people on busy street reflected on display with stock market numbers

Par Kelly Bogdanova

Les indices boursiers du monde entier se sont bien repris après les pertes découlant des craintes suscitées par le coronavirus, et le marché américain a atteint un autre sommet sans précédent. Examinons les quatre catalyseurs qui expliquent la résilience des marchés boursiers, dont l’un fait tout de même naître un certain inconfort.

Depuis l’aggravation de l’épidémie du nouveau coronavirus (2019-nCoV), la reprise du marché boursier a été forte et rapide, surtout aux États-Unis où l’indice S&P 500 a bondi de 3,7 % après son dernier creux pour atteindre un nouveau sommet historique. D’autres marchés ont aussi affiché un regain, mais naturellement, la reprise s’est avérée plus lente en Asie.

Alors, d’où vient l’optimisme ? Quatre raisons expliquent le rebond des marchés. Les voici. La troisième raison nous donne toutefois matière à réflexion.

1. Les craintes relatives au coronavirus s’apaisent

Jusqu’à présent, les marchés semblent influencés par les données officielles sur le coronavirus. Même si le nombre d’infections a augmenté de près de 250 % depuis la semaine dernière, le nombre de nouveaux cas quotidiens a ralenti dernièrement, selon les données des gouvernements chinois et américain et des organisations mondiales de la santé. Les nouvelles infections ont été limitées en grande partie à la Chine, et surtout à Wuhan et à la province environnante de l’Hubei. Les taux de mortalité annoncés demeurent bas, et la mise au point de traitements et de vaccins a progressé.

2. Les économies résisteront probablement à l’épidémie

Nous pensons que les investisseurs institutionnels ont généralement accepté le fait que le coronavirus minera probablement la croissance de la Chine et qu’il limitera la croissance mondiale. Eric Lascelles, économiste en chef de RBC Gestion mondiale d’actifs Inc., a écrit : « Wuhan, l’épicentre de l’épidémie, revêt une importance considérable pour l’économie chinoise : il s’agit de la septième ville du pays et d’une plaque tournante pour le transport intérieur, où l’on retrouve par ailleurs une importante activité manufacturière internationale. »

Nous pensons toutefois que les marchés boursiers partagent notre avis, à savoir que nous parviendrons à composer avec les répercussions économiques – à condition que l’épidémie demeure contenue – étant donné que le gouvernement chinois semble résolu à soutenir son économie. Ce dernier a injecté 1,7 billion de renminbis dans son système bancaire, et des responsables ont dit qu’ils étaient prêts à utiliser d’autres leviers.

Les marchés asiatiques sont ceux qui ont le plus souffert du coronavirus
Rendement en cumul annuel de certains indices boursiers (%)
YRendement en cumul annuel de certains indices boursiers (%) chart

S&P 500

Indice MSCI Monde hors États-Unis

MSCI Asie hors Japon

Hong Kong Hang Seng

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; données prises en compte jusqu’au 5 février 2020.

Les produits de placement et d’assurance offerts par l’intermédiaire de RBC Gestion de patrimoine ne sont pas assurés par la FDIC ou un autre organisme du gouvernement fédéral; ils ne constituent pas un dépôt ni ne confèrent quelque autre obligation à une banque ou l’une ou l’autre de ses filiales, et ils ne sont pas garantis par une banque ou l’une ou l’autre de ses filiales. Ils comportent des risques d’investissement, y compris la possibilité de perdre le capital investi.

À ce stade, M. Lascelles s’attend à voir la croissance du PIB de la Chine diminuer de moitié au premier trimestre pour atteindre 3 %, comparativement à son taux habituel de 6 %, mais il prévoit une croissance « particulièrement rapide » au deuxième trimestre si le virus perd de la vigueur, comme nous l’avons observé lors d’épidémies antérieures.

Enfin, M. Lascelles a revu à la baisse ses prévisions de croissance du PIB en 2020 pour la Chine, soit de 5,9 % à 5,6 %. Il a ajouté : « Ce n’est pas tant à cause des taux de mortalité qu’en raison de l’absentéisme, de la fermeture temporaire d’entreprises, de problèmes d’approvisionnement et des effets sur la confiance. »

Les États-Unis et l’Europe pourraient subir les conséquences du coronavirus. C’est le cas surtout de l’Europe, qui dépend davantage des échanges avec la Chine, mais nous pensons que cette situation sera également de courte durée. Les tendances économiques se sont améliorées dernièrement aux États-Unis et en Europe. Aux États-Unis, le très populaire indice des directeurs d’achats de l’industrie manufacturière est revenu de façon inattendue en territoire expansionniste en janvier, passant de 47,2 à 50,9, et les sous-indicateurs du secteur manufacturier ont également été solides.

3. La crainte de rater une occasion aux États-Unis

À notre avis, la crainte de rater une occasion joue un rôle plus important dans le rendement des actions. C’est là le catalyseur responsable de la hausse des marchés qui nous fait ressentir le plus grand malaise.

Des données et des signes anecdotiques semblent indiquer que certains investisseurs institutionnels sont à la recherche d’un nouvel élan, particulièrement de vagues de spéculation dans les secteurs américains de la technologie et des services de communication, lesquels se sont détachés du lot au cours des dernières semaines et des derniers mois. La hausse du nombre d’investisseurs a certainement gonflé les gains dans ces segments et réduit en conséquence le nombre d’actions dominantes sur le marché américain.

Or, à notre avis, un redressement vigoureux est soutenu au fil du temps par un large groupe d’actions provenant de divers secteurs et diverses industries, plutôt que par un petit groupe.

Bob Dickey, stratège technique de RBC Marchés des Capitaux, SARL, a déclaré que la prudence s’impose. Il écrit : « La volatilité accrue et les grandes variations de quelques-uns des titres de croissance les plus importants du marché ont souvent annoncé l’atteinte d’un pic, et le contexte actuel nous rappelle des périodes où les fluctuations de certaines actions n’étaient pas fondamentalement valables. »

Il croit que le marché américain pourrait reculer à court terme. Il poursuit : « Nous ne voyons pas le récent rebond comme le début d’une nouvelle trajectoire ascendante pour les indices, mais plutôt comme une tendance de forte volatilité typique qui se manifeste souvent en présence de points de bascule. Nous nous attendons à ce que cette volatilité accrue se poursuive pendant plusieurs semaines et à ce qu’elle mène à un recul des niveaux de soutien à environ 27 000 pour l’indice Dow Jones des valeurs industrielles et à 3 000 pour le S&P 500 au cours des deux prochains mois. »

L’écart par lequel les valorisations du marché américain dépassent leur moyenne à long terme est plus grand que l’écart d’autres grands indices
Ratios cours/bénéfice prévisionnels sur 12 mois établis d’après les prévisions moyennes
Ratios cours/bénéfce prévisionnels sur 12 mois établis d’après les prévisions moyennes chart

Niveau actuel

Moyenne sur 10 ans

Nota : EAEO = marchés de l’Europe, de l’Australasie et de l’Extrême-Orient ; ME = marchés émergents.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; données prises en compte jusqu’au 5 février 2020.

4. Les tendances relatives aux bénéfices sont « assez bonnes »

Le récent rebond des marchés boursiers s’explique aussi par les tendances relatives aux bénéfices et aux revenus au quatrième trimestre, qui ont pour l’essentiel été conformes aux attentes. Ajoutons que certains segments se portent particulièrement bien. Aux États-Unis, le taux de croissance des bénéfices devrait terminer la période de publication des résultats en territoire positif.

En outre, le rythme du déclin des bénéfices prévisionnels a ralenti ou il s’est stabilisé dans un certain nombre de marchés développés. Par exemple, depuis décembre, les prévisions consensuelles des bénéfices des sociétés du S&P 500 ont baissé de 1 $, pour atteindre 176 $ par action.

Garder le cap

Les marchés boursiers ont rebondi en raison de ces quatre facteurs, mais nous n’écartons pas la possibilité que la volatilité reprenne à mesure qu’ils comprendront mieux et intégreront les répercussions économiques du coronavirus. Toute fluctuation des actions à fort momentum aux États-Unis peut avoir un effet sur les marchés boursiers américains et mondiaux.

Pour les investisseurs à long terme, nous sommes encore à l’aise de maintenir une part d’actions similaire à celle de la référence, dans la mesure où la majorité de nos indicateurs de récession américains laissent entrevoir une expansion continue et où l’économie mondiale n’est pas sérieusement menacée par le coronavirus ou d’autres facteurs externes. Nous recommandons toutefois aux investisseurs de vérifier de nouveau la répartition de leurs actions. Si les cibles ont été dépassées, il est peut-être temps de revenir à un niveau normal.


Déclarations exigées

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