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Par Thomas Garretson, CFA – Minneapolis

Essayer de prédire ou de prévoir le moment précis d’une récession est un exercice vain à bien des égards. Le fait est que l’économie américaine n’a été en récession que pendant environ 15 % du temps au cours de l’après-guerre et que, comme le dit l’adage, les économistes ont prédit avec succès neuf des cinq dernières récessions. Sans chercher à accomplir une telle prouesse, nous pouvons quand même dire que les risques de récession ont notablement augmenté ces derniers mois et que c’est faire preuve de prudence que de rester vigilant et de commencer à élaborer un cadre de réflexion pour penser aux décisions à venir en matière de structuration du portefeuille et de répartition de l’actif.

Bien que diverses données économiques et de marché aient suscité des inquiétudes ces dernières semaines, le sujet d’inquiétude, dernièrement, est la perspective de voir la crainte elle-même entraîner une récession. Le fait que l’ensemble des manchettes et de l’attention des médias porte sur la crainte d’une récession fait naître un risque de prophétie autoréalisatrice, notamment en ce qui concerne la confiance des consommateurs, dans la mesure où ces derniers pourraient être enclins à modérer leurs dépenses, ce qui aurait pour effet de pérenniser toute faiblesse de l’économie.

Existe-t-il, alors, des signes indiquant que les craintes de récession commencent à s’insinuer dans la psyché des consommateurs? Les données de Google Trends présentées dans le graphique à droite donnent à penser que l’inversion récente de la courbe des taux a frappé l’imagination du public américain, la fréquence de recherche du mot « récession » ayant bondi à des niveaux proches des sommets atteints juste avant le début de la récession de 2007. Ajoutons que la confiance des consommateurs, selon l’estimation provisoire pour août de l’enquête de l’Université du Michigan, est à son niveau le plus bas depuis janvier dernier.

Des messages d’avertissement
Les recherches dans Google révèlent une préoccupation croissante du public à propos des risques de récession.
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Récession officielle selon le NBER

Recherches du mot « récession »

La ligne de tendance montre la fréquence mensuelle des recherches du mot « récession » par rapport à la fréquence la plus élevée enregistrée (janvier 2008 = 100).

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Google Trends, National Bureau of Economic Research (NBER)

Bien évidemment, il ne nous a pas échappé qu’en écrivant sur les risques de récession, nous pourrions ne faire qu’ajouter au problème ; cependant, les données entrantes et la persistance de la guerre économique étant susceptibles à elles seules de faire pencher la balance de la croissance, le sentiment des consommateurs n’est pas notre première préoccupation.

Une économie n’est jamais plus solide que son maillon le plus faible

Ceux qui voient peu de risques de récession à l’horizon – ce qui, nous le concédons, reste le scénario de base – s’appuient souvent sur la robustesse de la consommation individuelle et la vigueur persistante du marché du travail pour soutenir que la consommation américaine, encore forte, pourra supporter le fardeau de l’économie malgré la faiblesse observée ailleurs.

Toutefois, comme l’indique le graphique à droite, cela pourrait ne pas suffire, si tant est que ce soit même un facteur dans l’équation. Les données ont été contrastées au cours des récessions recensées depuis 1960, la consommation ayant effectivement eu un effet favorable pendant près de la moitié de ces périodes. La seule chose commune à toutes ces récessions est la forte contraction des investissements intérieurs privés ; or, les données de la première estimation du PIB du deuxième trimestre montrent que, malgré la robustesse de la consommation, les investissements reculent en raison des guerres commerciales persistantes et des incertitudes qu’elles engendrent. Les données publiées pendant la semaine montrent que les nuages qui planent sur le secteur manufacturier et les investissements des entreprises pourraient encore s’assombrir.

L’apport positif de la consommation n’a pas toujours empêché les récessions
Moyenne des contributions trimestrielles au PIB pendant les récessions officiellement recensées par le NBER
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Consommation individuelle

Investissements intérieurs

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg, National Bureau of Economic Research (NBER) ; dépenses de consommation de l’État et exportations nettes non indiquées

La confiance du secteur manufacturier, selon l’indice préliminaire des directeurs d’achats (PMI) du secteur manufacturier Markit pour août, a, pour la première fois depuis 2009, glissé sous le seuil crucial de 50, seuil qui sépare l’expansion de la contraction, pour s’établir à 49,9. S’il convient de surveiller le risque que les craintes de récession commencent à avoir une réelle incidence sur la consommation, le bras de fer commercial avec la Chine demeure une des principales entraves à la croissance économique mondiale.

Espérer le meilleur, se préparer au pire

Tous les yeux restent tournés vers la Fed, dans la mesure où il reste peu d’espoir de voir la querelle commerciale avec la Chine se régler de quelque façon que ce soit à court terme. Les marchés tiendront compte du discours que doit donner le président de la Fed, Jerome Powell, le 23 août au colloque de Jackson Hole, événement dont les dirigeants de banque centrale se sont souvent servis pour annoncer des virages importants dans leurs programmes de politique monétaire.

Les premiers commentaires d’autres dirigeants de la Fed et le procès-verbal de la réunion du 31 juillet, publié le 21 août, laissent toutefois peu de raisons de croire que la Fed s’apprête à prendre des mesures actives pour anticiper un éventuel ralentissement de l’économie. Le président de la Federal Reserve Bank de Philadelphie, Patrick Harker, membre aux positions centristes et non-votant cette année du Conseil des gouverneurs de la Fed, a déclaré, lors d’une entrevue, qu’il ne voyait pas d’urgence à prendre de nouvelles mesures après la baisse des taux de juillet : « Je pense que nous devrions en rester là pour un moment et observer la manière dont les choses se déroulent. »

Les marchés estiment qu’une nouvelle baisse des taux de 0,25 % en septembre est tout sauf certaine, et le fait que les courbes des taux restent inversées est un signe persistant qu’ils jugent la position actuelle de la Fed en matière de politique monétaire beaucoup trop restrictive dans un contexte où les perspectives économiques sont de plus en plus sombres. Nous nous attendons toujours à une série de réductions des taux d’ici la fin de l’année, mais craignons que la Fed n’agisse trop lentement.

Le chemin s’annonce cahoteux

Nous maintenons pour l’heure une pondération neutre pour les actions et les titres à revenu fixe, aux États-Unis comme dans le monde, mais conservons un positionnement relativement défensif dans chaque catégorie d’actifs. Il se pourrait bien que la seule chose que nous ayons à craindre soit la crainte elle-même, mais d’autres éléments justifient aussi notre inquiétude. La vigueur de la consommation américaine devrait offrir une certaine sécurité, mais la confiance des consommateurs peut être inconstante. Le fait est que la principale source d’inquiétude à l’égard des guerres commerciales ne réside peut-être pas dans les tarifs eux-mêmes, mais dans la durée potentielle du conflit. Il est de plus en plus clair, à l’approche de son deuxième anniversaire, que la guerre commerciale cause des dommages à l’économie.

Les risques élevés de récession sont, à notre avis, réels ; il serait donc prudent, s’ils devaient s’accentuer dans les mois à venir, de procéder à de nouveaux rajustements défensifs dans les portefeuilles.


Déclarations exigées

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