two knight chess pieces facing head to head

Par Frédérique Carrier 

Parmi les bonnes nouvelles concernant la réouverture de nombreuses économies ou leur préparation à une reprise des activités, les propos durs que le président Donald Trump a adressés à la Chine au sujet de la pandémie et du commerce comportent d’autres risques pour les marchés boursiers. Bien qu’elle n’ait jamais disparu, la rivalité entre les États‑Unis et la Chine a beaucoup moins retenu l’attention des entreprises et des investisseurs au cours des derniers mois.

Resurgira‑t‑elle avec vigueur comme elle l’a fait durant la guerre commerciale ? Nous en doutons, mais nous ne sous‑estimons pas les bévues qui pourraient être commises, de part et d’autre, et avoir de graves conséquences à un moment où l’économie mondiale est déjà particulièrement faible. Nous réitérons l’importance de se préparer à toute éventualité.

Pression accrue

À la suite d’une multitude de déclarations par de hauts responsables de l’administration américaine concernant la gestion de l’éclosion initiale de la COVID‑19 par la Chine (et de quelques répliques de la part de représentants chinois), M. Trump a fait remarquer dernièrement que la Chine n’avait pas respecté les modalités de l’accord commercial conclu avec les États‑Unis en janvier 2020. Cet accord prévoyait un cessez‑le‑feu pour le conflit amorcé il y a deux ans et obligeait plus particulièrement la Chine à acheter 200 milliards de dollars de marchandises américaines. M. Trump n’a pas confirmé s’il allait encore recourir à des tarifs douaniers.

Pendant que les déclarations du président faisaient la manchette, son administration prenait plusieurs mesures dignes de mention dernièrement, comme l’imposition de nouveaux contrôles à l’exportation des technologies destinées à des applications militaires et civiles et de nouvelles restrictions sur l’importation de pièces étrangères conçues pour les centrales et réseaux électriques américains afin de réduire les risques de sécurité pour l’infrastructure des États‑Unis. Ces mesures sont largement passées inaperçues en raison de l’urgence nationale commandée par la COVID‑19.

Ces tensions commerciales pourraient encore connaître un relâchement, mais nous pensons que la relation entre les États‑Unis et la Chine aura plutôt tendance à se détériorer. Depuis la crise financière mondiale, à mesure que les ménages américains ont réduit leur endettement et que la Chine s’est concentrée sur la consommation intérieure et l’autosuffisance, les deux puissances économiques ont pris des directions séparées. Cet éloignement s’est accentué en raison de la hausse des salaires en Chine, qui a réduit l’attrait du pays en tant que source de main‑d’œuvre bon marché, de la guerre commerciale du président Trump et maintenant de la pandémie mondiale, qui a éclaté dans la ville chinoise de Wuhan.

Enjeu important

La politique relative à la Chine sera sans doute un enjeu important aux États‑Unis à la veille de l’élection présidentielle de novembre 2020. Les élections américaines ont porté sur l’économie par le passé et, sans doute, ce sera encore le cas cette fois‑ci. Toutefois, chaque élection soulève toujours des « questions litigieuses » particulières, et nous pensons que la Chine figurera parmi ces questions, puisque les candidats présidentiels s’affronteront pour déterminer lequel des deux tient les propos les plus fermes à l’endroit de la Chine.

Cinq points clés de l’accord commercial sino‑américain de phase 1
Propriété intellectuelle La Chine devra adopter un système juridique pour protéger la propriété intellectuelle et faire respecter les règles
Achats de la Chine La Chine s’engage à acheter aux États‑Unis des biens et des services d’une valeur de 200 milliards de dollars, entre le 1er janv. 2020 et le 31 déc. 2021
Transfert de technologie La Chine et les États‑Unis veilleront à ce que le transfert de technologie soit volontaire et soumis aux lois du marché
Contrôle de la monnaie Les États‑Unis retireront la Chine de leur liste des pays qui manipulent leur monnaie
Services financiers La Chine autorisera les sociétés américaines de services financiers à demander des licences de gestion d’actifs et déplafonnera la part d’actions étrangères dans plusieurs secteurs de services financiers

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg

Les deux grands partis semblent favorables à l’adoption d’une attitude intransigeante à l’égard de l’empire du Milieu. Selon un sondage mené par le Pew Research Center en mars 2020, plus de 50 % des Américains ont une opinion défavorable sur la Chine.

M. Trump insistera vraisemblablement sur le commerce et mettra en doute la gestion de la COVID‑19 par la Chine ; Joe Biden, le candidat démocrate pressenti, mettra l’accent sur d’autres questions pour lesquelles les États‑Unis estiment que la Chine commet des infractions, comme les émissions de carbone, les cyberattaques et les droits de la personne.

Les deux puissances croiseront donc sans doute le fer au cours des prochains mois.

Tarifs douaniers et récession

Dans le but d’accroître ses chances de réélection et compte tenu du fait que l’économie américaine souffre déjà en raison de la COVID‑19, M. Trump pourrait tenter d’optimiser son avantage politique sur la Chine tout en minimisant l’effet économique néfaste sur les États‑Unis.

Son action pourrait prendre la forme de sanctions (les États‑Unis imposent déjà plus de 8 000 sanctions à des personnes, des sociétés, des entités ou des gouvernements étrangers) ou de tarifs douaniers, ou les deux.

L’imposition de tarifs douaniers dans un contexte de croissance intérieure, comme en 2019, est une chose, mais la prise d’une telle mesure en situation de contraction en est une autre tout à fait différente. Eric Lascelles, économiste en chef, RBC Gestion mondiale d’actifs Inc., s’attend déjà à une forte contraction de 10,6 % du PIB des États‑Unis en 2020. De nouveaux tarifs douaniers accentueraient l’incertitude avec laquelle une multitude de ménages et d’entreprises doivent déjà composer. Qui plus est, une telle décision pourrait inciter la Chine à exercer des représailles. Les années 1930 en sont un bon exemple. L’imposition de tarifs douaniers considérables (25 % environ) a contribué à transformer la récession en Grande Dépression.

La dernière chose dont les entreprises ont besoin

Les tensions commerciales ne sont jamais disparues. Elles ont plutôt été submergées par le raz‑de‑marée des nouvelles sur la COVID‑19 au cours des deux derniers mois. Selon Lori Calvasina, chef du groupe de la stratégie de placement en actions américaines de RBC Marchés des Capitaux, SARL, les équipes de gestion ont rarement fait mention de la guerre commerciale et des tarifs douaniers durant la période actuelle de publication des résultats pour le premier trimestre de 2020. Tout au long de 2019, environ 40 % des entreprises ont évoqué ces questions dans leurs états trimestriels.

D’après Mme Calvasina, les commentaires qui accompagnent les états des résultats trimestriels jusqu’au début de mai indiquent que la majorité des entreprises américaines, à l’exception de celles présentes dans les secteurs les plus touchés, tentent de préserver les dividendes, parfois au prix d’une suspension des rachats d’actions et d’une réduction des dépenses en immobilisations, puisque la plupart d’entre elles considèrent que la récession sera temporaire. À son avis, l’avènement d’un conflit commercial ravivé entre les États‑Unis et la Chine et d’autres facteurs négatifs seraient le comble pour le secteur des sociétés privées, déjà sous l’effet de la contrainte. Il y a une limite aux efforts que peuvent faire les entreprises pour ne pas s’effondrer.

Selon Mme Calvasina, beaucoup de choses doivent se dérouler sans anicroche pour que dure la récente reprise du marché boursier, étant donné les valorisations élevées et le marché qui semble prévoir un fort rebond des bénéfices en 2021.

En définitive, il est peu probable à notre avis que l’administration Trump déclenche volontairement une nouvelle guerre commerciale qui entraverait la reprise économique, mais des faux pas demeurent possibles. Si la rhétorique belliqueuse entre les États‑Unis et la Chine s’enflamme au sujet de la pandémie et du commerce, il pourrait y avoir d’autres épisodes de volatilité. Nous pensons donc qu’il est sage de se préparer à toute éventualité et nous maintiendrions une position inférieure à l’indice de référence, ou une sous‑pondération, pour les actions mondiales.


Déclarations exigées

Ressources pour les recherches

Déclaration sur les analystes qui ne sont pas américains : Frédérique Carrier, une employée de RBC Europe Ltd., société affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États-Unis, a participé à la préparation de la présente publication. Cette personne n’est ni inscrite ni qualifiée en tant qu’analyste de recherche auprès de l’organisme américain Financial Industry Regulatory Authority (« FINRA ») et, comme elle n’est pas associée à RBC Gestion de patrimoine, elle ne peut être assujettie au règlement 2241 du FINRA régissant les communications avec les entreprises visées, les apparitions publiques et les opérations sur valeurs mobilières dans les comptes des analystes de recherche.