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Par: Frédérique Carrier

Comme l’indice boursier MSCI Monde a atteint de nouveaux sommets au cours des trois derniers mois, il est tentant de croire que les accords commerciaux conclus récemment représentent de nettes améliorations par rapport à ceux qui ont précédé. Dans les faits, il est peu probable que le volume des échanges commerciaux retrouve les sommets passés, et les accords en question pourraient même freiner la croissance économique.

Le FMI abaisse ses prévisions de croissance du commerce mondial
Le FMI abaisse ses prévisions de croissance du commerce mondial chart

Volume des échanges commerciaux

Prévisions en avril 2019

Prévisions en juillet 2019

Prévisions en octobre 2019

Prévisions en janvier 2020

Source : Fonds monétaire international (FMI), RBC Gestion de patrimoine.

Pourtant, les marchés sont soulagés que le risque de guerre commerciale totale se soit estompé et ont bon espoir que la fin de ces incertitudes favorise une croissance modeste, à défaut d’être importante. Le présent article porte sur les retombées concrètes que quatre facteurs commerciaux pourraient avoir sur l’économie et, par extension, les actions.

Accord de phase 1 entre les États-Unis et la Chine : tarifs inférieurs, mais pas levés

Ratifié récemment, l’accord de la phase 1 marquerait la trêve d’une guerre commerciale qui a malmené les marchés financiers au cours des 18 derniers mois. L’accord est certes porteur de bonnes nouvelles, puisque la Chine s’y engage à augmenter ses achats aux États‑Unis (notamment en produits agricoles et en services) de 200 milliards de dollars par rapport à 2017. La Chine promet également de modifier ses règles sur la propriété intellectuelle et de ne pas manipuler sa monnaie. En contrepartie, les États‑Unis couperont de moitié les tarifs existants sur les importations chinoises à hauteur de 120 milliards de dollars pour les porter à 7,5 % et se garderont d’appliquer de nouveaux prélèvements.

Mais en y regardant de plus près, on constate que l’accord apporte peu d’avantages. Effectivement, les droits de 25 % sur une autre tranche de 250 milliards de dollars de produits chinois restent en place. L’économiste en chef de RBC Gestion mondiale d’actifs Inc., Eric Lascelles, souligne d’ailleurs que les tarifs américains moyens ne diminueront que très légèrement, et ce, à partir d’un sommet de 4,5 %, qui est beaucoup plus élevé que la moyenne de 1,5 % en vigueur avant le début du conflit.

De plus, nul ne sait exactement comment fera la Chine pour atteindre sa cible audacieuse, qui augmente pratiquement de 50 % son volume d’achats par rapport à 2017. Tout défaut de sa part pourrait irriter les États‑Unis et raviver les tensions.

Enfin, les négociations autour de l’accord de la phase 2, qui pourraient être repoussées après la présidentielle américaine de novembre 2020, risquent d’être encore plus délicates. En effet, il est peu probable que la Chine se plie aux exigences des États‑Unis de réduire considérablement son soutien aux entreprises d’État.

Pour résumer, nous avons évité le pire scénario, à savoir une guerre commerciale totale avec l’imposition de nouveaux tarifs, mais selon M. Lascelles, les tarifs modérés déjà en place risquent de retrancher, au cours des prochaines années, jusqu’à 0,65 % à la croissance des États‑Unis et jusqu’à 0,8 % à celle de la Chine, ce qui n’est pas négligeable.

AEUMC : du sable dans l’engrenage

Négocié pendant trois ans et ratifié prochainement par le président américain Donald Trump, l’Accord États‑Unis−Mexique−Canada (AEUMC) n’est pas sensiblement différent de son prédécesseur, l’ALENA, l’un des accords commerciaux les mieux réussis au monde. M. Lascelles souligne toutefois que l’AEUMC ne sera pas aussi propice à la croissance économique que l’ALENA, principalement parce que « la croissance des chaînes d’approvisionnement du secteur de l’automobile est compromise ».

Principales caractéristiques de l’AEUMC
Les effets économiques de l’AEUMC seront neutres à légèrement négatifs

Effets négatifs sur le commerce

  • Secteur automobile : quotas, contenu national minimum de 75 % ; hausse des salaires
  • Maintien des tarifs sur l’acier et l’aluminium
  • Clause de temporisation, mais durée minimale de 16 ans

Effets neutres sur le commerce

  • Peu de modifications apportées aux tribunaux de règlement des différends commerciaux
  • Aucun changement aux exemptions culturelles
  • Aucun changement aux règles d’approvisionnement des gouvernements
  • Droits de propriété intellectuelle plus solides

Effets positifs sur le commerce

  • Affaiblissement du secteur des producteurs de lait canadiens
  • Hausse des limites sur le magasinage
  • Modernisation pour tenir compte des nouvelles technologies

Nota : Pour l’essentiel, les exemptions culturelles demeurent en place au Canada, où les films, les émissions de télévision et la musique du pays jouissent d’un traitement préférentiel.

Source : RBC Gestion mondiale d’actifs.

Tensions commerciales entre les États-Unis et l’Europe : oui, non, oui ?

L’accord de phase 1 entre les États‑Unis et la Chine étant conclu, on craint que l’imprévisible Donald Trump s’en prenne maintenant à l’Europe, puisque les tensions commerciales entre les États‑Unis et l’Union européenne couvent depuis quelque temps déjà. L’administration Trump souhaite accéder au marché agricole européen, qui est bien protégé. Son but : réduire le vaste déséquilibre commercial avec l’Europe, qui découle des importations américaines de produits de luxe comme le vin et le fromage.

Les tensions semblent s’être apaisées récemment : M. Trump et son homologue français, Emmanuel Macron, sont parvenus à une trêve quant à la taxe sur les services numériques, une pomme de discorde qui risquait de dégénérer en guerre commerciale transatlantique. Ainsi, M. Macron a accepté de reporter jusqu’à la fin de 2020 cet impôt de 3 % décrété l’an dernier par la France sur les revenus de grandes sociétés technologiques comme Google, Apple, Facebook et Amazon, qui exercent des activités en Europe, mais échappent au fisc en déclarant leurs bénéfices dans des pays où l’impôt est peu élevé.

Malgré la trêve, l’Europe doit se rappeler que M. Trump a déjà obtenu des concessions de la Chine, du Canada et du Mexique en imposant des tarifs douaniers en cours de négociation.

Toute dégradation des conditions commerciales augurerait mal pour l’Europe, car son économie est déjà mal en point. Pire encore, pour respecter ses engagements en vertu de son accord de la phase 1, la Chine augmentera ses achats aux États‑Unis au détriment de ses autres partenaires commerciaux.

« Mener à bien le Brexit »

Réélu après avoir promis de « mener à bien le Brexit », le premier ministre britannique Boris Johnson a du pain sur la planche. Sortir le pays de l’Union européenne le 31 janvier s’est révélé particulièrement difficile, mais c’est peu de chose par rapport aux négociations sur l’avenir de la relation avec le reste de l’Europe, et ce, avant la date butoir du 31 décembre 2020 imposée par le Royaume‑Uni lui‑même.

Compte tenu de cette contrainte, nous ne nous attendons à rien de plus qu’à un accord commercial minimaliste. De plus, si l’accord n’est pas négocié à temps et que le gouvernement refuse de demander une prolongation, il est possible que le Royaume‑Uni se rabatte sur les conditions de l’Organisation mondiale du commerce. Si tel est le cas, les entreprises devront encore composer avec une incertitude qui risque de limiter leur croissance

Le commerce se porte bien, mais peut faire mieux

Ces conflits commerciaux non résolus continueront vraisemblablement de freiner la croissance des échanges. Le FMI a récemment réévalué ses prévisions de croissance du volume des échanges pour 2020. Ainsi, il s’attend à une reprise par rapport à 2019, mais pas aux niveaux passés, puisque les tarifs restants continueront de peser sur la croissance. La chute des taux des obligations du Trésor américain à 10 ans, indicateurs des prévisions de croissance, à 1,74 % semble corroborer le fait que les développements positifs récents n’entraîneront pas de reprise mondiale importante.

Investir tout en restant sur ses gardes

Les actions sont portées par l’assouplissement des politiques monétaires des banques centrales, la quête du rendement et l’espoir d’une reprise de la croissance mondiale grâce au règlement des conflits commerciaux. Or, une croissance économique décevante ou un retour des tensions entre les États‑Unis et ses principaux partenaires commerciaux mettrait à rude épreuve les nerfs des investisseurs tout en provoquant de la volatilité. Mais tant que l’activité économique permet aux sociétés d’accroître leurs bénéfices – et nous croyons que ce sera le cas –, les investisseurs devraient maintenir une pondération neutre (conforme à la référence) des actions tout en redoublant de vigilance.


Déclarations exigées

Ressources pour les recherches

Déclaration sur les analystes qui ne sont pas américains : Frédérique Carrier, une employée de RBC Europe Limited, société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États Unis; a contribué à la préparation de cette publication. Cette personne n’est ni inscrite ni qualifiée en tant qu’analyste de recherche auprès de l’organisme américain Financial Industry Regulatory Authority (« FINRA ») et, comme elle n’est pas associée à RBC Gestion de patrimoine, elle pourrait ne pas être assujettie au règlement 2241 du FINRA régissant les communications avec les entreprises visées, les apparitions publiques et les opérations sur valeurs mobilières dans les comptes des analystes de recherche.