big ben clock in london on a grey day

Par Frédérique Carrier

La victoire de Boris Johnson, ancien ministre britannique des Affaires étrangères, à l’issue de la course à la direction du Parti conservateur marque l’avènement du troisième premier ministre britannique en trois ans, soit depuis la tenue du référendum sur le Brexit. Auparavant, quand il était maire de Londres, il adhérait à l’Union européenne (UE), mais il a ensuite fait volte-face avant le référendum de 2016 pour diriger la campagne des tenants du Brexit.

M. Johnson s’est récemment engagé à ce que le Royaume-Uni quitte l’UE le 31 octobre ; « ça passe ou ça casse », a-t-il déclaré, tout en indiquant qu’il préférerait un accord établissant les modalités de départ du Royaume-Uni de l’UE et prévoyant une période de transition. Le problème tient au fait qu’il n’appuie pas le projet actuellement sur la table, c’est-à-dire l’accord de retrait de l’ancienne première ministre Theresa May, rejeté trois fois, parce qu’il comprend le filet de sécurité irlandais garantissant l’absence de frontière physique entre l’Irlande et l’Irlande du Nord. Ce filet de sécurité obligerait en définitive le Royaume-Uni à continuer de s’aligner sur les règlements de l’UE et à demeurer dans l’union douanière, ce que le nouveau premier ministre et les ardents partisans du Brexit souhaitent éviter.

Probabilité implicite moyenne d’une élection générale au Royaume-Uni
Probabilité implicite moyenne d’une élection générale au Royaume-Uni chart

2019

2020

Sources : RBC Marchés des Capitaux, Betfair ; données prises en compte jusqu’au 25 juillet 2019

La stratégie de M. Johnson semble donc consister à convaincre l’UE d’améliorer les conditions de l’accord de retrait. Toutefois, si ces efforts s’avèrent vains, il préconisera un Brexit sans accord, auquel cas le commerce serait assujetti aux dispositions de l’Organisation mondiale du commerce.

Pas plus sage

La renégociation de l’accord de retrait se révélera sans doute très difficile. Les responsables de l’UE ont répété à maintes reprises que l’accord ne pouvait pas faire l’objet de nouvelles négociations. L’UE a même dissous son équipe de négociation. Elle est toutefois ouverte à une modification de la déclaration politique qui décrit les futures relations qu’elle aura avec le Royaume-Uni.

De plus, le nouveau premier ministre hérite des mêmes défis que son prédécesseur. Le gouvernement possède une très petite majorité, et le Parlement est toujours largement opposé à un Brexit sans accord. Le temps presse. Le congé estival est déjà commencé, et le Parlement ne siège habituellement pas pendant trois semaines en septembre et en octobre à cause de la tenue des congrès des partis.

La perspective du déroulement du Brexit ne s’est donc pas améliorée. RBC Marchés des Capitaux établit les probabilités suivantes :

  • 60 % – la probabilité d’un retard du Brexit en raison de la tenue d’une élection générale (très probable) ou d’un second référendum (moins probable en raison de la complexité de l’organisation et de l’appui moins important en faveur de cette solution au Parlement) ;
  • 25 % – la probabilité d’un Brexit sans accord ;
  • 15 % – la probabilité d’une sortie du Royaume-Uni de l’EU avec un accord et une période de transition (ainsi que des changements cosmétiques à l’accord de retrait ou des modifications à la déclaration politique).

Que faut-il faire pour atténuer le choc ?

L’attention se tourne rapidement vers les mesures correctives visant à atténuer l’effet à court terme sur l’économie du Royaume-Uni. Dans un discours prononcé au début de juillet, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a adopté un ton signalant une réorientation de la politique de resserrement de la banque, compte tenu du retour de l’effervescence à propos du Brexit, mais aussi de l’état de l’économie mondiale et des différends commerciaux actuels. 

Dans son scénario de base, soit celui d’un retard du Brexit, RBC Marchés des Capitaux s'attend à ce que la Banque d’Angleterre annonce une baisse de 0,25 % des taux d’intérêt à la réunion de novembre. En cas de Brexit sans accord à l’automne, on s’attend à une intervention plus vive. RBC Marchés des Capitaux s’attendrait à une baisse immédiate des taux de 0,25 %, peut-être même avant la réunion du comité de la politique monétaire, prévue le 7 novembre. Cette baisse s’accompagnerait d’une autre diminution du taux de 0,25 %, amenant le taux directeur à 0,25 %, et d’une remise en place de l’assouplissement quantitatif avant la fin de l’année.

L’économie du Royaume-Uni ralentit déjà
Indices des directeurs d’achats Markit CIPS pour le R.-U.
Indices des directeurs d’achats Markit CIPS pour le R.-U. chart

Indice PMI du secteur manufacturier

Indice PMI des services

Indice PMI de la construction

Nota : Les valeurs des indices PMI qui sont inférieures à 50 correspondent à une contraction économique.

Sources : Bloomberg, RBC Marchés des Capitaux ; données prises en compte jusqu’au 30 juin 2019

La politique budgétaire à la rescousse ?

Les interventions politiques s’étendraient probablement au-delà d’un assouplissement monétaire, surtout dans le cas d’un Brexit sans accord, un scénario qui plongerait dans l’incertitude les relations commerciales avec l’UE et d’autres marchés, et qui aurait un effet négatif sur l’économie.

Les tenants de cette stratégie sans accord favorisent la déréglementation et une importante stimulation budgétaire, comme des investissements dans les infrastructures et des réductions d’impôt, mesures promises par M. Johnson durant sa campagne.

L’économie du Royaume-Uni est déjà passablement déréglementée ; nous croyons donc que les avantages d’une déréglementation supplémentaire seraient assez modestes. De plus, comme le taux d’imposition des sociétés se situe déjà à un niveau bas de 19 %, on ne sait pas si les avantages pour les finances publiques compenseraient les coûts.

M. Johnson a du pain sur la planche, à notre avis. En plus de ces problèmes économiques, l’entité politique qu’est le Royaume-Uni ressentirait les tensions découlant d’un Brexit sans accord. L’Écosse et l’Irlande du Nord avaient rejeté le Brexit lors du référendum de 2016. L’appui à  ’indépendance de l’Écosse augmente, et le discours sur la réunification de deux Irlandes s’intensifie. L’une des conséquences d’un Brexit sans accord pourrait être que le Royaume-Uni soit forcé de rétablir une administration directe en Irlande du Nord afin de gérer la situation. Cette situation remettrait en question la pertinence de l’Assemblée et de l’Exécutif d’Irlande du Nord, qui permettent le partage des pouvoirs entre les communautés unionistes et nationalistes. En l’absence de ces institutions, on observerait probablement des pressions accrues visant à tenir un scrutin sur la réunification des deux Irlandes.

Pour l’instant, la livre sterling, qui est revenue aux creux du début de 2017 par rapport au dollar américain lors de l’escalade des propos en faveur d’une sortie sans accord, devrait continuer à subir des pressions en raison de l’affaiblissement de l’économie, de l’incertitude persistante liée au Brexit et du regain de prudence de la Banque d’Angleterre. 

À un moment où l’on s’attend à ce que la Banque d’Angleterre délaisse sa tendance au resserrement pour adopter une approche plus  accommodante, les rendements des obligations d’État à 10 ans devraient demeurer égaux ou inférieurs à 0,70 %, puisque l’extrémité court terme de la courbe tient compte d’une baisse possible des taux. Nous prévoyons aussi que la demande de valeurs refuges se maintiendra en raison de la possibilité persistante d’un Brexit sans accord. En ce qui concerne les titres de créance de sociétés en livres sterling, nous continuons de voir des valorisations attrayantes par rapport aux obligations d’État. Nous demeurons toutefois sélectifs et nous préférons les titres de sociétés ayant des revenus mondiaux et de solides bénéfices prévisibles.

En ce qui concerne les actions britanniques, nous maintenons notre pondération neutre en raison des valorisations attrayantes, l’indice MSCI R.-U. se négociant à 12 fois les prévisions générales de bénéfices de 2020 et offrant un rendement en dividendes de 4,8 % ; nous croyons cependant que les investisseurs devraient se concentrer sur les sociétés diversifiées à l’échelle mondiale.


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