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Bien souvent, la philanthropie est une affaire de famille. Le philanthrope, avocat et homme d’affaires canadien Fred Fountain est issu d’une grande famille de bienfaiteurs. Son grand-père, Fred C. Manning, était aussi connu pour sa générosité que sa fibre entrepreneuriale. M. Manning, qui s’est taillé un empire dans des domaines comme les fournitures, le gaz, le pétrole et les composantes radio et électriques, a été l’un des plus éminents entrepreneurs de la Nouvelle-Écosse. Au fil du temps, il a remis des millions de dollars à des organismes et à des établissements d’enseignement de la région atlantique, ce qui lui a valu d’être le premier Canadien en l’honneur duquel on a nommé une école de gestion.

M. Fountain, un homme modeste, indique que sa famille attendait de lui qu’il donne au suivant. E il le fait – depuis presque toujours d’ailleurs. Tout en menant une fructueuse carrière en droit et en investissement, il donne temps et argent à des programmes œuvrant dans les domaines de l’éducation, des arts, du secours aux sinistrés et de la protection de la faune. Il est donc bien au fait de l’importance pour les philanthropes d’adapter leurs pratiques à l’air du temps. « Les philanthropes doivent savoir prendre acte des nouvelles façons de faire », dit Fountain. « Et ils doivent trouver le moyen de régler plus rapidement les problèmes auxquels ils font face. » 

La nouvelle génération en convient. Les philanthropes d’aujourd’hui caressent de grandes ambitions, comme celles de freiner les changements climatiques et d’éradiquer la pauvreté en Afrique. Pour faire progresser leurs objectifs, ils s’associent de plus en plus à d’autres bienfaiteurs, à des acteurs du secteur privé et au gouvernement. La collaboration s’est d’ailleurs révélée comme l’une des grandes tendances philanthropiques de l’heure lors du Sommet 2016 de Forbes sur la philanthropie, commandité par RBC Gestion de patrimoine. Les participants ont profité de l’occasion pour se pencher sur l’évolution de la philanthropie au 21e siècle.

Viser la lune 

Les participants au sommet sur la philanthropie ont salué l’audace de leurs pairs qui n’hésitent pas à rêver grand et à viser la lune par l’entremise d’ambitieux projets philanthropiques, communément appelés « moonshots ». Google a suggéré ce terme pour désigner tout projet audacieux visant à régler un important problème à l’aide de solutions radicales, par l’entremise de technologies novatrices. Par exemple, les efforts que déploie la Fondation Bill et Melinda Gates pour éradiquer les maladies transmises par les moustiques ont trouvé écho dans l’auditoire.

M. Fountain s’est inspiré de diverses initiatives biotechniques pour accroître le bassin d’organes destiné aux greffes. Rob Sobey, philanthrope dévoué et membre de la famille à l’origine de la célèbre chaîne de supermarchés canadienne, s’est senti interpellé par cette discussion, particulièrement en ce qui a trait à la lutte au cancer. Alexandre Mars, l’homme d’affaires français qui a fondé l’entreprise de messagerie instantanée Scroon, s’est quant à lui démontré un intérêt pour les activités visant à accroître l’implication sociale des entreprises.

Selon M, Mars, les dernières avancées technologiques permettent d’entrevoir la réalisation de projets de grande envergure, dits « moonshots », avec beaucoup plus de réalisme. « En 2016, nous avons les outils. Il existe une application nous permettant de voir le nombre de vaccins administrés dans un village africain grâce à nos dons, ou encore, le nombre d’enfants ayant dormi en centre d’hébergement à New York la semaine dernière. » En tant qu’entrepreneur dans le domaine des technologies, M. Mars sait bien que les récentes avancées ont permettent de mettre au point des solutions que d’anciennes générations de philanthropes n’auraient jamais pu soupçonner.

Pour réussir, il faut savoir trouver le bon équilibre entre les objectifs extrêmement ambitieux et ceux qui se trouvent davantage à notre portée. « La notion de « moonshot » m’amène à me questionner sur le bon niveau d’ambition et de risque à adopter pour parvenir à nos fins », explique M. Fountain. Il nous prévient que s’« il est permis de prendre des risques, il faut tout de même éviter d’en prendre trop ». Même si elles n’ont pas la même envergure, il serait malheureux de « gaspiller des ressources qui pourraient autrement servir d’autres causes ».

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Mettre l’accent sur un nombre restreint de causes pour avoir plus d’impact 

De nombreux philanthropes ont l’habitude de soutenir un grand éventail de causes par l’entremise d’organismes de bienfaisance ou de fondations familiales dont le mandat est vaste. Un portefeuille typique peut à la fois faire la promotion des arts, de la lutte aux maladies, de l’éradication de la pauvreté et de la protection de l’environnement. Malheureusement, en adoptant une telle approche, les philanthropes risquent de diluer l’impact de leurs dons.

Par l’entremise des diverses fondations qu’elle a mandatées, la famille Sobey finance des bourses d’études, la recherche sur l’Alzheimer, le cancer et la santé mentale, des centres communautaires ainsi que les arts visuels. « J’aime l’idée de concentrer nos efforts sur les causes qui nous tiennent le plus à cœur pour maximiser l’effet de nos interventions », dit Sobey, qui dirige la Fondation Sobey pour les arts, l’une des fondations de sa famille. La famille privilégie les bourses d’études et les prix, octroyés au mérite et au besoin, aux projets d’infrastructure.

William Murray, vicomte de Stormont, pense croit lui aussi aux bienfaits de cette tendance à la concentration. Il a travaillé et fait toujours du bénévolat auprès de l’Ordre souverain de Malte, un organisme de bienfaisance catholique laïque, qui veille au mieux-être des pauvres et des malades. (À ne pas confondre avec l’île de la mer Méditerranée, l’Ordre souverain de Malte est une institution unique. Fondé il y a 905 ans, il est le seul pays au monde ne disposant pas de territoire.) l’Ordre intervient à l’échelle mondiale dans une multitude de situations, allant du secours aux sinistrés à l’assainissement des eaux, en passant par l’aide aux foyers pour personnes âgées.

« De nombreuses fondations financent des causes relevant de nombreux domaines », dit Murray. « Il importe de trouver le bon axe, d’y mettre le temps qu’il faut et de travailler fort à la réalisation de son objectif. » L’idée de se concentrer ses efforts sur les quelques causes choisies lui plaît. L’une de ses causes est l’organisme sans but lucratif Juanfe, qui vient en aide aux mères-enfants et aux mères adolescentes qui vivent sous le seuil de la pauvreté en Amérique latine. Une autre de ses causes est le Scone Project, un programme de leadership qui aide les membres de la génération Y nés au sein de familles très nanties à devenir les dirigeants et les philanthropes de demain. « J’ai voulu créer un programme et un réseau pour les personnes d’un même statut social qui souhaitent en apprendre davantage sur les échecs et les réussites qui attendent de nombreuses entreprises familiales, tout en renforçant leurs capacités de leadership, afin de pouvoir contribuer à toutes les sphères de la société », dit M. Murray.

Collaborer avec des philanthropes qui partagent notre vision des choses

Le Sommet a également permis de constater que la passion des intervenants pour la collaboration est une autre grande tendance du monde philanthropique. M. Sobey aime l’idée de « travailler avec des philanthropes qui partagent sa vision des choses pour faire progresser ses causes ». M. Fountain aussi. « Lorsqu’on travaille pour le bien commun, la collaboration est essentielle. Amener les entreprises à travailler ensemble au mieux des intérêts du projet, sans qu’il s’écroule » ou qu’il soit paralysé par la bureaucratie, est l’un de nos plus grands défis.

M. Fountain l’a d’ailleurs constaté lorsqu’il a mis sur pied le Stay Connected Mental Health Project dans sa Nouvelle-Écosse natale. Le programme quinquennal vise à former des médecins de famille, des infirmières et d’autres intervenants, de sorte qu’ils puissent venir en aide aux jeunes souffrant de dépression et d’anxiété. Même si les maladies mentales se développent bien souvent pendant la transition entre l’adolescence et l’âge adulte, aucune route n’a été clairement établie pour assurer le passage des adolescents aux soins aux adultes. Le programme Stay Connected vise à intégrer les soins de santé à l’échelle des institutions. 

Le programme a vu le jour grâce aux efforts conjugués de nombreuses entités publiques et privées. Selon M. Fountain, la facilitation fait partie intégrante des responsabilités du philanthrope. « Vous devez être prêt à travailler tant que possible et à ne pas prendre tout le crédit », ajoute-t-il. « L’objectif est de réussir. Il importe peu de savoir grâce à qui.”

D’autres donnent écho à cette modestie, en louangeant l’exemple de Warren Buffett, le financier milliardaire qui s’est engagé à léguer une partie de sa fortune de 70 milliards de dollars à la Fondation Bill et Melinda Gates. « Cette collaboration est très inspirante », dit M. Murray. « M. Buffet a vu le modèle de Bill Gates et s’est dit : ‘Ça fonctionne ; voici mon chèque. Donnez-lui la gloire, il y a suffisamment de photos de moi.’ »

Les philanthropes d’aujourd’hui ont bien conscience d’une statistique clé : d’après l’Internal Revenue Service, le nombre de demandes pour fonder de nouveaux organismes de bienfaisance ont doublé aux États-Unis, passant de 45 289 en 2013 à 92 653 en 2015. Bien qu’ils saluent la compassion à la source de ces élans de philanthropie, ils souhaitent nous mettre en garde contre les effets négatifs d’un tel dédoublement des efforts : il hausse les frais administratifs et limite notre capacité à régler les problèmes à grande échelle. « L’humilité sert l’investissement d’impact », dit M. Sobey.

La nouvelle génération reconnaît que tirer parti de l’expérience des autres favorise l’efficience. « Travaillez avec des organismes qui se sont déjà attelés à des tâches similaires », suggère M. Mars, un entrepreneur dans le domaine des technologies. « Ne pensez pas qu’il faut toujours réinventer la roue », ajoute M. Sobey, l’un des dirigeants de la chaîne de supermarchés. Inciter les autres à contribuer à votre cause ou à égaler vos dons est une autre forme de mobilisation. « Lorsque vous amenez un tiers à tirer parti de la situation », dit Fountain, « tout le monde gagne. »

Communiquer pour bâtir des ponts entre l’ancienne et la nouvelle génération

L’humilité de M. Buffett n’atténue en rien la nécessité de mobiliser l’appui du public. « Les philanthropes et les organismes devraient aider la population à comprendre qu’il est normal de contribuer au bien commun, qu’il n’y a rien d’exceptionnel là-dedans », dit M. Mars. Pour que s’améliorent de façon exponentielle les situations les plus complexes, les philanthropes doivent bénéficier d’un vaste appui, et donc savoir le demander.

Pour maximiser l’impact des dons de bienfaisance, il est essentiel de bien communiquer. M. Murray estime que sa génération a un avantage sur celle de ses prédécesseurs : elle peut aisément communiquer ses messages et facilement accéder à l’information. « La collaboration en est facilitée, et notre capacité d’adaptation, grandement augmentée. Le monde a beaucoup changé. »

Bien qu’elle y soit pour beaucoup, la technologie n’est pas la seule à avoir changé les communications. L’importance d’engager un dialogue constructif avec la nouvelle génération y est aussi pour beaucoup. Selon M. Fountain, il est vital d’impliquer les jeunes en leur confiant non pas un rôle d’exécutant, mais de dirigeant. Mars en convient, ajoutant que la nouvelle génération servira de levier au changement social.

Pour sa part, Sobey est fier que sa famille mise sur les bourses d’études. « L’un des principaux facteurs de réussite, et l’un des meilleurs moyens de s’assurer que la prochaine génération donnera au suivant », dit-il, « est l’éducation ». Nous commençons à y travailler, et nos efforts portent leurs fruits ».