Par Thomas Garretson, CFA

Après le bon rapport sur le produit intérieur brut (PIB) de la semaine dernière, les données de cette semaine ont fini de dissiper à court terme les craintes que l’activité commence à ralentir au premier trimestre. En effet, les indices des directeurs d’achat, le nombre d’inscriptions au chômage, les dépenses de construction et les commandes de biens durables évoluent tous dans la bonne direction.

À Washington, les débats se poursuivent au sujet de l’ampleur et de la structure définitives du troisième programme d’aide financière. Il semble toutefois probable qu’il dépassera nettement la fourchette de 750 milliards à 1 000 milliards de dollars généralement attendue par les marchés et les analystes.

Comme l’a déclaré Tom Porcelli, économiste en chef de RBC Marchés des Capitaux, SARL, aux États‑Unis, dans une note publiée cette semaine, « le montant des mesures de relance n’influera pas vraiment sur la trajectoire de l’activité économique ; par contre, il sera déterminant pour l’importance du changement. Autrement dit, l’activité économique progresse ; elle est même déjà assez vigoureuse. Les mesures de relance additionnelles ne feront qu’améliorer davantage des résultats déjà solides. »

Quelle sera l’ampleur de cette amélioration ? Comme le montre le graphique, les prévisions générales en janvier, selon le sondage de Bloomberg, indiquaient que l’économie américaine était en voie de revenir au niveau d’activité observé avant la pandémie au plus tard au troisième trimestre de 2021. RBC Marchés des Capitaux s’attend à une croissance de 5,3 % cette année, après un recul qui devrait s’établir à 2,5 % pour 2020, une fois la collecte de tous les résultats définitifs terminée. Un programme de relance approchant les 1 900 milliards de dollars proposés pourrait propulser la croissance à plus de 6 %, de sorte que l’économie américaine retrouverait la croissance tendancielle d’avant la pandémie, au lieu de simplement revenir aux niveaux antérieurs à la pandémie cette année – c’est‑à‑dire comme si la pandémie n’avait jamais frappé. Voilà qui contraste fortement avec les suites de la crise financière de 2008 ; les États‑Unis avaient alors mis plus de trois ans pour s’en remettre.

Les mesures musclées accéléreront probablement la reprise des États‑Unis
Graphique linéaire de la reprise du PIB en 2008 et 2020

Le graphique montre que le PIB des États-Unis devrait retrouver son niveau d’avant la pandémie en moins de deux ans, alors qu’après la crise financière de 2008, la reprise avait duré plus de trois ans.


Redressement du PIB après la récession de 2008
Redressement du PIB après la récession de 2020

Le PIB pourrait remonter à son niveau d’avant la pandémie d’ici le T3 de 2021

Nota : La ligne en pointillé représente les prévisions moyennes de Bloomberg. Le PIB réel est indiqué en pourcentage des niveaux d’avant la récession, au T4 de 2007 et au T4 de 2019.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg.

Beaucoup de ces éléments dépendent évidemment de l’évolution de la COVID‑19 et des campagnes de vaccination en cours. À cet égard, la distribution de vaccins s’accélère : au 3 février, 34,9 millions de doses avaient été administrées aux États‑Unis, dépassant ainsi les 26,6 millions de cas confirmés de COVID‑19 depuis le début de la pandémie, tandis que la tendance des nouveaux cas présente une baisse marquée.

Confiance soutenue des directeurs d’achats

Les perspectives économiques ne reposent pas seulement sur d’éventuelles mesures d’aide financière. Cette semaine, les enquêtes auprès des directeurs d’achats des secteurs manufacturier et tertiaire continuent de révéler une forte demande, selon l’Institute for Supply Management. Les indices globaux demeurent largement supérieurs au seuil de 50, annonçant ainsi une expansion, mais leurs différentes composantes signalent aussi qu’une reprise durable semble bien en place.

Comme l’a déclaré un répondant : « Les affaires vont très bien. Les stocks des clients sont bas et les carnets de commandes sont bien remplis jusqu’en avril. Les fournisseurs peinent à répondre à la demande, ce qui perturbe parfois notre production. Le délai de livraison des matières premières a augmenté. La COVID‑19 continue de poser des problèmes d’un bout à l’autre de la chaîne logistique. Nous éprouvons d’énormes difficultés, surtout pour acheminer les produits aux ports et recevoir les conteneurs. Nous observons des hausses importantes des coûts liés à la logistique et aux matières premières. »

Le graphique montre que ce sentiment est partagé à l’échelle du secteur manufacturier américain. L’indice du niveau des stocks des clients s’approche du seuil le plus faible jamais enregistré. C’est un autre facteur qui soutient les perspectives de croissance puisque les sociétés devront ramener les stocks à des niveaux proches de la normale afin de satisfaire la demande prévue plus tard dans l’année. Parallèlement, les fabricants ont des carnets de commandes remplis pour les prochains mois et trimestres, ce qui devrait, à tout le moins, maintenir l’activité. Les choses deviennent intéressantes quand il est question de l’évolution des prix, puisque la hausse généralisée des coûts des intrants – vêtements, papier, plastiques ou métaux de première transformation – a fait augmenter l’indice des prix Report on Business ISM manufacturier à des niveaux inégalés jusqu’à présent.

Secteur manufacturier américain : la demande demeure vigoureuse
Les stocks bas et les carnets de commandes de plus en plus fournis soutiennent les perspectives de croissance, mais les pressions liées aux coûts s’accentuent.
Diagramme à colonnes comparant les niveaux des stocks de fabrication, les carnets de commandes et les prix des intrants

Ce graphique illustre les points de vue de directeurs d’entreprises du secteur manufacturier américain ; selon eux, les stocks sont excessivement bas, les carnets de commandes n’ont jamais été aussi bien remplis et les coûts des intrants manufacturiers augmentent rapidement.

Période de 10 ans couverte par les enquêtes
Niveau actuel de l’indice

Quand les niveaux sont supérieurs à 50, ils signalent une expansion ; quand ils sont inférieurs à 50, ils correspondent à une contraction.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg, Institute for Supply Management.

Cette situation devrait alimenter l’inflation du côté des producteurs, mais on ignore encore dans quelle mesure cette hausse se répercutera sur les consommateurs. Toutefois, étant donné le taux de chômage toujours élevé, nous pensons qu’elle sera minimale à court terme. À mesure que l’économie redémarre, et comme la chaîne logistique devrait encore subir des contraintes, nous pensons qu’il faudra surveiller cette dynamique.

Abondance de signaux des marchés

Un peu plus d’un an après l’inversion de la courbe des taux des titres du Trésor (lorsque les taux à court terme sont plus élevés que ceux à long terme, ce qui signale une hausse du risque de récession), c’est maintenant l’accentuation de la courbe qui captive le marché. Elle constitue un autre signe de l’amélioration des perspectives de croissance et d’inflation.

Cette semaine, l’un des indicateurs de référence, soit l’écart entre les taux des titres du Trésor à 2 ans et ceux des titres du Trésor à 10 ans, a dépassé 1 % pour la première fois depuis la fin de 2016, période où les attentes relatives à la réforme fiscale alimentaient l’optimisme entourant la croissance. Malgré leur récente volatilité, les marchés continuent de se négocier en fonction du thème de la croissance et de la reflation que l’on observe depuis un certain temps.

Incidence de la Fed

Il existe toujours des risques de baisse et l’incertitude demeure anormalement élevée, surtout en ce qui concerne la Réserve fédérale (Fed). La hausse de la croissance et de l’inflation fait déjà craindre qu’elle réduise ses achats d’actifs. Toutefois, comme l’a indiqué son président, Jerome Powell, la semaine dernière, la Fed s’attend déjà largement à ce type de pressions inflationnistes durant l’année, mais les a qualifiées de temporaires. Nous prévoyons que la politique de la Fed demeurera inchangée pour le reste de 2021.

Les données continuent de démontrer que les mesures monétaires et budgétaires musclées sont efficaces et qu’il est préférable de ne pas les retirer prématurément. Les perspectives dépendent encore largement de l’évolution de la pandémie – et beaucoup reste à faire –, mais les facteurs favorables nous portent à l’optimisme.


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