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Une approche équilibrée et diversifiée devrait constituer la base d’un portefeuille d’actions mondiales, et les marchés émergents sont un élément essentiel qui ne devrait pas être ignoré ou négligé. Nous avons demandé à Phil Langham, chef, Actions, Marchés émergents, RBC Gestion mondiale d’actifs, pourquoi les investisseurs devraient jeter un regard neuf sur les marchés émergents. Il entrevoit un potentiel de croissance à long terme attrayant, ainsi que des tendances intéressantes et des catalyseurs du rendement des marchés émergents en 2018 et par la suite qui aident la catégorie d’actif à se démarquer.

Les marchés émergents ont profondément changé au fil des ans. Pourquoi les investisseurs devraient-ils s’y intéresser de plus près ?

La croissance élevée offerte par les marchés émergents (ME) est la principale raison d’y regarder de plus près. En 1985, les ME représentaient quelque chose comme 35 % du PIB mondial. Cette proportion atteint désormais environ 57 %.

Étant donné que les ME génèrent encore plus de 70 % de la croissance du PIB mondial, nous pouvons nous attendre à ce que leur part du PIB mondial continue d’augmenter. Les facteurs qui contribuent à cette augmentation sont la capacité à combler les retards technologiques, le profil démographique, la pénétration moindre du crédit et celle moins élevée du PIB.

Cette évolution se manifeste aussi par un accroissement de la valeur marchande. En 1996, la capitalisation boursière ou la valeur des actions des ME représentait autour de 10,7 % de la part mondiale. Elle équivaut maintenant à environ 21 %, et devrait atteindre quelque 39 % en 2030.

Comme le PIB par habitant dans les ME est sensiblement inférieur à ce qu’il est dans les marchés développés, il y a encore un énorme potentiel de rattrapage.

Évolution de la part des actions de ME mondiaux

(en pourcentage)

Les actions des ME ont pris tant d’ampleur
qu’elles ne peuvent plus être négligées.

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Source : Correspondant national de recherche ; février 2016

Sur le plan sectoriel, y a-t-il des tendances qui rendent les ME plus intéressants pour les investisseurs qu’ils ne l’étaient il y a quelques années?

La qualité des indices s’est considérablement améliorée. Les secteurs des marchandises, comme l’énergie et les matières, représentaient environ 40 % de l’indice MSCI Marchés émergents il y a 10 à 15 ans. Cette proportion est désormais de moins de 15 %. La part de la technologie de l’information a presque doublé, passant d’environ 15 % à presque 30 %. Les secteurs de la consommation, qui ont tendance à être de meilleure qualité et à offrir des rendements des capitaux propres plus élevés, ont aussi pris de l’ampleur.

Cette transition explique pourquoi le marché canadien, qui est fortement axé sur les marchandises, n’est plus un bon indicateur des actions des ME. La corrélation entre les ME et le marché canadien a fléchi et n’est plus vraiment différente de celles par rapport à d’autres marchés.

Comment les principaux catalyseurs des actions des ME se comparent-ils pour 2018 et les années subséquentes?

Nous avons constaté que trois facteurs tendent à favoriser les rendements futurs.

Le premier est la devise. Même si le dollar américain se raffermit, nous sommes d’avis qu’il y a beaucoup de raisons pour lesquelles les devises des pays émergents pourront bien se comporter par rapport au billet vert.

Les devises des pays émergents semblent sous-évaluées d’après un vaste éventail de mesures. De plus, elles sont soutenues par des taux d’intérêt réels positifs, contrairement à certains pays développés, et par une amélioration substantielle des données fondamentales. Au cours des dernières années, des déficits du compte courant se sont transformés en excédents. Les réserves de devises ont augmenté et la croissance s’est améliorée. Même en Chine, où les sorties de capitaux se révélaient parmi les plus menaçantes il y a un an, on observe maintenant des rentrées de capitaux.

Le deuxième facteur est la croissance économique, et particulièrement la progression par rapport aux marchés développés. Quand l’écart entre la croissance du PIB des ME et celle des marchés développés se creuse, les ME enregistrent habituellement des rendements supérieurs. En revanche, les ME produisent des rendements inférieurs lorsqu’ils affichent une piètre croissance relative par rapport aux économies développées.

Croissance du PIB réel des économies
développées et émergentes
Les perspectives de croissance des marchés émergents s’améliorent
par rapport à celles des marchés développés.

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Source : Perspectives de l’économie mondiale du FMI ; données en date d’avril 2017 ; « P » = Prévision

Le Fonds monétaire international prévoit que l’écart de croissance continuera d’augmenter. Et nous croyons que cette tendance se poursuivra sans doute puisque la plupart des réformes que nous observons dans ces pays entraînent une amélioration de la croissance. Dans presque tous les pays émergents, le paysage politique et la gestion de l’économie progressent.

Enfin, les bénéfices et le cycle du rendement des capitaux propres constituent le troisième facteur favorisant le rendement des ME. Au fil du temps, le rendement des capitaux propres au sein des ME tend à beaucoup fluctuer, se révélant très cyclique. Les marges bénéficiaires sont le principal moteur du rendement des capitaux propres. Même si les marges ont été faibles de 2010 à 2016 en raison d’une piètre productivité et d’une surcapacité, le cycle s’est maintenant inversé. À notre avis, la progression des marges que nous anticipons pour les cinq à six prochaines années pourrait entraîner une croissance durable des bénéfices dans les ME de l’ordre d’environ 10 % à 15 % par année.

Qu’en est-il des valorisations? Peuvent-elles servir d’indicateur des rendements futurs?

Par le passé, nous avons observé que les valorisations tendent à être un bon guide des rendements futurs uniquement quand elles se situent à des niveaux extrêmes. Par exemple, elles se révèlent un bon indicateur des rendements à venir quand le ratio cours-valeur comptable (C/VC) est inférieur à 1,3 (abordable) ou supérieur à 2,4 (cher).

Perspectives des marchés émergents

Rendement à long terme des actions de ME et croissance économique par rapport
aux marchés développés (MD)

Le différentiel de croissance du PIB a étéun facteur de rendement
relatif par rapport aux marchés développés.

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Sources : FactSet, Datastream, Bloomberg, correspondant national de recherche ; données en date de décembre 2017

Les valorisations actuelles des ME correspondent aux moyennes à long terme, mais sont passablement inférieures à celles des marchés développés d’après les ratios C/VC et cours-bénéfice (C/B). Le rabais est d’environ 27 %. Quand les valorisations sont à peu près au milieu des moyennes à long terme comme c’est le cas actuellement, elles n’ont pas tendance à être un bon guide des facteurs qui influeront sur les rendements futurs.

Quelles sont certaines des caractéristiques communes aux sociétés de ME dans lesquelles vous investissez?

Nous privilégions les sociétés dont le rendement en trésorerie du capital investi est élevé et durable et qui offrent donc un rendement excédentaire aux actionnaires. Nous avons constaté que les principaux facteurs d’un rendement en trésorerie du capital investi élevé et durable sont une solide gestion et une position sectorielle dominante.

Nous évaluons aussi les sociétés en fonction de thèmes de placement à long terme. À l’heure actuelle, les principaux thèmes sont la consommation intérieure, les établissements de dépôt, la numérisation, la santé et le bien-être, et les infrastructures.

Ce qu’il est important de savoir au sujet de ces thèmes est qu’ils nous permettent vraiment d’échapper aux contraintes des indices de référence, notamment aux surpondérations et sous-pondérations habituelles à l’égard des pays et des secteurs. D’un point de vue macroéconomique descendant, les thèmes orientent vraiment le portefeuille vers des domaines de croissance durable à long terme.

Un autre aspect qui nous semble très important est l’évaluation des entreprises en fonction de facteurs environnementaux, sociaux et liés à la gouvernance (ESG). Les sociétés qui portent attention aux critères ESG ont tendance à avoir une culture forte axée sur l’excellence et ne sont donc pas aux prises avec les mêmes problèmes que leurs concurrents. Il s’agit de sociétés dont les employés et les dirigeants sont habituellement beaucoup plus engagés et par conséquent beaucoup plus productifs ; et ces facteurs se traduisent tous par des rendements supérieurs et plus durables.

Parmi les catégories d’actions de ME, y a-t-il des distinctions marquées?

Nous sommes d’avis que les sociétés à petite capitalisation des ME représentent une catégorie d’actif intéressante. Fait plutôt étonnant, on trouve un énorme choix d’actions de sociétés à petite capitalisation dans les ME. Il y a plus de 7 000 sociétés à petite capitalisation et elles représentent 94 % de l’univers des actions de ME. En revanche, on ne compte qu’environ 500 actions de sociétés à grande ou à très grande capitalisation.

Les investisseurs pourraient également trouver surprenant le phénomène inhabituel qui veut que les petites capitalisations de ME affichent des rendements élevés, mais un faible risque. Sur les marchés développés, ces sociétés présentent plutôt des rendements élevés et un risque plus élevé. Ainsi, les sociétés à petite capitalisation de ME procurent une volatilité moindre, un bêta inférieur et une faible corrélation avec l’indice MSCI Monde. Les petites capitalisations de ME sont notamment soutenues par une croissance plus rapide.

Étant donné le grand nombre de sociétés à petite capitalisation et l’accent mis sur la croissance, quelle est l’ampleur du rôle des dividendes dans les ME?

Habituellement, les gens ne considèrent pas les actions de ME comme un moyen de miser sur les dividendes, et vice versa. Mais en réalité, il y a encore plus de sociétés qui versent des dividendes dans les ME (environ 83 %) qu’au sein des marchés développés (environ 78 %). Par ailleurs, les sociétés de ME ont un ratio de versement beaucoup plus faible. La croissance supérieure des bénéfices favorise une progression très rapide des dividendes dans les ME. À mon avis, ce facteur accroît l’attrait de ces marchés.

La capacité de versement de dividendes 
des sociétés de ME est forte

Ratio de versement ([dividende par action / bénéfice par action] x 100)

Après avoir connu une décennie de croissance très solide, les sociétés
de ME occupent une position idéale pour offrir des versements accrus.

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Sources : RBC Gestion mondiale d’actifs, FactSet ; données en date de décembre 2016

Les gestionnaires de portefeuille d’actions de ME peuvent choisir parmi une vaste gamme de sociétés ayant un rendement en dividendes de plus de 3 %. Cette catégorie se compose d’environ 900 actions. Et contrairement à ce que nous observons dans les pays développés, où les sociétés qui versent des dividendes élevés sont habituellement concentrées dans les secteurs plus matures comme les télécommunications et les services publics, les actions à dividendes des ME sont issues d’un large éventail de secteurs et de pays.

Pour terminer, pouvez-vous nous parler de l’enjeu capital que représente la Chine, un élément important du secteur des ME? Que pensez-vous des risques dans ce pays?

Des risques pèsent sur la croissance en Chine, mais je ne crois pas que le marché boursier chinois soit sérieusement menacé.

De façon générale, on observe en Chine un équilibre entre les réformes et la croissance. Essentiellement, les autorités souhaitent poursuivre leur programme de réforme, mais elles se préoccupent encore également de la croissance. À mon avis, elles s’en soucient probablement trop ; je préférerais une croissance un peu plus lente, mais davantage de progrès sur le plan des réformes (dégonflement accru des bulles d’actifs, réduction de la croissance du crédit et mesures anticorruption). Néanmoins, la situation en Chine tend à évoluer de façon relativement progressive.

Nombre des réformes actuelles sont positives et nous observons en particulier une diminution de la capacité dans des secteurs durement minés depuis longtemps par une surcapacité. Par conséquent, le système bancaire est progressivement assaini.

Nous sommes raisonnablement optimistes à l’égard du contexte macroéconomique en Chine. Nous croyons que la gouvernance d’entreprise s’améliore et que les occasions de placement en Chine augmenteront à l’avenir.

 

Déclaration sur les analystes qui ne sont pas américains : Phil Langham, un employé de RBC Gestion mondiale d’actifs Inc., société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États-Unis, a contribué à la préparation de cette publication. Ce particulier n'est ni inscrit ni qualifié en tant qu'analyste de recherche auprès de la Financial Industry Regulatory Authority («FINRA») et, puisqu'il n'est pas associé à RBC Wealth Management, il ne peut être assujetti au règlement 2241 de la FINRA. les sociétés assujetties, la tenue de comparutions publiques et la négociation de titres dans des comptes détenus par des analystes de recherche.