Art et culture

Prix Taylor RBC 2016 – Les histoires personnelles composent la liste des finalistes


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Deux mémoires, un regard empreint d’humour sur le vieillissement et deux biographies à saveur historique, sont les œuvres retenues pour le prix Taylor RBC de cette année, le jury démontrant ainsi sa préférence pour les récits personnels plutôt que pour les écrits théoriques.

Ayant été nommé ainsi en l’honneur de l’écrivain canadien Charles Taylor, ce prix de 25 000 $ reconnaît l’excellence dans le domaine de la littérature non romanesque. Une courte liste d’ouvrages a été établie à partir des 121 récits soumis.

Le lauréat du prix Charles Taylor 2010, Ian Brown, fait partie de la liste des finalistes pour Sixty: The Beginning of the End, or the End of the Beginning?, tandis que son confrère journaliste, David Halton, est mis en nomination pour une biographie de son père, Dispatches from the Front: Matthew Halton, Canada’s Voice at War.

La romancière Camilla Gibb est finaliste pour ses mémoires, This is Happy, tandis que le communicateur et musicien Wab Kinew figure sur la liste des finalistes pour ses mémoires, The Reason You Walk. La biographe Rosemary Sullivan complète cette liste de finalistes pour son ouvrage intitulé Stalin’s Daughter: The Extraordinary and Tumultuous Life of Svetlana Alliluyeva.

Réflexions sur le vieillissement

Ian Brown, spécialiste de la rédaction de mémoires depuis la parution de The Boy in the Moon: A Father’s Search for His Disabled Son, une oeuvre lui ayant valu le prix Taylor en 2010, a rédigé Sixty pendant qu’il tentait tant bien que mal d’accepter le fait de devenir un sexagénaire.

« Une fois que l’on a réalisé qu’on est en train de vieillir, on a tendance à adopter deux points de vue différents : celui de l’école de pensée selon laquelle « la mort fait son chemin » ; il ne reste plus grand-chose, notre existence est très limitée et c’est justement sa finitude qui nous la rend si précieuse », dit-il.

« D’autre part, il y a les tenants de l’école de pensée de l’auto-assistance, c’est-à-dire que l’on ne vieillit pas, mais que l’on se bonifie avec l’âge… ce qui est, en général, illusoire. »

Au début du dernier quart de sa vie, Ian Brown a été confronté à des réalités contradictoires. D’une part, il est un homme actif qui fait du ski de haute montagne et qui, parfois, n’a pas l’impression d’avoir plus de 35 ans. D’autre part, il constate des signes évidents de dégradation physique et il ressent parfois pleinement le poids des années.

« Je me suis alors dit que j’allais tenir un journal afin de pouvoir suivre l’évolution de mon vieillissement et que peut-être que de cette façon, je pourrais en quelque sorte ralentir le temps et voir ce qui se passe en portant attention à certains détails », ajoute-t-il.

Le projet a commencé par l’affichage de messages sur des sites de médias sociaux, mais il est vite devenu clair pour M. Brown qu’il avait suffisamment de quoi écrire quelque chose de plus substantiel.

« Je pense qu’en Amérique du Nord, les statistiques sont les suivantes : il y a 10 000 personnes atteignant l’âge de 60 ans chaque jour et ce sera également le cas pendant les 15 prochaines années », affirme-t-il. « C’est beaucoup de monde. »

Un pan de notre histoire

Pour David Halton, Dispatches a également été un travail extrêmement personnel, lui permettant de faire la lumière sur la vie de son père Matthew, le correspondant de guerre renommé de CBC. M. Halton père a été comparé par de nombreuses personnes à Edward R. Murrow, mais il n’a pas la même image publique que le légendaire présentateur du journal télévisé américain, ce qui est devenu clair pour David Halton lorsqu’il est revenu au Canada, il y a dix ans, après avoir été affecté à Washington. Celui-ci a suivi les traces de son père en faisant aussi une brillante carrière à CBC.

« J’ai découvert que Matthew Halton était devenu un nom tombé dans l’oubli pour tous, sauf pour le nombre de plus en plus petit de Canadiens ayant vécu la Seconde Guerre mondiale », dit David. « Pour cette génération, il était une figure légendaire, sinon héroïque, en tant que correspondant de CBC. Il était un très bon porte-parole pour les troupes canadiennes, diffusant de leurs nouvelles au pays. »

L’oeuvre de David était une façon pour lui de contrer « cette tendance des Canadiens à oublier notre histoire et nos grands noms du passé».

Elle lui a également donné l’occasion d’en apprendre plus au sujet de son père, qui est décédé en 1956 quand David avait 16 ans. Pour ce faire, il s’est remémoré sa jeunesse passée principalement à Londres, où son père faisait des reportages sur l’Europe d’après-guerre.

« (Le livre) n’est pas vraiment basé sur mes souvenirs, mais plutôt sur un genre de voyage de découvertes tirées des archives, d’entrevues avec ses contemporains et de visites dans des lieux phares qui ont ponctué sa carrière, » précise-t-il.

Le chaos de la guerre en Europe se retrouve également dans les pages de Stalin’s Daughter, écrit par la biographe de longue date Rosemary Sullivan. L’auteure a été amenée à écrire sur le sujet après avoir lu, en 2011, une notice nécrologique rédigée pour Svetlana Alliluyeva, le plus jeune enfant et la seule fille du leader soviétique Joseph Staline.

« Deux phrases particulières de cette notice ont retenu mon attention », ajoute Mme Sullivan. On y rapportait qu’elle avait dit ceci : « peu importe où je vais, que ce soit dans une île ou en Australie, je serai toujours une prisonnière politique du nom de mon père ». Elle avait aussi affirmé ce qui suit : « on ne peut pas regretter notre destin, mais je regrette que ma mère n’ait pas épousé un charpentier ».

« J’aime réellement raconter la vie de femmes extrêmement intéressantes, et qu’est-ce qui peut être plus intéressant que cela ? »

Née et élevée au sein du siège du pouvoir soviétique, Svetlana Alliluyeva (qui a pris le nom de famille de sa mère après le décès de son père) n’a pas vraiment été à l’abri des horreurs qui ont frappé le reste de son pays sous Staline.

Lorsqu’elle avait six ans, sa mère s’est suicidée. Plus tard, un de ses oncles a été exécuté et deux de ses tantes ont été placées en isolement cellulaire. À 16 ans, son premier amour a été arrêté et envoyé au goulag.

« Elle a lentement compris que c’était son père qui faisait cela à sa propre famille. Comment se remet-on de ce genre de période sombre ?», ajoute Mme Sullivan.

En 1967, elle a fait défection aux États-Unis, laissant ses enfants derrière elle. Elle est retournée à Moscou en 1984, mais est vite revenue aux États-Unis sous le nom de Lana Peters.

Le grand intérêt de Rosemary Sullivan pour le sujet n’avait d’égal que le défi de la recherche.

Elle a reçu une aide considérable d’Olga, la fille issue du troisième mariage de Svetlana.

« Dès notre première rencontre, un lien s’est tissé entre nous », affirme Mme Sullivan. « Je trouve que c’est une Américaine très branchée. Son activité préférée est le monologue comique, pas le genre de chose à laquelle on s’attendrait de la part de la petite-fille de Staline. »

L’examen d’une vie difficile est aussi au centre des mémoires de Wab Kinew, The Reason You Walk.

Le livre repose sur la réconciliation de M. Kinew avec son père en 2012 après que ce dernier eut reçu un diagnostic de cancer. Wab a alors tout laissé en plan pour se trouver aux côtés de son père. Ils ont ensuite tous deux pu faire face à leurs difficultés passées et ont discuté de l’enfance malheureuse de son père, celui-ci ayant été victime d’abus dans un pensionnat. Ils ont fini par se réconcilier avant la mort de ce dernier.

Le livre de Camilla Gibb, This is Happy, aborde également le thème de la réconciliation familiale. L’auteure y relate ses batailles contre la maladie mentale et sa quête de stabilité familiale après que son époux l’eut quitté pendant sa huitième semaine de grossesse. Mme Gibb a tenté de rebâtir sa vie en jouant un plus grand rôle auprès des personnes de son entourage, ce qui a fini par donner un nouveau sens à son existence.

Le prix Taylor RBC sera décerné le 7 mars.

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