father son toy cars in page

En matière de patrimoine, de nombreuses familles consacrent beaucoup de temps et d’énergie à sa constitution, mais beaucoup moins sur la façon dont il sera transmis à la prochaine génération.

Les statistiques montrent que la majorité des familles fortunées ne parviennent pas à transférer correctement les actifs d’une génération à la suivante, ce qui entraîne non seulement une perte de contrôle de ces actifs, mais une perte de l’harmonie familiale.

« Les causes en sont le manque de confiance et de communication, ainsi que l’absence de préparation des héritiers et l’absence d’un consensus quant à la mission des membres de la famille concernant le patrimoine familial », explique Roy Williams, fondateur et président du The Williams Group et coauteur du livre Preparing Heirs: Five Steps to a Successful Transition of Family Wealth and Values.

L'importance des valeurs familiales

Traditionnellement, en matière de transfert du patrimoine l’accent était surtout mis sur les actifs, alors que, selon M. Williams, une plus grande attention devrait être apportée à l’établissement et au maintien de valeurs familiales.

« Les valeurs que nous avons déterminent les gestes que nous posons ou non », ajoute M. Williams.

Les valeurs familiales peuvent inclure des questions de nature spirituelle, intellectuelle, psychologique, physique ou financière.

M. Williams souligne que les membres d’une famille doivent travailler ensemble pour établir ce qui est important pour eux, en tant qu’équipe et en tant qu’individus. Il doivent aussi utiliser ces valeurs comme une boussole pour prendre les décisions qui auront une incidence sur la famille.

« Lorsqu’on commence à faire de la famille une équipe, avec des rôles définis et des normes de rendement établies, alors tout ce mystère, le dogme, les privilèges, le complexe des nantis cessent d’être un facteur à prendre en considération », ajoute M. Williams.

Celui-ci dit que les membres d’une famille doivent aussi sans cesse discuter entre eux des désaccords inévitables entourant les valeurs et la distribution des actifs, afin d’améliorer les communications entre eux et d’instaurer un climat de confiance.

« Vous pouvez avoir les plans successoraux les mieux préparés au monde, mais s’ils reposent sur une dynamique familiale chancelante, alors ils sont voués à l’échec », affirme-t-il.

Quand faut-il amorcer la discussion?

La plupart des parents savent que la discussion à propos du transfert de patrimoine est nécessaire. La question est de savoir quand l’amorcer.

Il est normal que les parents soient préoccupés à l’idée de divulguer leur niveau de richesse à leurs enfants quand ils sont jeunes, de crainte que cela les empêche de mener à bien leur parcours personnel et professionnel sans aucune aide extérieure.

« Ils craignent que leurs enfants ne fassent pas de leur mieux pour se tailler eux-mêmes une place ou qu’ils ne feront pas des choix judicieux », affirme Leanne Kaufman, chef, Successions et fiducies RBC, à RBC Gestion de patrimoine.

Selon eux, cela pourrait inciter certains de ces enfants à prendre des décisions inconsidérées, qui pourraient même modifier le cours de leur vie.

Contacter un conseiller expérimenté
Vous n'avez pas de conseiller RBC et vous souhaitez en trouver un ? Laissez nous vous connecter avec l'un d'eux.

« Nous voyons beaucoup de familles dont certains membres se sont trop fiés au fait de savoir que la famille disposait des fonds nécessaires pour les sortir du pétrin en cas de besoin », dit Kaufman à propos des héritiers.

Les parents qui espèrent éviter que leurs enfants souffrent du complexe des nantis peuvent commencer par leur enseigner la valeur de l’argent dès leur jeune âge, en commençant par leur donner une modeste allocation », explique Judi Cunningham, une conseillère auprès des entreprises familiales, éducatrice et conférencière, et fondatrice de l’Institute of Family Enterprise Advisors, établi à Vancouver.

Elle recommande non seulement aux parents de parler avec leurs enfants de la façon dont ils peuvent dépenser leur argent, mais aussi de la façon de l’économiser et d’en donner une partie aux organismes de bienfaisance. « La conversation devrait porter sur les raisons pour lesquelles chaque geste est posé, ainsi que sur les avantages et les inconvénients de chacun », dit Mme Cunningham.

« Je pense que, souvent, les familles croient que les enfants ne sont pas assez évolués pour comprendre certains de ces concepts », explique-t-elle.

« Vous pouvez avoir des discussions constructives au sujet de l’argent avec de jeunes enfants. Ces discussions sèment les graines qui leur permettront de jeter les bases pour donner un sens à leur vie afin que, lors du transfert du patrimoine, cela devienne une expérience totalement différente pour une famille. Ils comprennent alors comment ils veulent vivre leur vie et l’argent devient pour eux un uniquement un outil pour y parvenir. »

Ce ne sont pas du tout les conversations que peuvent avoir les membres d’une famille qui entraînent la mauvaise gestion des actifs et qui mènent à des conflits familiaux lorsque vient le temps de transmettre le patrimoine à la prochaine génération.

Une fortune soudainement acquise est souvent dilapidée

Trop souvent, selon Mme Cunningham, les parents croient que le contenu d’une succession, y compris l’argent et les actifs personnels, doivent être tenus secrets jusqu’à leur décès. Le problème survient lors de la lecture du testament et des dernières volontés des défunts aux héritiers et que ceux-ci ne comprennent pas pourquoi un frère ou une sœur, ou un autre membre de la famille, a reçu quelque chose qu’ils perçoivent comme ayant une plus grande valeur sur le plan financier ou émotif.

Mme Cunningham ajoute que la plupart des parents essaient de traiter tous leurs enfants sur le même pied d’égalité, mais que ceux-ci n’ont pas toujours cette impression selon le type d’actifs qui sont distribués.

« Les gens se disputent parce qu’ils sont perturbés en raison de la signification qu’ils ont accordée jusqu’ici à ces biens ou à ces actifs », poursuit-elle. « Cela se produit habituellement lorsque les membres de ces familles n’en ont pas discuté auparavant. Ils n’ont pas dit aux autres la signification que revêtait pour eux ces actifs. »

Ces actifs peuvent comprendre n’importe quoi, d’un objet de famille à un bien immobilier ou encore des placements.

« Les parents ne dispensent pas leur amour au moyen de l’argent ni des objets, mais c’est ce que ressentent les gens », selon Mme Cunningham.

Elle dit que de nombreuses familles consacrent beaucoup de leur temps à accumuler leurs richesses, mais pas assez à préparer leurs enfants à bien les gérer plus tard dans leur vie.

« C’est lorsqu’ils deviennent soudainement riches que le patrimoine finit par être dilapidé »,conclut-elle. « Si on transfère l’argent sans qu’il n’y ait eu de développement du capital humain et intellectuel au sein de la famille… c’est là que les problèmes surviennent. »

Les professionnels peuvent aider à orienter la conversation

La plupart des familles bénéficient des conseils et de l’aide de conseillers externes, ayant l’expertise financière et un point de vue extérieur qui les aideront à orienter la conversation.

« Une des choses les plus importantes qu’un conseiller financier puisse faire est de parler aux membres de la famille de qui ils sont vraiment et de ce qui est important pour eux », affirme Mme Cunningham. « Que veulent-ils faire de leur argent et à quelle fin sera-t-il utilisé ? »

« Un conseiller financier externe peut aussi parler d’expérience en se fondant sur son travail effectué avec les autres familles », selon Mme Kaufman de RBC.

Les conseillers ont aussi des compétences en planification financière et la capacité de gérer les actifs, ce qui pourra les aider à orienter les décisions financières qui sont prises d’une génération à l’autre.

« Ces conseillers ne regardent pas seulement une portion de la situation financière globale de la famille », dit Kaufman. « Ils essaient vraiment d’avoir un portait complet en tentant de comprendre quels sont tous les éléments qui entourent la succession, l’entreprise familiale [le cas échéant] et la dynamique familiale. Pour ce faire, ils doivent faire participer à la discussion les membres de la famille pertinents et ceux de la génération suivante afin de faire preuve d’une grande transparence. Cela facilitera tellement le transfert ! »

Mme Kaufman croit fermement que les conseillers doivent tenir régulièrement des réunions familiales pour les aider à faciliter la discussion ou à servir de médiateur dans le cadre de ces discussions au sujet du patrimoine qui sera un jour transféré.

« Nous avons certainement eu du succès avec cette approche », dit-elle. « Même s’il s’agit de quelque chose d’aussi simple que de s’occuper du chalet familial, ne supposez pas que tout le monde sait comment vous voulez que les choses se passent. Tenez une réunion familiale, et nous vous aiderons. »

Leanne affirme que le secteur des services financiers peut aussi aider les clients à comprendre l’importance de parler de patrimoine et d’amorcer tôt la conversation à ce sujet.

« En tant que conseillers, nous devons déterminer comment rendre cela sera plus facile pour les clients de nous inviter à jouer ce rôle, parce que nous ne pouvons pas présumer que c’est quelque chose qu’ils nous demanderont de faire », ajoute-t-elle.

« Nous devons leur faire prendre conscience et parvenir à leur démontrer comment nous pourrions leur faciliter les choses étant donné leur situation familiale. Je ne pense pas que la plupart des familles canadiennes, même celles ayant un modeste patrimoine net qui sera transmis à l’autre génération, ont vraiment discuté de ce qu’elles entendaient réaliser en tant que famille. »