US cash flag on tax form

Les refontes en profondeur du régime fiscal des États-Unis sont rares et ne surviennent habituellement que toutes les deux ou trois décennies. Le projet de loi de 1 500 milliards de dollars récemment adopté, qui comprend une baisse substantielle de l’impôt des sociétés et une réduction modérée du fardeau fiscal des particuliers, est le plus radical depuis l’ère Reagan. À notre avis, ces changements seront favorables à l’économie et au marché boursier américains.

Voici quelques-uns des principaux avantages pour les investisseurs en actions :

  • Le PIB des États-Unis devrait croître d’environ un demi-point de pourcentage de plus qu’il ne l’aurait fait autrement pendant au moins les deux prochaines années, selon nos économistes. Par exemple, plutôt que d’augmenter de 2,5 %, le PIB pourrait progresser de 3,0 % annuellement.
  • La croissance des bénéfices de l’indice S&P 500 et des autres grands indices devrait nettement s’accélérer.
  • Les secteurs où les revenus proviennent en grande partie du marché intérieur et où les dépenses en immobilisations sont élevées devraient afficher les hausses des flux de trésorerie disponibles les plus fortes.
  • Les sociétés ouvertes à petite capitalisation et les petites sociétés privées devraient profiter des baisses d’impôt les plus marquées puisque leurs taux effectifs étaient les plus élevés.
  • La disposition qui permet aux sociétés de déduire immédiatement la totalité de certaines dépenses d’entreprise semble mésestimée. Une telle mesure est susceptible de stimuler fortement les flux de trésorerie.
  • Cette déductibilité immédiate devrait entraîner une hausse des dépenses en immobilisations, qui sont une composante clé du PIB.
  • Les multinationales américaines qui avaient des taux d’imposition élevés pourront livrer une concurrence plus efficace aux rivales étrangères imposées moins lourdement.
  • De nombreuses sociétés utiliseront sans doute leurs flux de trésorerie supplémentaires pour prendre des mesures favorables aux actionnaires, comme établir des rachats d’actions ou les accroître, majorer les dividendes, effectuer des acquisitions ou assurer autrement une croissance de leurs activités.

Le marché a une longueur d’avance

Le marché boursier prend probablement déjà en compte une partie de ces bonnes nouvelles. Il est reconnu pour intégrer à l’avance les évolutions positives, surtout quand elles sont bien annoncées, et celles-ci ne font pas exception.

Par exemple, comme il devenait évident que le programme fiscal pourrait se concrétiser, l’indice S&P 500 a bondi de 5 % de la mi-novembre à la fin de décembre, soit tout juste avant que le projet de loi soit adopté par les deux chambres du Congrès. De plus, l’envolée du marché survenue immédiatement après l’élection présidentielle de 2016 a été attribuable en partie à l’optimisme inspiré par les baisses d’impôt et les autres mesures favorables à la croissance du gouvernement Trump.

Hausse convoitée des bénéfices

Les baisses d’impôt ont déjà contribué à faire grimper le marché boursier américain, mais leur plein effet pourrait n’avoir pas été entièrement pris en compte.

Les répercussions positives sur les profits et les flux de trésorerie des entreprises, qui sont l’essence même de ces mesures, ne deviendront pleinement visibles que lorsque les sociétés commenceront à intégrer les modifications au régime fiscal dans leurs estimations de bénéfices pour 2018. À notre avis, ces ajustements à la hausse des bénéfices ne sont pas encore complètement intégrés dans les prévisions générales et il se pourrait donc que le marché ne tienne pas entièrement compte des effets positifs sur les profits.

En 2018, les bénéfices de l’indice S&P 500 pourraient croître à un rythme annuel de 14,0 % à 18,0 %, voire plus, grâce aux réductions d’impôt, plutôt que 7,5 % comme nous l’estimions sans les baisses d’impôt. Cette fourchette de croissance plus élevée représenterait un bénéfice par action se situant entre 149 $ et 155 $, au-dessus du consensus actuel qui est de 147 $, d’après Thomson Reuters I/B/E/S. La prévision consensuelle pourrait toutefois finir par grimper encore plus haut, possiblement jusqu’à 160 $ par action, selon notre correspondant national de recherche.

Bénéfice annuel par action de l’indice S&P 500 et estimations en $ US

s&p-500 annual earnings

Sources : Thomson Reuters I/B/E/S, RBC Gestion de patrimoine ; les données en gris pâle pour 2017 et 2018 représentent les estimations
générales actuelles

La croissance des bénéfices pourrait grandement s’accélérer en 2018 étant donné la forte réduction du taux d’imposition des sociétés, qui est passé de 35 % à 21 %. Le taux réglementaire aux États-Unis, qui était parmi les plus élevés au monde (seules quelques très petites économies ont des taux supérieurs), est maintenant bien inférieur aux taux moyens du G7 et du G20, légèrement en dessous de celui de l’Union européenne et un peu au-dessus du taux moyen en Asie, selon la Tax Foundation.

Si la croissance des bénéfices augmente comme nous le prévoyons, ou même davantage, la valorisation du marché pourrait baisser à un niveau plus raisonnable (voir le tableau à la page suivante). Dans tous ces scénarios, la valorisation du marché pourrait augmenter en 2018 et peut-être par la suite, ce qui est favorable aux cours des actions.

Scénarios pour le ratio cours-bénéfice prévisionnel d’après les estimations de bénéfices pour l’ensemble de l’année 2018

forward price to earnings scenarios

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Thomson Reuters I/B/E/S ; données fondées sur le cours de clôture de l’indice S&P 500 de 2 673,61
le 29 décembre 2017

Sur le marché intérieur

Les secteurs axés sur le marché intérieur, les sociétés à petite capitalisation et celles qui ont des dépenses en immobilisations élevées pourraient connaître les baisses d’impôt et les hausses des flux de trésorerie les plus fortes.

Parmi les sociétés à grande capitalisation, plusieurs évoluent dans les secteurs du détail, des télécommunications, des produits industriels, des services publics et de la finance, pour ne citer que ceux-ci (voir le tableau).

Taux d’imposition effectifs de certains groupes sectoriels
(avant les baisses d’impôt)

effective tax rates

Sources : Correspondant national de recherche, Thomson Financial, FactSet, Standard & Poor’s ; données fondées sur le taux d’imposition effectif sur trois ans pondéré en fonction de la valeur en dollars ; données prises en compte jusqu’au 29 décembre 2017

Par exemple, avant les réductions d’impôts, les bénéfices des banques semblaient en voie de croître d’environ 9 % sur 12 mois en 2018. En tenant compte toutefois des baisses d’impôt, RBC Marchés des Capitaux estime que le taux de croissance moyen pourrait s’établir entre 15 % et 19 %.

À mesure que les sociétés ajusteront leurs perspectives pour 2018 en fonction de l’incidence positive des baisses d’impôt au cours des prochains mois, les investisseurs auront une idée plus précise de celles qui pourraient être les plus avantagées.

Préoccupations relatives aux exercices ultérieurs

Malgré tous les avantages que ce programme fiscal offre aux sociétés et aux investisseurs en actions, nous aurions tort de ne pas souligner qu’il ne réglera pas tous les maux.

Au fil du temps, il pourrait faire croître d’environ 1 000 milliards de dollars la dette nationale, ce qui est un montant raisonnable, mais quand même indésirable au vu du ratio dette fédérale/PIB qui se situe déjà entre 77 % et 104 %, selon la méthode de calcul utilisée.

Le programme fiscal ne résoudra probablement pas d’un coup toutes les difficultés du pays en matière de croissance des salaires ou de disparité des revenus. Même si les salaires ont récemment quelque peu augmenté, notre économiste pour le marché américain ne s’attend pas à ce que les baisses d’impôt entraînent un changement radical de la trajectoire.

Certaines dispositions du programme fiscal créent des incertitudes ou pourraient se révéler défavorables pour les hauts salariés dans des États où les impôts sont élevés. Même si la loi a minimisé l’effet néfaste de l’impôt minimum de remplacement, on ignore pour l’instant si cela compensera en totalité ou seulement en partie la perte par les contribuables de certaines déductions fiscales sur les plans étatique, local et foncier, ou si les États pourront élaborer des solutions de rechange.

Certains économistes remettent en question ou critiquent le moment choisi pour réduire les impôts. Selon eux, une stimulation budgétaire d’une telle ampleur devrait survenir quand l’économie éprouve des difficultés ou tente de se redresser, non quand elle est au paroxysme d’un cycle de reprise comme c’est le cas à l’heure actuelle. Bien que sensibles à cet argument théorique, nous ne sommes pas aussi préoccupés par le moment choisi, car la progression du PIB au cours de l’actuel cycle de reprise est bien inférieure à la normale et pourrait, en dépit des baisses d’impôt, ne pas atteindre les niveaux élevés enregistrés lors des reprises précédentes.

Une éventuelle résorption des effets positifs de cette réforme fiscale lors des exercices ultérieurs nous apparaît plus inquiétante. Certaines dispositions sont temporaires ; si elles ne sont pas réadoptées par un nouveau Congrès et un nouveau président, elles expireront. En cas de désaccord des législateurs, les répercussions positives des baisses d’impôt pourraient, à terme, céder le pas à des hausses d’impôt préjudiciables.

Baisse des impôts, hausse des attentes

Malgré les lacunes du projet de loi, nous ne pouvons faire fi du fait que le programme fiscal le plus important des 31 dernières années a été promulgué et que les retombées sur les sociétés cotées devraient être en grande partie positives. Les bénéfices et les dividendes des sociétés américaines devraient croître sous l’effet des baisses d’impôt et de la vigueur sous-jacente de l’économie. La loi devrait renforcer l’amélioration déjà amorcée des assises économiques et donner aux sociétés américaines une plus grande souplesse pour qu’elles élargissent leurs activités, rivalisent sur la scène mondiale et se développent, ce qui sera bénéfique aux employés et aux actionnaires.


Déclarations exigées
Ressources pour les recherches

Les renseignements qui figurent dans les présentes ne sont fournis qu’à titre informatif ; ils ne constituent pas des conseils fiscaux. Étant donné que RBC Gestion de patrimoine ne fournit pas de conseils juridiques ou fiscaux, les clients doivent consulter un conseiller fiscal ou un avocat compétent pour ce qui est de leur propre situation fiscale.