème à la fois sans trop perturber l’économie mondiale. Toutefois, si de multiples problèmes surviennent en même temps, surgissant éventuellement ici et là dans le monde, tous les paris seront ouverts!

La période d’incertitude n’est pas encore terminée.

Le présent article est d’abord paru dans le Report on Business du Globe and Mail le 19 août 2015.