holding elder hand

À titre d’avocate spécialisée en testaments et successions, Bianca Krueger a été témoin de bon nombre de conflits familiaux et de disputes liées à l’argent. Cependant, rien n’est plus déchirant que lorsqu’un enfant exploite son parent âgé. Il y a de cela plusieurs années, Mme Krueger a reçu l’appel d’une cliente octogénaire qui disait souhaiter modifier son testament. Elle voulait rencontrer Mme Krueger ailleurs que chez elle et Mme Krueger a rapidement compris pourquoi. Le jour prévu du rendez-vous, un homme a appelé et a indiqué au parajuriste de Mme Krueger d’annuler la rencontre. Ayant trouvé cela très bizarre, cette dernière a décidé de se rendre tout de même à l’appartement de la cliente. Là, le fils de la cliente a physiquement tenté d’empêcher Mme Krueger d’entrer.

La cliente âgée voulait nommer un mandataire et modifier son testament afin d’avoir la certitude de recevoir des soins dans l’avenir. Aux prises avec un grave problème d’alcool, son fils dans la cinquantaine agressait verbalement sa mère et voulait garder l’appartement en copropriété de celle-ci pour lui à son décès. Il croyait aussi, à tort, qu’en tant qu’exécuteur testamentaire actuel de son testament, il pouvait, dans une certaine mesure, l’empêcher de prendre des décisions de son vivant.

Mme Krueger a finalement pu aider la cliente à effectuer sa planification successorale et sa planification en cas d’inaptitude grâce au soutien des autres enfants de la cliente, mais elle se souvient très bien de l’incident. Mme Krueger, agit désormais comme conseillère, RBC Gestion de patrimoine – Successions et fiducies, à Ottawa. Il s’agissait selon elle d’un cas évident d’exploitation d’aînés et l’un des « pires que j’ai vus ». Malheureusement, ces histoires sont plus courantes que bon nombre de Canadiens ne le croient.

Leanne Kaufman, qui agit comme chef, Successions et fiducies RBC, à Toronto, a également été témoin d’un bon nombre de cas d’exploitation d’aînés. Mme Kaufman indique que le problème d’exploitation financière des aînés est croissant au Canada. Selon un rapport de VanCity de 2014, pour lequel un sondage a été mené auprès d’aînés des régions de Vancouver et de la Vallée du bas Fraser, 41 % des personnes âgées ont subi une certaine forme d’exploitation financière. Cette proportion montera sans doute, car le nombre d’aînés de plus de 85 ans devrait augmenter de 98 % au cours des 20 prochaines années. Il existe d’autres types d’exploitation des aînés, mais l’exploitation financière est le plus courant. Selon la Commission ontarienne des droits de la personne, 62,5 % des cas d’exploitation sont de nature monétaire. 

Savoir reconnaître l’exploitation financière des aînés

L’exploitation des aînés représente bien plus que l’abus, par des fraudeurs, de personnes âgées sans méfiance. Mme Kaufman définit l’exploitation financière des aînés comme une situation où des membres de la famille, des aidants ou des amis d’une personne âgée lui soutirent de l’argent. « Il peut s’agir d’un membre de la famille ou d’un prestataire de service en qui l’aîné a confiance, ou encore d’un voisin ou d’un ami », déclare-t-elle.

L’exploitation financière peut revêtir différentes formes : elle peut sembler à première vue inoffensive, comme le fait pour un enfant de payer son épicerie à l’aide de la carte de crédit de son parent, ou être plus manifeste, comme le fait pour un nouvel amoureux de demander à être ajouté à un testament. Les personnes âgées ne se rendent souvent pas compte que l’on profite d’elles avant qu’il ne soit trop tard. « Le manège peut commencer par une petite demande », note Mme Krueger.

Le défi en matière d’exploitation des aînés – et une raison pour laquelle Statistique Canada indique que 96 % des mauvais traitements dont sont victimes les aînés sont cachés ou ne sont pas détectés – est qu’il est souvent difficile d’établir avec certitude son existence, indique Mme Kaufman. « Cette zone devient de plus en plus grise, dit-elle. À quel moment cela consiste-t-il à aider l’aîné dans sa planification successorale et à quel moment cela constitue-t-il du vol ? »

Soyez à l’affût des signaux d’alarme : nouveaux « amis » ou modification des habitudes de dépenses

Il n’est pas toujours simple de reconnaître immédiatement un cas d’exploitation financière d’un aîné. Il arrive souvent qu’ils soient découverts après qu’une grande partie de l’épargne de la personne âgée ait disparu. Les proches doivent surveiller certains signaux d’alarme, note Mme Kaufman. L’un des principaux est le nouvel « ami ».

Un(e) nouvel(le) ami(e), compagnon (compagne) ou amoureux(se) fait soudain son apparition dans la vie de la personne âgée, puis commence à accompagner cette dernière à ses rendez-vous avec des avocats et des conseillers financiers. Mme Kaufman recommande que les membres de la famille et les proches établissent l’identité de cette personne et posent des questions sur les motifs pour lesquelles elle devrait s’occuper des affaires de l’aîné. Ils doivent également surveiller tout achat inhabituel, comme le fait que l’aîné se mette soudainement à magasiner en ligne, alors que cela n’était pas dans ses habitudes. Dans ces cas, il se peut que quelqu’un d’autre, soit un enfant ou le nouvel « ami » de la personne âgée, effectue des achats avec la carte de crédit de cette dernière, avertit Mme Kaufman.

L’isolement social constitue un autre signal d’alarme. Il pourrait avoir lieu de s’interroger si l’aîné passe moins de temps avec sa famille ou son cercle d’amis et trop avec cette personne. Mme Krueger recommande que la personne âgée continue de participer aux activités de sa collectivité et conserve son réseau social. Les proches de l’aîné doivent être à l’affût de tout changement soudain de son cercle d’amis et de ses habitudes.

Protégez vos proches en établissant une procuration financière

L’établissement de plans à un stade précoce constitue la meilleure façon d’éviter la maltraitance des personnes âgées. Commencez par nommer la bonne personne à titre de mandataire en vertu d’une procuration financière (procuration), qui se distingue du mandataire en vertu d’une procuration relative aux soins médicaux. Par défaut, bon nombre de personnes nomment l’enfant de la personne âgée comme mandataire, déclare Mme Kaufman. Dans de nombreux cas, toutefois, elle prévient que la progéniture d’un parent pourrait ne pas être la mieux placée pour superviser ses finances.

Qu’advient-il si l’enfant doit décider entre des soins à domicile permanents, qui sont chers, et le placement dans une résidence privée pour personnes âgées ou retraitées, qui est moins onéreux ? Un enfant peut-il en toute objectivité prendre la décision qui s’impose, quand une option pourrait fort bien amputer son héritage ? De plus, si l’enfant n’aime pas gérer ses propres finances, devrait-il administrer celles de son parent ?

Il n’est pas facile de porter un regard critique sur les membres de sa famille, mais il importe que l’aîné comprenne entièrement sa relation avec le mandataire en vertu d’une procuration et la relation que cette personne entretient avec d’autres. Mme Krueger a été témoin de nombreux cas où les enfants étaient en désaccord quant à ce qui était dans l’intérêt du parent. Des familles commettent parfois des erreurs simplement car la fratrie ne vit pas dans la même ville et que certains membres ne sont pas là en personne.

« Vous devez avoir un regard réaliste sur votre situation familiale », prévient Mme Kaufman. Vous devez donc viser l’objectivité lorsque vous devez prendre des décisions qui pourraient avoir une incidence sur de nombreuses personnes et sur des membres de la famille élargie. C’est alors qu’un professionnel en gestion de patrimoine de confiance peut vous offrir la clarté et l’indépendance nécessaires pour faire le meilleur choix pour l’aîné. 
 
Mme Krueger recommande trois critères pour sélectionner un particulier qui agira comme mandataire en vertu d’une procuration financière. Le mandataire doit être digne de confiance, vivre dans la même région et, surtout, avoir à cœur l’intérêt de la personne âgée. Mme Krueger croit que le meilleur moyen d’atténuer les disputes ou les tensions familiales est de nommer un conseiller juridique, qui peut notamment effectuer le suivi des dépenses, de la répartition de l’actif et des distributions aux membres de la famille. « Un conseiller juridique ne se laisse pas influencer par l’avis des autres et il est tenu de respecter des normes très élevées », mentionne Mme Kaufman.

Mme Kaufman recommande aussi aux personnes âgées d’indiquer à leur mandataire où affecter leur argent. Par exemple, si le grand-parent veut payer pour les études d’un petit-enfant, il doit clairement exprimer son souhait et le faire consigner. Un conseiller peut aider les aînés à définir leurs priorités grâce à un plan de gestion de patrimoine.

Renseignez-vous sur toutes les options et informez-en vos proches

Dernier point, mais pas le moindre, il est essentiel de se renseigner. « Les boomers et les aînés qui s’approchent de la retraite ou qui l’ont prise doivent comprendre leurs objectifs financiers, leurs sources de revenu, la façon de gérer leurs finances actuelles et ce qu’il faut surveiller en matière d’exploitation financière potentielle », précise David Agnew, chef de la direction de RBC Gestion de patrimoine – Canada.  

L’exploitation financière des personnes âgées ne disparaîtra pas de sitôt. Les gens peuvent cependant mieux se protéger ainsi que leurs proches en étant vigilants et au courant, de même qu’en reconnaissant qu’il n’est pas rare que quelque chose ou quelqu’un tourne mal. « Personne ne veut croire que quelqu’un qu’ils aiment et en qui ils ont confiance pourrait faire cela, indique Mme Kaufman. Mais cela arrive, malheureusement. »

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