Par Frédérique Carrier

L’année a été longue et elle a été marquée par le tumulte et l’agitation, mais la mise au point de vaccins contre la COVID-19 nous permet de terminer l’année avec un certain optimisme. Beaucoup de nouvelles concernant la distribution des vaccins et leur effet positif sur la reprise ont mis l’accent sur les États-Unis et l’Europe, la genèse de ces innovations et les premiers pays à déployer la protection contre la COVID-19. Le Royaume-Uni est le premier pays occidental à avoir déjà entamé sa campagne de vaccination.

Les vaccins donneront aussi un coup de pouce aux marchés émergents (ME). Beaucoup s’attendent à une distribution des vaccins au second semestre de la prochaine année. Certains pays asiatiques jouissent d’une infrastructure de soins de santé bien établie, et la vaccination ne devrait y entraîner aucune difficulté logistique.

Toutefois, dans de nombreux ME, la distribution des vaccins pose un problème de taille, surtout à cause de l’entreposage à très basse température requis pour le vaccin de Pfizer et BioNTech (-70 °C). La distribution du vaccin contre le virus Ebola en 2003 constitue un précédent plutôt encourageant : le vaccin avait alors été distribué dans des régions de l’Afrique malgré une température de stockage semblable. Des vaccins aux exigences logistiques moins complexes pourraient aussi devenir disponibles plus tard.

On est en droit de penser que les ME risquent fort d’être perdants dans le contexte de la première distribution des vaccins dans les économies avancées. Il n’en est toutefois pas nécessairement ainsi.

Bien des ME, dont la Thaïlande, la Corée du Sud et la Turquie, comptent énormément sur les exportations, puisque celles-ci représentent respectivement 60 %, 40 % et 33 % du produit intérieur brut (PIB) de ces pays. Ces économies devraient donc bénéficier d’une reprise du cycle mondial. Pour des pays comme la Thaïlande, le Mexique et la Turquie, le tourisme représente respectivement 23 %, 16 % et 12 % du PIB national ; ils pourraient donc connaître une reprise progressive du fait du retour des touristes nouvellement vaccinés.

Notre correspondant national de recherche souligne que les actions des ME enregistrent des rendements supérieurs quand les indicateurs de l’activité économique que sont les indices mondiaux des directeurs d’achats augmentent en raison du levier d’exploitation élevé ou des frais fixes importants des sociétés ainsi que de l’exposition prononcée aux secteurs cycliques, qui représentent environ 50 % de l’indice MSCI Marchés émergents.

Dans l’ensemble, les ME ont été durement touchés par la pandémie, d’après les nouveaux cas confirmés par jour. L’Asie est toutefois parvenue à réduire les niveaux d’infection grâce à la mise en œuvre de mesures précoces et strictes dans plusieurs pays. Au cours des deux derniers mois, la hausse du nombre de nouvelles infections enregistrées par jour dans les marchés développés a dépassé celle observée dans les ME. Le nombre d’infections diminue en Inde après avoir échappé, en apparence, à tout contrôle au milieu de l’année, alors que l’Europe et les États-Unis sont respectivement aux prises avec une deuxième vague et une troisième vague.

Hausse plus virulente des taux d’infection de la COVID-19 dans les marchés développés que dans les ME au quatrième trimestre
Nouveaux cas confirmés par jour (milliers)
Graphique : Hausse plus virulente des taux d’infection de la COVID-19 dans les marchés développés que dans les ME au quatrième trimestre

Marchés développés

Marchés émergents

Nota : Calculée selon une moyenne mobile sur sept jours des nouveaux cas quotidiens.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, RBC Gestion mondiale d’actifs, Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies et Macrobond ; données prises en compte jusqu’au 10 décembre 2020

Au début de l’année, beaucoup ont craint, comme nous, le déclenchement d’une nouvelle crise financière dans les ME du fait de l’épidémie de COVID-19, ainsi qu’une vague de défaillances et de dévaluations. Ces craintes étaient exagérées. Grâce à l’intervention des autorités, dont celle du Fonds monétaire international, cette situation a été évitée. La distribution des vaccins dans les ME devrait aussi soutenir la reprise économique de ces marchés, même si cette distribution survient plus tard que dans les pays développés.

Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques, les ME asiatiques figureront en tête du classement de la croissance économique en 2021, grâce à la Chine, dont la croissance devrait atteindre 8 % en 2021, suivie de l’Inde qui devrait se situer à 7,9 % environ. L’Amérique latine tirera probablement de l’arrière. En effet, la croissance du Mexique sera de 3,6 %, et celle du Brésil se situera à un niveau encore plus bas à 2,6 %.

Faiblesse du billet vert, vigueur des devises des ME

La perspective d’un affaiblissement du dollar américain est une autre raison importante qui justifie notre optimisme quant aux actions des ME.

Depuis l’annonce des progrès dans la mise au point de vaccins en novembre, les investisseurs croient de plus en plus en une reprise de la croissance économique. Il est possible de déceler des prévisions moins effrayantes dans le rendement de l’indice du dollar américain, qui a perdu 4 % comparativement à un panier de grandes devises durant la même période. Depuis le sommet de la crise de la COVID-19 en mars, l’indice du dollar américain a perdu 12 % environ.

Selon les prévisions consensuelles, cette faiblesse du dollar pourrait se poursuivre jusqu’en 2021. Les taux d’intérêt très bas pourraient rendre le dollar moins attrayant, et les politiques commerciales plus prévisibles d’une administration Biden pourraient ternir l’éclat du billet vert en tant que devise refuge.

À mesure que les perspectives économiques mondiales accentueront le sentiment de confiance des investisseurs, ces derniers chercheront sans doute des actifs à rendement plus élevé. Le quatrième trimestre de 2020 est en voie de devenir l’un des trimestres les plus vigoureux au chapitre des entrées de fonds dans les ME depuis 2013, avec des flux de portefeuille de non-résident totalisant quelque 76 milliards de dollars en novembre, une somme nettement supérieure aux 23 milliards de dollars enregistrés en octobre. Ces flux de capitaux devraient probablement se poursuivre parce que les devises des ME sont sous-évaluées et que les rendements des obligations d’État sont plus élevés.

Selon notre correspondant national de recherche, les devises des ME sont presque aussi sous-évaluées qu’elles l’étaient durant la crise financière asiatique, même si certains excédents de balances des paiements de pays sont près d’un sommet inégalé en 20 ans. Qui plus est, le taux d’intérêt de la dette publique locale des ME est beaucoup plus élevé que celui des États-Unis, même après la prise en compte de l’inflation. Cet écart plus prononcé devrait attirer les investisseurs étrangers.

De plus, les obligations d’État chinoises seront incluses dans l’indice mondial d’obligations gouvernementales FTSE en octobre 2021. Cette situation témoigne des progrès constants de la Chine en ce qui concerne les réformes des marchés et l’accès accru offert aux investisseurs mondiaux. La Chine figure au deuxième rang des marchés obligataires mondiaux avec quelque 16 billions de dollars de titres en circulation. D’après notre correspondant national de recherche, les investisseurs étrangers détiennent seulement 3 % des obligations d’État chinoises par rapport à une pondération de référence qui pourrait atteindre environ 15 %.

Contexte propice

Le renforcement des devises des ME et les valorisations boursières peu exigeantes soutiennent favorablement les actions des ME.

Auparavant, il existait une relation positive distincte entre les devises fortes et les actions. Notre correspondant national de recherche constate que, au cours des 15 dernières années, la plupart des actions des ME ont produit des rendements supérieurs alors que les devises de ces pays se renforçaient. Cette situation survient parce qu’une devise nationale plus forte aide les ME à composer avec un endettement externe plus important, que notre correspondant national de recherche estime à 5,2 billions de dollars environ.

Les actions des ME semblent aussi sous-évaluées. Notre correspondant national de recherche a déterminé que, selon le ratio cours-bénéfice en fonction des secteurs, les actions des ME se négocient à un niveau inférieur de 20 % par rapport aux marchés développés, soit près d’un creux inégalé en 15 ans, et que la plupart des secteurs se négocient à un niveau inférieur aux secteurs équivalents des marchés développés. Un examen du ratio cours/valeur comptable brosse un tableau semblable, puisque les actions des ME se négocient à un niveau inférieur de 30 % par rapport aux marchés développés.

En ce qui concerne la Chine, nous croyons que la valorisation actuelle semble juste, puisque l’indice intérieur, le CSI 300, se négocie à 14,7 fois les estimations de bénéfice prévisionnel du consensus, conformément à la moyenne sur cinq ans.

Dernières réflexions

Les risques liés à ces perspectives optimistes comprennent une distribution difficile des vaccins et un taux de vaccination trop bas pour permettre un relâchement des mesures de distanciation sociale, tant dans les pays développés que dans les ME. Un resserrement de la politique plus tôt que prévu par la Réserve fédérale est peut-être moins probable, mais il pourrait assombrir les perspectives. Les pays qui ont augmenté leur dette pour financer les dépenses gouvernementales, comme le Brésil, seraient particulièrement vulnérables selon nous.

Dans l’ensemble, nous estimons que les perspectives concernant les actions des ME semblent attrayantes pour 2021. Elles ont fait bonne figure récemment, dépassant leur sommet de l’année, atteint en janvier, et l’indice MSCI Marchés émergents a augmenté de 67 % depuis les creux de mars, ce qui est conforme aux gains réalisés par le S&P 500. De meilleurs points d’entrée sont possibles, mais, sur une année, nous sommes optimistes à l’égard de la catégorie d’actifs et nous avons une préférence pour l’Asie (hors Japon), et la Chine en particulier. Étant donné le traitement plus réussi de la crise de la COVID-19, les finances de cette région la rendent moins vulnérable à un éventuel cycle de resserrement de la Fed.

Avec la collaboration de Juan Carlos Cure.


Déclarations exigées

Ressources pour les recherches

Déclaration sur les analystes qui ne sont pas américains : Frédérique Carrier, une employée de RBC Europe Limited, société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États Unis; a contribué à la préparation de cette publication. Cette personne n’est ni inscrite ni qualifiée en tant qu’analyste de recherche auprès de l’organisme américain Financial Industry Regulatory Authority (« FINRA ») et, comme elle n’est pas associée à RBC Gestion de patrimoine, elle pourrait ne pas être assujettie au règlement 2241 du FINRA régissant les communications avec les entreprises visées, les apparitions publiques et les opérations sur valeurs mobilières dans les comptes des analystes de recherche.