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SheEO opte pour la générosité radicale à l’égard des entrepreneures


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vicki saunders

Vicki Saunders s’écarte des modèles d’affaires traditionnels depuis son enfance passée sur une ferme de 100 acres dans la région d’Ottawa.

Mme Saunders se rappelle les moments où, à la table à dîner, elle écoutait avec ses trois frères ses parents parler de leur toute dernière idée pour diversifier l’entreprise familiale. Toute la famille s’engageait ensuite dans une séance de remue-méninges afin de rendre l’idée réalisable. Et dès le lendemain, on s’attaquait ensemble au projet.

« Rêver, créer quelque chose, l’améliorer, y faire des ajouts : c’était notre quotidien », se rappelle Mme Saunders, dont les parents, après avoir été enseignants, ont fondé Saunders Farm, l’une des premières fermes canadiennes à offrir des activités de divertissement.

Ce qui n’était au départ qu’une simple activité d’autocueillette de fraises proposée au public s’est transformé en une entreprise spécialisée dans l’organisation d’événements allant des repas champêtres aux camps d’été, en passant par une foule d’autres activités offertes aux familles et aux groupes durant toute l’année. « Ce milieu dans lequel j’ai grandi a été extraordinairement propice au développement de mes qualités d’entrepreneure », dit Mme Saunders.

Mme Saunders, qui se décrit elle-même comme une « entrepreneure en série », a par la suite démarré et mené au succès quelques entreprises en Europe, au Canada et dans la Silicon Valley.

« Je me suis découvert une passion phénoménale : celle de mettre à profit ma capacité de percevoir les problèmes dans le monde, puis de rechercher des solutions créatrices avec toute la persévérance que cela exige, dit-elle. Je considère les gens qui font ce genre de chose comme des membres de ma tribu. »

Son plus récent projet est la création de SheEO, un organisme sans but lucratif de Toronto qui offre du financement à des entrepreneures en s’appuyant sur un modèle d’affaires comportant un élément de financement participatif. Mme Saunders a conçu ce modèle d’affaires unique afin de soutenir des femmes qui fondent des entreprises, car, comme le montrent les statistiques, ces entreprises ont beaucoup de difficulté à trouver du financement. Son but, dit-elle, était d’introduire de l’innovation dans les systèmes de financement des entreprises en démarrage, car ces systèmes ont été conçus par des hommes et conviennent surtout aux hommes.

« Selon moi, pour faire émerger une nouvelle réalité, il faut créer une nouvelle expérience, dit Mme Saunders. J’éprouve un enthousiasme sans bornes pour les écosystèmes d’innovation, la modification des systèmes, la transformation des comportements et la création de systèmes véritablement axés sur la réussite des gens. »

Promouvoir une « générosité radicale »

SheEO a pour fondement ce que Mme Saunders appelle une attitude de « générosité radicale ». Dans chaque région où SheEO exerce ses activités, l’organisme recrute des groupes de 500 femmes qui versent chacune un don de 1 100 $ dans un fonds. Le fonds octroie des prêts sans intérêts à cinq entreprises fondées et dirigées par des femmes (un prélèvement de 100 $ sur chaque don assure le financement du programme). Les prêts, qui sont d’environ 100 000 $ (en monnaie locale), sont remboursés en 20 versements égaux sur une période de cinq ans. Plutôt que d’être remis aux investisseuses, l’argent est réinvesti dans le fonds afin d’être prêté à de nouvelles entreprises. C’est là l’aspect « radical » de cette formule de financement.

Mme Saunders explique que le but n’est pas de créer un fonds de dotation. « Nous voulons que cet argent soit disponible. » Son plan fonctionne. Considérée au départ comme innovatrice, l’idée a donné naissance à une communauté d’entrepreneures qui « donnent à la suivante ». SheEO exerce actuellement ses activités au Canada, aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande, et est en train de prendre de l’expansion vers le Royaume-Uni, l’Europe et l’Asie. Son objectif est d’octroyer à un million de femmes des prêts totalisant un milliard de dollars canadiens. Compte tenu du rythme de croissance actuel, Mme Saunders espère que cet objectif sera atteint d’ici 2026. « Nous réunissons à l’échelle locale des capitaux afin de les investir dans des entreprises locales, puis nous mettons ces dernières en contact avec les marchés d’exportation du monde entier, dit-elle. Nous voyons que le modèle dans son ensemble fonctionne. »

Soutenir les fondatrices – et les investisseuses

Même si les investisseuses – aussi appelées « activatrices » – ne récupèrent pas leur argent, elles obtiennent en retour un accès privilégié à un réseau croissant d’entrepreneures à l’échelle mondiale. Mme Saunders explique que les activatrices peuvent utiliser leurs capitaux, leurs réseaux, leur pouvoir d’achat et leur expertise pour soutenir des fondatrices d’entreprise et contribuer à l’essor d’un écosystème robuste. « Certaines femmes le font pour donner à d’autres ce qu’elles ont reçu, d’autres pour les possibilités de réseautage qui en résultent, d’autres encore parce qu’elles voient là une occasion d’investir dans certaines entreprises et de favoriser leur croissance », dit-elle.

Les activatrices ont aussi l’assurance de SheEO que les entreprises soutenues font preuve de responsabilité. Les entreprises qui soumettent une demande de financement doivent avoir un revenu d’au moins 50 000 $ (en monnaie locale), être détenues et dirigées dans une proportion de 51 % par des femmes, et avoir une femme comme chef de la direction. Elles doivent aussi pouvoir expliquer comment leurs activités contribuent à créer un monde meilleur.

Une fois sélectionnées pour recevoir du financement, elles bénéficient d’un programme de développement guidé qui inclut des conversations téléphoniques mensuelles avec des accompagnatrices, ainsi que des vérifications régulières de la part d’activatrices et de l’équipe de SheEO. En outre, les activatrices reçoivent un « bilan de santé » trimestriel des entreprises financées qui fait le point sur la performance de celles-ci.

Mme Saunders ajoute que la plupart des entreprises soutenues par SheEO deviennent une nouvelle source d’activatrices, et transmettent ainsi à leur tour la « générosité radicale » dont elles ont été l’objet.

RBC, qui compte un certain nombre d’activatrices parmi son personnel, a lancé un programme de commandite de SheEO d’une durée de un an. Les objectifs sont d’augmenter le nombre d’activatrices et de discuter avec les fondatrices d’entreprise afin de cerner de meilleures façons de les soutenir. 

« RBC désire innover et nous voit comme un modèle en croissance rapide à l’échelle mondiale, dit Mme Saunders. Elle veut participer à l’expérience dans laquelle nous sommes engagés et sait comment s’y prendre pour faire les choses différemment. »

SheEO ne fait équipe qu’avec des entreprises soigneusement sélectionnées et recherche des relations qui vont dans les deux sens, y compris avec les banques.

« Nous ne voulons établir de relations qu’avec des banques qui ont véritablement à cœur de financer des entrepreneures afin de permettre à celles-ci d’exceller davantage, et de nous permettre d’élargir cet écosystème, déclare Mme Saunders. Nous allons diriger vers ces institutions un formidable bassin d’entrepreneures. »

Selon Mme Saunders, non seulement le réseau de SheEO est une clientèle naturelle pour les sociétés de services financiers, mais ces dernières jouent gagnant en soutenant les entrepreneures. Elle explique que les femmes ont démontré qu’elles peuvent générer une forte rentabilité, et qu’elles ont un excellent dossier en matière de remboursement des prêts – ainsi que de contribution au mieux-être de la collectivité.

« Lorsque des femmes unissent leurs efforts, cela peut donner des résultats extraordinaires, particulièrement lorsqu’on ajoute à l’équation leur pouvoir d’achat », dit Mme Saunders.