red flags atop the National Peoples Congress building Beijing China

Par Frédérique Carrier – Londres, et Jasmine Duan – Hong Kong

Au cours des derniers mois, la Chine a apporté toute une série de changements à la réglementation des entreprises et des placements, exerçant des pressions sur les actions du pays. Ce durcissement semble être la nouvelle norme, compte tenu des grands objectifs socio‑économiques visés par les organismes de réglementation.

Maintenir la stabilité financière : En avril, le ministère chinois de l’lndustrie et des Technologies de l’information a indiqué qu’il prendrait des mesures pour stabiliser les prix des marchandises, réprimer la spéculation et encourager les fonderies et les fabricants à obtenir une couverture sur les marchés des contrats à terme. Les organismes de réglementation ont également entrepris de resserrer leur contrôle sur les sociétés de technologie financière. Ant Group, le géant d’Alibaba dans ce domaine, a par conséquent annoncé qu’il se restructurerait en société de portefeuille financière afin que ses entreprises soient pleinement réglementées.

La Chine a commencé à déployer des efforts pour se protéger du risque systémique l’année dernière, lorsque ses autorités de réglementation ont entrepris de juguler les emprunts dans le secteur immobilier. Ces dernières ont annoncé différentes mesures, notamment le plafonnement des ratios d’endettement. L’immobilier a été un moteur majeur de l’expansion économique en Chine. Il a représenté plus de 7 % du PIB en 2020, mais ce pourcentage se rapproche de 20 % si on inclut les secteurs connexes, selon Evergrande Research.

Renforcer la sécurité des données et la protection des renseignements personnels des utilisateurs : Les craintes que les géants chinois du numérique deviennent trop puissants et que leurs pratiques vis‑à‑vis des données de leurs utilisateurs soient inadéquates (des préoccupations que les pays occidentaux ont aussi exprimées relativement à leurs sociétés) ont incité les autorités chinoises à serrer la vis aux sociétés technologiques dominantes du pays.

Ainsi, Ant Group devra créer une entreprise agréée d’évaluation du crédit pour renforcer la protection des données des utilisateurs.

Pendant les 20 dernières années, les autorités soucieuses de moderniser le pays avaient donné toute latitude aux entreprises technologiques pour prendre de l’expansion et innover. Les progrès réalisés en Chine grâce à cette volonté sont remarquables : près d’une soixantaine d’entreprises Internet valent plus de 10 milliards de dollars.

Promouvoir l’égalité sociale : Dans le but de réduire le coût de la vie pour les familles, surtout celui très élevé de l’éducation, les autorités chinoises ont récemment interdit aux entreprises de tutorat parascolaire de réaliser des profits.

Avec des revenus de 120 milliards de dollars, le secteur de l’éducation est imposant dans ce pays où la concurrence pour entrer dans les meilleures écoles est féroce et où les parents paient cher des programmes intensifs de tutorat.

Les coûts prohibitifs de l’éducation sont un casse‑tête pour la Chine, qui cherche à enrayer son vieillissement démographique rapide : ils dissuadent les couples d’agrandir leur famille, bien que la politique de l’enfant unique ait récemment été assouplie à trois enfants, après être restée en vigueur pendant des décennies.

Les autorités ont ciblé d’autres secteurs, comme la livraison de repas, en instaurant un salaire minimum.

Les actions de la Chine élargie sous pression
Évolution sur un an des cours de l’indice MSCI Golden Dragon
The line chart shows the closing price of the MSCI Golden Dragon Index. The index, which captures the equity performance of mid- and large-capitalization Chinese securities, has dropped by more than 20 percent from its February peak.

Nota : L’indice MSCI Golden Dragon reflète le rendement des actions de sociétés chinoises à grande et à moyenne capitalisation.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; données quotidiennes prises en compte jusqu’au 17 août 2021.

Des changements attendus

Les réformes du secteur de l’éducation étaient largement attendues. Toutefois, leur ampleur a surpris les marchés, puisqu’il est devenu pratiquement impossible, du jour au lendemain, d’investir dans le secteur, laissant à beaucoup d’investisseurs l’impression que les autorités étaient imprévisibles. Marc Dowding, chef des placements à BlueBay Asset Management, une société membre de RBC, souligne que ces décisions cadrent à la fois avec les objectifs stratégiques du quatorzième plan quinquennal de la Chine dévoilé le 14 mars 2021, notamment l’augmentation du revenu national brut par habitant, et avec la priorité du pays d’avoir une croissance stable et durable.

Parmi les autres domaines qui, à notre avis, sont susceptibles d’attirer l’attention des organismes de réglementation, mentionnons les soins de santé, les jeux en ligne, l’assurance en ligne et les secteurs liés à l’économie numérique.

Nouvelle flambée de COVID‑19

Le zèle réglementaire n’est pas le seul obstacle pour les investisseurs. La Chine lutte contre une nouvelle vague de COVID‑19, et le variant Delta s’étend à plus de la moitié des provinces et municipalités du pays, dont Beijing et de nombreuses régions qui figurent parmi les plus riches. M. Dowding présume que la stratégie actuelle d’éradication de la COVID‑19 pourrait être remise en question, puisque la vague du variant Delta semble difficile à contenir en l’absence de mesures musclées de fermeture de l’économie.

L’accès aux vaccins utilisant la technologie de l’ARN messager pourrait se généraliser en Chine vers la fin de 2021. Au cours des prochains mois, les décideurs auront la mission peu enviable de composer avec des priorités concurrentes, à savoir la santé et l’économie. Selon M. Dowding, il est peu probable que cette situation affecte grandement la production manufacturière, même si la demande intérieure pourrait en pâtir.

Effets néfastes

La nouvelle flambée de COVID‑19 freine la croissance économique de la Chine. En juillet, les ventes au détail ont souffert d’une nouvelle série de restrictions sévères mises en place pour contenir l’épidémie. Les prévisions générales de croissance du PIB, qui sont actuellement de 8,5 % et 5,6 % pour 2021 et 2022 respectivement, pourraient bien être abaissées compte tenu de ces mesures et des inondations qui n’en finissent pas. Les prévisions moyennes de croissance des bénéfices de l’indice MSCI Chine pour 2021 sont maintenant de 15 %, alors qu’elles étaient précédemment de 20 %.

Le pays pourrait assouplir sa politique monétaire pour stimuler l’économie. La Banque populaire de Chine a déjà abaissé de 0,5 point de pourcentage le coefficient de réserves, c’est‑à‑dire le montant des liquidités que les banques sont tenues de détenir, à la mi‑juillet, libérant ainsi un peu plus de 1 billion de yuans (154 milliards de dollars) pour soutenir les liquidités interbancaires et les marchés financiers. D’après nous, les autres interventions de la banque centrale dépendront probablement des données économiques.

À court terme, nous estimons que la baisse des afflux de capitaux dans les actions nuira au renminbi. Par contre, sur un horizon de 6 à 12 mois, l’ajout imminent des obligations chinoises dans l’indice mondial d’obligations gouvernementales devrait, à notre avis, attirer des capitaux étrangers et stabiliser la monnaie. RBC Marchés des Capitaux a récemment revu ses prévisions pour le taux de change USD/CNY à la fin de l’année à 6,45 (6,40 auparavant), et s’attend à ce que la devise s’apprécie à peine en 2022, pour atteindre 6,35 à la fin de l’année prochaine.

Abaissement de notre position

Au vu du zèle réglementaire et de la menace accrue que représente le variant Delta en Chine, nous avons réduit la surpondération que nous recommandions depuis longtemps pour les actions de l’Asie, hors Japon, pour passer à une pondération neutre. Nous jugeons cette position appropriée étant donné que les valorisations ont fléchi, glissant en deçà des moyennes historiques. Ainsi, l’indice MSCI Chine se négocie actuellement à 13,9x les bénéfices estimatifs moyens de 2021 (moyenne sur cinq ans de 15,7x) et pour l’indice MSCI Asie hors Japon, ce ratio est à 14,5x (moyenne sur cinq ans de 16,2x).

Pour que nous adoptions des perspectives plus positives, il faudra que les éléments suivants se concrétisent : respect des exigences réglementaires par les principales sociétés de technologie financière ; reprise des PAPE d’entreprises chinoises au pays et à l’étranger ; annonce de la part des grandes plateformes numériques de mesures visant à améliorer les avantages sociaux des travailleurs ; ouverture des systèmes ou échange de services entre les grandes entreprises technologiques.


Déclarations exigées

Ressources pour les recherches