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Par Kelly Bogdanova

« Nous sommes tous keynésiens maintenant », a lancé Milton Friedman, prix Nobel et père du capitalisme moderne, en référence au contexte politique et économique tumultueux des années Nixon. Cette phrase célèbre est encore plus pertinente aujourd’hui, avec deux vagues massives de renflouements et de stimulation en un peu plus de dix ans.

Le programme d’aide de 2 billions de dollars élaboré par Washington pour contrer les effets du coronavirus vient tout juste d’être adopté et déjà, certains sénateurs préparent le terrain pour d’autres mesures.

Il ne fait aucun doute qu’il y aura d’autres mesures d’aide fédérales, du moins pour les régions du pays les plus durement touchées, et peut‑être davantage pour la santé publique. Au cœur de la crise du coronavirus aux États‑Unis, l’État de New York déplore une chute de quelque 15 milliards de dollars de ses recettes publiques. Comme ce manque à gagner dépasse considérablement les 3,1 milliards à 3,8 milliards de dollars qui lui sont alloués dans le programme de 2 billions de dollars, d’autres mesures d’aide fédérales nous semblent incontournables.

Les dépenses budgétaires astronomiques (emprunts) des États‑Unis et les dépenses ambitieuses dans d’autres pays combinées aux mesures rapides et énergiques des grandes banques centrales devraient aider à atténuer le ralentissement économique au pays et ailleurs dans le monde. Elles pourraient même soutenir une reprise plus rapide et vigoureuse quand la crise tirera à sa fin.

Voici notre évaluation des principales dispositions du programme d’aide américain de 2 billions de dollars – la loi CARES (Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security Act) – du point de vue de l’économie américaine.

Aide pour les particuliers

Parmi les dispositions les plus importantes, notons le versement direct de sommes aux travailleurs américains et la hausse des prestations d’assurance‑emploi, pour un total d’environ 300 milliards de dollars. Si la crise sanitaire s’étend sur quelques semaines au lieu de plusieurs mois, ces fonds aideront à combler certains manques dans les bilans des ménages.

La grande majorité des travailleurs américains recevraient un paiement unique en espèces dont le montant varie. Les montants maximaux sont de 1 200 $ par personne, de 2 400 $ par couple marié et de 500 $ supplémentaires par enfant.

Les montants dépendent des moyens financiers ; plus les revenus sont élevés, plus ils diminuent jusqu’à être éliminés. Par exemple, une personne ayant un revenu brut annuel ajusté inférieur à 75 000 $ recevrait 1 200 $. Le montant diminue progressivement à mesure que le niveau de revenu augmente jusqu’à 99 000 $ ; au‑delà, aucune aide ne sera accordée.

L’échelle dégressive des versements selon la situation (célibataire, couple marié, avec ou sans enfants) a été évaluée par la Tax Foundation, un organisme de Washington qui s’intéresse aux politiques fiscales. Cette échelle est présentée dans le graphique.

Selon la Tax Foundation, jusqu’au 94e centile, presque tous les déclarants recevront un chèque et jusqu’au 80e centile, les déclarants recevront un montant proche du maximum.

Aide financière proposée dans la loi CARES
Aide financière proposée pour les particuliers selon la situation familiale
Aide financière proposée pour les particuliers selon la situation familiale chart

Marié, deux enfants

Marié, un enfant

Marié, sans enfant

Chef de famille, deux enfants

Chef de famille, un enfant

Célibataire, sans enfant

Source : Tax Foundation, « Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security Act »

Fait important, le projet de loi hausse également les prestations pour les travailleurs sans emploi. Cette mesure sera bienvenue pour les quelque 3,3 millions d’Américains ayant présenté une demande de prestations d’assurance‑emploi la semaine dernière. Ce nombre représente près de cinq fois le record hebdomadaire atteint en 1982. À ce moment‑là, une double récession cruelle s’était produite alors que la Réserve fédérale s’attaquait à une inflation vertigineuse.

Dans le contexte actuel de pandémie, nous nous attendons à ce que les demandes de prestations d’assurance‑emploi continuent de grimper au cours des prochaines semaines en raison de l’arrêt presque complet des activités dans de nombreuses régions du pays et de l’adoption éventuelle de nouvelles directives de confinement.

Le projet de loi CARES prévoit une augmentation des prestations d’assurance‑emploi de 600 $ par semaine pendant quatre mois pour chaque travailleur sans emploi. Cette somme s’ajoute aux autres prestations existantes qui sont administrées par les États et dont les montants varient. L’ajout de 600 $ par semaine vise à couvrir 100 % du salaire moyen. Les travailleurs à la demande recevront également des paiements.

Pour bien des familles dont le revenu d’emploi a fortement baissé en raison des arrêts de travail causés par l’épidémie, ces mesures temporaires pourraient s’avérer insuffisantes pour couvrir la totalité des frais de subsistance, surtout dans les villes et les États où le coût de la vie est élevé. Cet argent aidera toutefois des millions de familles à rester à flot pour le moment. Nous considérons que ces deux dispositions sont essentielles pour les ménages et l’économie. D’autres fonds pourraient s’avérer nécessaires si la lutte contre le coronavirus dure des mois plutôt que des semaines.

Renforcement des entreprises

D’autres dispositions importantes de la loi CARES de 2 billions de dollars ciblent les entreprises, y compris les secteurs en difficulté.

Ainsi, des garanties de prêts de 349 milliards de dollars sont prévues pour les petites entreprises, c’est‑à‑dire celles comptant moins de 500 employés. Des mesures incitatives de rétention du personnel permettront aux entreprises qui continuent de verser un salaire à leurs employés de profiter d’une certaine exonération de remboursement de prêts.

Le projet de loi accorde une tranche distincte de 454 milliards de dollars au Département du Trésor. Cette somme vise à soutenir les facilités de crédit établies dernièrement par la Réserve fédérale relativement aux prêts destinés aux entreprises, surtout aux entreprises moyennes de 500 à 10 000 employés. Ce n’est pas tout, puisqu’il serait possible d’accroître considérablement ce financement, soit jusqu’à 4 billions de dollars, selon le Département du Trésor.

En outre, le projet de loi prévoit de l’aide pour le secteur mal en point du transport aérien (y compris du transport aérien de fret), notamment des subventions de 29 milliards de dollars et des prêts sans intérêts de 29 milliards de dollars, ce qui correspond au montant total réclamé par le secteur. Les subventions sont destinées aux traitements, aux salaires et aux avantages sociaux des employés. Des subventions de rémunération supplémentaires de 3 milliards de dollars sont prévues pour les entreprises sous‑traitantes de restauration en vol, de manutention des bagages et de sécurité, entre autres. Enfin, une somme additionnelle de 10 milliards de dollars est prévue pour les aéroports de partout au pays.

Limitation des dégâts

La loi CARES est imparfaite, comme le sont presque toutes les lois découlant d’un compromis, et surtout celles dont l’adoption est précipitée. Les détails seront probablement examinés minutieusement au cours des jours et semaines à venir, et les lacunes seront mises en évidence.

Nous sommes toutefois d’avis que Washington et les autres décideurs ne devraient pas laisser la perfection être l’ennemi du bien en situation de crise. Nous pensons que la loi CARES et les deux autres projets de loi d’aide fédérale plus modestes qui l’ont précédée contribueront à atténuer le ralentissement économique et finiront par favoriser la reprise. En effet, nous sommes tous keynésiens à présent.


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