closeup wall street sign with united states flag

Par Kelly Bogdanova

Le marché boursier américain s’est encore affaibli récemment en raison de l’intensification de la volatilité, entraînant dans sa chute de nombreux autres marchés. L’indice S&P 500 a prolongé son repli pour atteindre un taux de 7,6 % inférieur au sommet historique atteint il y a un peu plus d’un mois. Le rendement depuis le début de l’année vacille entre hausses et baisses.

Nous sommes d’avis que le comportement capricieux du marché américain est un phénomène temporaire. Les risques immédiats associés aux actions n’ont pas modifié notre opinion constructive à long terme, puisque les deux piliers des actions (la croissance économique et la croissance commerciale) continueront probablement de fournir des bases solides. Les indicateurs prospectifs laissent toujours entrevoir une expansion soutenue de l’économie américaine, du moins pour la prochaine année.

Il est cependant probable que le cycle économique tire à sa fin ; une série de vulnérabilités à court terme ayant été mises en lumière ces dernières semaines. Nous croyons que les marchés boursiers ont besoin de plus de temps pour se rajuster de manière à prendre en compte ces faits nouveaux.

Sous pression

Les liquidations ont été entreprises plus tôt ce mois-ci aux États-Unis par suite de l’envolée des taux des obligations du Trésor. La Réserve fédérale est également pointée du doigt en raison des préoccupations grandissantes quant à la possibilité qu’elle relève les taux d’intérêt de façon exagérée et trop rapidement, contribuant possiblement à la réduction de la croissance nationale et mondiale. Un ensemble d’autres enjeux ont également persisté.

De nombreuses préoccupations exercent des pressions sur les marchés boursiers...

  • Faux pas des États-Unis en matière de bénéfices
  • Pression sur les marges bénéficiaires
  • Tarifs, différend commercial entre la Chine et les États-Unis
  • Risques pour la croissance chinoise et mondiale
  • Incertitude de la politique de la Réserve fédérale, taux
  • Affrontement budgétaire entre l’Italie et l’Union européenne
  • Défis persistants du Brexit
  • Inquiétudes relatives aux élections de mi-mandat aux États-Unis

Les récents replis du marché sont surtout attribuables à la faiblesse des résultats des entreprises, des commentaires prudents émis par les dirigeants de certaines prestigieuses multinationales, des tarifs connexes et des inquiétudes liées à la Chine.

Élagage des profits

Le seul et principal facteur ayant changé au cours des dernières semaines est l’apparition de certaines failles dans les perspectives de gains des sociétés. Par contre, à ce moment-ci, elles demeurent relativement peu profondes.

Les États-Unis et les autres marchés s’ajustent à la baisse des marges et à d’autres faux pas dont font état les résultats du troisième trimestre, lesquels ont une incidence sur la perception des résultats du quatrième trimestre et, surtout, ceux de 2019.

Un ralentissement de la croissance était prévu aux États-Unis pour 2019 par rapport à cette année, et ce, même avant la publication des faibles résultats du troisième trimestre, car l’élan offert par les réductions d’impôt disparaîtra des statistiques et les comparaisons d’une année à l’autre seront difficiles. Par contre, puisque 26 % des sociétés du S&P 500 ont déjà publié leurs résultats du troisième trimestre, nous sommes d’avis que les prévisions consensuelles des bénéfices pourraient être trop élevées, comme semble le démontrer le marché.

Les prévisions consensuelles actuelles de l’indice S&P 500 sont de 178 $ par action pour 2019, cours auquel il se situe depuis quelques mois. Lori Calvasina, chef du groupe de la stratégie de placement en actions américaines de RBC Marchés des Capitaux, SARL, est quant à elle plus prudente et établit le bénéfice par action à 173 $. Ses prévisions nous semblent plus réalistes. Les participants du marché font de plus en plus état d’un bénéfice par action possible de 170 $. Ramener les prévisions consensuelles de 2019 à 173 $ ou à 170 $ par action exigerait une réduction d’environ 3 % à 5 %.

Normalement, lorsque les estimations sont légèrement réduites durant quelques mois et vers la fin de l’année alors qu’elles sont habituellement revues à la baisse, cette réduction peut être absorbée par le marché durant une période de consolidation normale et à un rythme raisonnable. Par contre, en raison de la longue série de révisions à la hausse des bénéfices à laquelle les participants du marché se sont habitués, le risque de rajustements à la baisse semble plus difficile à surmonter pour le marché, surtout dans un contexte volatil où bon nombre d’autres enjeux entrent en compte dans les liquidations. Nous sommes d’avis que la situation reprendra son cours normal, mais cela pourrait prendre un certain temps.

Toutefois, même si les prévisions consensuelles peuvent être légèrement revues à la baisse dans les semaines et les mois à venir, cela ne signifie pas que la situation s’envenimera. Les indicateurs économiques à long terme que nous suivons ne laissent assurément pas entrevoir une révision significativement à la baisse des prévisions des bénéfices, car tous les indicateurs demeurent verts (voir le tableau). Il s’agit d’un élément important, car les récessions engendrent normalement des marchés baissiers et l’effondrement des prévisions de bénéfices qui en découle. La légère revue à la baisse des estimations est une procédure courante habituelle à cette étape du cycle économique et en cette période de l’année.

Les pertes les plus importantes sont observées en Asie
Baisses cumulatives annuelles de certains indices boursiers
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Sources - RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; données prises en compte jusqu’au 25 octobre 2018; données en monnaies locales

Les grands indicateurs économiques sont encore en territoire expansionniste
Feuille de pointage des indicateurs économiques américains de RBC Gestion de patrimoine
economic indicator scorecard chart FR

Sources - RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg, FRED (base de données économiques de la Réserve fédérale de St. Louis)

Répercussions de la guerre commerciale

Même si les préoccupations à l’égard des perspectives commerciales pour 2019 constituent la cause principale des pressions à la baisse exercées sur les actions, les éléments derrière la faiblesse des résultats du troisième trimestre ont constitué un frein supplémentaire à la majorité des marchés.

Les tarifs imposés par les États-Unis sur l’acier et l’aluminium et le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine sont d’autres facteurs qui, selon les équipes de direction, expliquent le fléchissement des résultats du troisième trimestre ou sont à surveiller dans les trimestres à venir. Le coût des intrants augmente pour les sociétés ayant recours à l’acier et à l’aluminium ou à d’autres matières visées par les tarifs dans leurs processus de fabrication. Aucune distinction : des sociétés américaines, canadiennes, européennes et asiatiques sont touchées par ces tarifs.

Tous ces facteurs soulèvent des questions quant à la durée de ces tarifs. Il est difficile d’y mettre fin lorsque des groupes d’intérêts y sont favorables, et les tarifs imposés sur l’acier ont assurément gagné l’intérêt de bien des groupes — le secteur américain de l’acier a repris de la vigueur et les salaires ont augmenté.

Le marché sait pertinemment que les États-Unis peuvent imposer d’autres tarifs à la Chine, et que celle-ci peut réagir en érigeant des barrières non tarifaires. Pensons aussi à l’accentuation de la rivalité géopolitique dans son ensemble entre les deux pays.

En fait, les tarifs et les différends commerciaux constituent des facteurs d’incertitude quant aux perspectives de l’économie et des bénéfices à l’échelle mondiale pour 2019. On a constaté au cours des derniers mois un sentiment de complaisance aux États-Unis à l’égard des échanges commerciaux, le marché faisant fi des manchettes sur les tarifs. La situation a cependant changé aujourd’hui, surtout en raison des commentaires des dirigeants d’entreprises et du constat selon lequel les différends commerciaux entre les États-Unis et la Chine pourraient prendre du temps, beaucoup de temps, avant d’être réglés.

La valorisation : lueur d’espoir

Malgré l’existence des tarifs et des risques à court terme liés aux bénéfices, il est important de noter que les résultats du troisième trimestre ont été, en grande majorité, solides. Les bénéfices des sociétés du S&P 500 sont présentement en voie de croître de près de 24 % sur douze mois (environ 8 points de pourcentage sont attribuables à l’élan offert par les réductions d’impôt). Parmi les sociétés ayant publié leurs résultats jusqu’à maintenant, environ 82 % ont surpassé leurs estimations en matière de bénéfices, ce qui est largement supérieur aux tendances favorables des trimestres précédents et fortement supérieur à la moyenne à long terme. La proportion des résultats ayant dépassé les prévisions a été modérée, même si elle s’approche de la moyenne à long terme.

Il est important que les investisseurs ne perdent pas de vue les valorisations. Elles sont simplement devenues moins coûteuses durant cette période de liquidations. Par exemple, l’indice S&P 500 se négocie 15,6 fois l’estimation de RBC Marchés des Capitaux concernant le bénéfice par action de 2019, à savoir 173 $ par action. Ce résultat est inférieur à la moyenne à long terme de 16,2 fois depuis 1990. Les valorisations sur d’autres marchés à l’extérieur des États-Unis semblent encore plus raisonnables ou plus basses.

Jusqu’à présent, ce repli ressemble aux périodes d’instabilité précédentes
Indice S&P 500 depuis 2008
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Sources - RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; données prises en compte jusqu’au 24 octobre 2018

Malgré les faux-pas du troisième trimestre, nous nous attendons encore à une hausse des bénéfices en 2019
Bénéfices annuels par action du S&P 500 et estimations
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Sources - RBC Gestion de patrimoine, Stratégie sur actions américaines, RBC Marchés des capitaux, Thomson Reuters I/B/E/S. Les données de 2018 et de 2019 sont des estimations de RBC

Moduler l’humeur

Nous demeurons d’avis que, à long terme, les investisseurs devraient accorder le bénéfice du doute aux actions dans la mesure où les cycles économiques, commerciaux et du crédit leur demeurent favorables. Nos indicateurs économiques prospectifs demeurent inchangés, et nous prévoyons toujours que les bénéfices des entreprises aux États-Unis progresseront à un rythme moyen en 2019, tout en maintenant un cours avantageux. Tant que dure ce comportement capricieux, le marché haussier durable aux États-Unis devrait rester intact.


Déclarations exigées