Communautés autochtones

Prix Inspiration Arctique 2019 : un appui à l’innovation dans le Nord canadien


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Quand des aînés des Territoires du Nord-Ouest ont décidé de créer un espace urbain où les Autochtones pourraient veiller à leur bien-être dans le respect de leur culture et de leurs traditions, ils étaient loin de s’imaginer que leur idée se concrétiserait en un projet primé inspirant maintenant d’autres collectivités.

Établie en périphérie de Yellowknife, l’Arctic Indigenous Wellness Foundation (AIWF) offre un programme urbain de ressourcement axé sur la terre qui a aidé plus de 2 000 personnes en quête de santé, de mieux-être, de conseils et de soutien communautaire.

« Les aînés ont conçu ce projet afin de reconnecter les citadins à la terre, dit Nicole Redvers, présidente du conseil de l’AIWF. L’objectif était de leur faciliter le plus possible l’accès aux services en levant les obstacles, tout en respectant leur culture. »

Le camp extérieur comprend un tipi et des tentes, un poêle à bois et une aire de préparation de repas opérationnels toute l’année. Le personnel est composé de membres de la collectivité autochtone, dont des aînés, qui sont disponibles pour aider les Autochtones et les non-Autochtones cherchant des conseils et du soutien pour divers problèmes comme la toxicomanie et les troubles de santé mentale.

Depuis son ouverture au printemps 2018, le camp a contribué à transformer la vie de nombreuses personnes en les aidant à arrêter de consommer drogues et alcool et à retourner au travail ou sur les bancs d’école. « Le projet a établi un système de soutien dans la collectivité », explique Mme Redvers, qui est docteure en naturopathie et membre de la Première Nation Deninu K'ue des Territoires du Nord-Ouest.

Le succès du camp est principalement attribuable au Prix Inspiration Arctique (PIA) de 1 million de dollars canadiens que l’AIWF a remporté en 2017. L’argent a contribué à financer le projet, y compris la construction et l’exploitation du site.

Le PIA a été créé en 2012 par les immigrants canadiens et clients de RBC Gestion de patrimoine Sima Sharifi et son mari, Arnold Witzig. Ce couple de philanthropes qui habite Vancouver est tombé amoureux du Nord canadien après un voyage à Iqaluit, il y a quelques années – et a depuis continué à explorer l’Arctique.

« Nous voulions inspirer, permettre de concrétiser et célébrer toutes ces réalisations des gens du Nord », a dit M. Witzig dans une entrevue avec le Globe and Mail en 2018.

Le couple a donné 60 millions de dollars au PIA, qui remet des prix totalisant trois millions de dollars chaque année, incluant un prix d’un million de dollars, jusqu’à quatre prix pouvant atteindre 500 000 $, et jusqu’à sept prix pouvant atteindre 100 000 $ pour les jeunes de moins de 30 ans. Les prix sont décernés à des projets communautaires qui contribuent à résoudre des enjeux liés à l’éducation, à la santé, à l’environnement et à l’économie.

En 2018, RBC Fondation a versé 250 000 $ à la Fondation Rideau Hall, l’organisation qui gère et administre le prix au nom de la Fiducie de bienfaisance du Prix Inspiration Arctique. De plus, RBC Fondation a financé l’un des prix octroyés.

Selon ce qu’on peut lire sur le site Web du PIA, le prix est destiné à des équipes multidisciplinaires qui ont contribué de manière substantielle, démontrée et remarquable aux connaissances sur l’Arctique, qui ont fourni un plan concret de mise en application de ce savoir au profit de l’Arctique canadien, de ses habitants et donc du Canada dans son ensemble, et qui se sont engagées à cet égard.

Voici quelques-uns des projets lauréats passés :

  • te(a)ch, un programme d’enseignement de la programmation, de la conception de jeux, de l’ingénierie et de l’informatique s’adressant aux jeunes ;
  • SmartICE (Sea-Ice Monitoring and Real-Time Information for Coastal Environments), un système de surveillance permettant d’assurer la sécurité des membres de la collectivité qui s’aventurent sur la glace le long des côtes ;
  • FOXY (Fostering Open Expression Among Youth), un programme d’éducation sexuelle et de sensibilisation à la réalité LGBTQ dans les collectivités du Nord.

« Ce sont des gens du Nord qui aident d’autres gens du Nord », dit Marti Ford, directrice générale du PIA entrée en fonction l’an dernier. Elle a été attirée à assumer ce poste par les projets que le PIA appuie et leur incidence.

« Notre programme change les choses. Il les change de la manière dont les gens le souhaitent, ajoute-t-elle. Ces personnes savent ce dont leur collectivité a besoin. Elles se présentent en disant “voilà ce que nous devons faire”. Et elles le font. »

Mme Ford se souvient du discours d’un adolescent qui a appris à réaliser des œuvres d’art à partir de ferraille grâce au projet From Scrap to Art, qui a remporté un PIA en 2018. « Il a dit : “On nous a appris à souder et maintenant, nous produisons des œuvres d’art”, se remémore-t-elle. J’étais en larmes, comme presque tous les gens dans l’auditoire. »

Selon Mme Redvers, de l’AIWF, le PIA est unique en son genre parce qu’il permet aux collectivités de s’aider elles-mêmes. « C’est l’un des seuls prix qui reconnaissent les projets autodéterminés, avance-t-elle. Il permet aux solutions communautaires de prévaloir. »

Elle poursuit en affirmant que l’AIWF a soutenu plusieurs personnes dans la collectivité, y compris des hommes qui hésitent souvent à demander de l’aide pour des problèmes comme la toxicomanie, l’alcoolisme et la dépression. Les hommes qui ont bénéficié du programme en encouragent maintenant d’autres à demander de l’aide.

« Ce sont des hommes que les autres programmes sociaux et de traitement ne sont pas parvenus à aider, dit-elle. Ici, les gens voient que cette personne va maintenant bien. Cela leur donne de l’espoir : ils se disent qu’ils peuvent y arriver, eux aussi. »

L’AIWF a inspiré d’autres collectivités à lancer des programmes similaires qui combinent des formes modernes et anciennes de traitement, y compris des techniques de guérison comme la préparation de nourriture traditionnelle.

« C’est extrêmement gratifiant pour nous de voir d’autres collectivités adopter des pratiques de santé autodéterminées, dit Mme Redvers. Rien de tout cela n’aurait été possible sans ce prix. »

La Maison de la famille Qarmaapik, à Kangiqsualujjuaq (au Québec), qui a aussi gagné un PIA, constitue un bel exemple de réussite. Cet organisme propose des programmes de développement pour les parents et un lieu sûr où les enfants peuvent se réfugier en cas de crise familiale. Sa mission est axée d’une part sur la sécurité et d’autre part sur la prévention de problèmes comme la violence domestique, la toxicomanie et le suicide.

Hilda Snowball, qui a cofondé la Maison Qarmaapik, explique que le projet a vu le jour à la suite de la publication de statistiques démontrant que la collectivité de Kangiqsualujjuaq détenait le triste record du nombre d’enfants en famille d’accueil à l’échelle du Nunavik.

« Nous avons lancé le projet afin de pouvoir abriter les enfants dans un lieu sûr et conseiller les parents à notre façon, avant qu’un signalement soit effectué à la Direction de la protection de la jeunesse », explique Mme Snowball, ancienne mairesse de Kangiqsualujjuaq et maintenant vice-présidente de l’Administration régionale Kativik.

En 2016, le programme a reçu la somme de 700 000 $ du PIA. Grâce à cette aide, les membres de la collectivité obtiennent le soutien, la compréhension et les outils dont ils ont besoin pour gérer les crises familiales – et les prévenir dans la mesure du possible. Les fonds provenant du PIA contribuent à financer les services-conseils, la formation des conseillers et l’organisation d’activités familiales, comme des excursions. Il s’agit d’un programme approprié du point de vue culturel, et ce sont des aînés ainsi que des conseillers issus de la collectivité qui en assurent la gestion.

« Nous voulons fournir les services à notre manière, dit Mme Snowball. Malgré les difficultés, notre collectivité ressort plus forte de cette expérience. »

Mme Snowball nous confie que d’autres collectivités désireuses d’instaurer des programmes similaires dans leur région les ont consultés, elle et ses collègues.

« Nous avons observé des retombées très positives dans notre milieu, dit-elle. Nous tentons vraiment d’habiliter les nôtres afin que nous puissions, en tant que collectivité, être responsables de nous-mêmes et de nos actions. »