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Par Atul Bhatia, CFA

Début août, les États-Unis comptaient un nombre record de 10,9 millions de postes à pourvoir. Malgré cela, et le fait que le nombre total d’emplois reste inférieur de 5,5 millions aux niveaux d’avant la pandémie, un gain de seulement 235 000 emplois a été enregistré le mois dernier. Cette croissance, la plus lente en sept mois, est plus faible que toutes les estimations tirées d’un sondage de Bloomberg mené auprès d’économistes avant la publication des données.

L’écart entre la croissance de l’emploi et les postes vacants pourrait s’expliquer par les prestations fédérales d’assurance chômage. Les mesures de soutien liées à la pandémie, qui ont expiré cette semaine, prévoyaient un prolongement des prestations pour quelque sept millions de personnes non couvertes par les programmes d’État, ainsi que des versements hebdomadaires complémentaires de 300 $ pour trois autres millions de prestataires de l’assurance chômage traditionnelle.

Selon les critiques, les prestations fédérales ont encouragé des gens à ne pas travailler, entraînant des pressions haussières sur les salaires et allongeant le temps que les postes restent vacants. Comme ces versements prennent fin, on peut espérer que le rythme des embauches s’accélérera au cours des prochains mois.

Les déséquilibres changent : de pénurie d’emplois à pénurie de main-d’œuvre
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Postes vacants (en millions, g.)

Travailleurs manquants : écart entre le nombre total d’emplois, par mois, et le sommet d’avant la pandémie (en millions, g.)

Nombre de postes vacants moins sommet de l’emploi avant la pandémie (en millions, dr.)

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; données mensuelles prises en compte jusqu’au 31 août 2021

Nous croyons que l’expiration des programmes d’aide survenue cette semaine aura probablement un effet positif à court terme. Par contre, il est peu probable qu’elle règle tous les problèmes du marché du travail, surtout si l’on tient compte de ses effets indirects. Les perturbations des chaînes logistiques, le fait que les consommateurs puisent ou non dans l’épargne qu’ils ont accumulée, ainsi que les mesures législatives à venir sur le budget et le plafond de la dette pourraient avoir des conséquences beaucoup plus marquées sur la création d’emplois d’ici la fin de l’année.

La concurrence entre les candidats, surtout parmi les sept millions de personnes qui ne reçoivent plus de prestations d’assurance chômage, pèsera aussi certainement sur les salaires, de sorte que l’inflation prix-salaires pourrait baisser, de même que les dépenses de consommation.

Les données laissent entrevoir une hausse des embauches

En juin dernier, près de 20 États ont décidé de refuser les fonds fédéraux et de cesser plus tôt les prestations versées aux chômeurs dans le but avoué de stimuler l’emploi en incitant les travailleurs à gagner un salaire pour remplacer le revenu perdu.

Globalement, les données montrent qu’ils ont eu raison. Selon une étude universitaire, dans les États qui ont mis fin aux prestations fédérales, 25,9 % des personnes qui en bénéficiaient ont trouvé un emploi au cours des mois suivants, contre 21,5 % dans les États plus généreux. Étant donné que l’étude s’appuyait sur les données bancaires de ménages à revenus modestes, l’effet de la réduction des prestations sur la création d’emploi pourrait être surestimé. Il est toutefois peu probable qu’il soit nul ou négatif.

En extrapolant les résultats en fonction de l’expiration des programmes d’aide cette semaine, on peut s’attendre à ce qu’environ 500 000 autres postes soient pourvus au cours des prochains mois.

Des effets secondaires freineraient la croissance

Malheureusement, les autres données associées au changement de politique sont moins encourageantes.

L’étude qui a révélé une accélération de la création d’emplois dans les États offrant des prestations moins élevées a aussi mis en lumière un effet globalement négatif sur les revenus et les dépenses des ménages. Une seule personne sur huit a trouvé un emploi dans les deux mois suivant l’arrêt des prestations. Les salaires ont ainsi augmenté de 270 millions de dollars, mais les revenus des consommateurs ont chuté de 4 milliards de dollars et les dépenses de consommation, de 2 milliards de dollars au cours des mois qui ont suivi le changement.

L’arrêt des versements à l’échelle nationale aura certainement des conséquences comparables. Même les estimations les plus optimistes font état d’un gain additionnel de seulement 1,5 million d’emplois d’ici la fin de l’année. La progression des salaires qui en découlera sera probablement largement neutralisée par la perte complète de revenus pour 7 millions de personnes. D’après ce qu’on a vu dans les États ayant mis fin plus tôt aux prestations, ces ménages pourraient réduire leurs dépenses de pas moins de 8 milliards de dollars. Or, un recul de la demande pourrait se répercuter sur les intentions d’embauche des entreprises.

La réduction des dépenses des ménages est malvenue. Les économistes de Wall Street ont récemment abaissé leurs prévisions de croissance du PIB pour le troisième trimestre de 2021, en raison de l’effet combiné des répercussions de la COVID-19 et du déclin de la consommation. Par exemple, Bloomberg table maintenant sur une croissance économique de 5 % pour le trimestre en cours, contre 7 % auparavant.

Mauvais moment : perte de confiance et diminution des dépenses des consommateurs coïncident avec l’arrêt des prestations
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Indice de l’Université du Michigan sur les attentes des consommateurs (g.)

Dépenses personnelles de consommation, montant nominal en $, var. sur un mois en % (dr.)

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; données mensuelles prises en compte jusqu’au 31 août 2021

À long terme

À notre avis, d’autres raisons devraient inciter à la prudence quant à la capacité de l’économie à absorber 7 millions de travailleurs à court terme. Premièrement, la pandémie continue de faire des ravages, alors que le variant Delta plombe les secteurs de l’hébergement et du voyage. Deuxièmement, le bassin de main-d’œuvre disponible ne répond pas, loin de là, aux besoins des gestionnaires qui recrutent, à la fois sur le plan des compétences recherchées et sur celui des régions où les postes à combler se situent. Enfin, les perturbations des chaînes logistiques entraînent de nouvelles mises à pied ; ainsi, la pénurie persistante de composants électroniques ralentit considérablement la production d’automobiles.

Ces problèmes mettent en lumière le rôle limité que jouent les prestations d’assurance chômage dans le marché du travail en général. Le fait que le public ait suffisamment confiance pour fréquenter les magasins et l’offre de biens constituent des contraintes plus importantes, à notre avis, tandis que la réouverture des écoles et l’enseignement en présentiel, en assurant la garde des enfants, devraient engendrer une hausse à court terme de la main-d’œuvre disponible.

Retombées de la politique

D’après nous, le recul de la création d’emplois en août ne devrait pas pousser la Réserve fédérale (Fed) à retarder la réduction progressive de l’assouplissement quantitatif. Étant donné que le nombre de cas de COVID-19 recule et dans la mesure où le gouvernement fédéral gonfle ses mesures de relance, la Fed considérera vraisemblablement que la progression de l’emploi est suffisante pour amorcer la réduction de ses achats d’obligations. La Fed pourrait attendre un peu si la croissance de l’emploi ralentit davantage, mais un seul mois de faiblesse ne devrait pas la faire changer d’avis.

En fait, un éventuel plongeon des dépenses de consommation et l’effet anti-inflationniste d’une croissance contenue des salaires seraient plus susceptibles d’influer sur ses décisions. L’arrêt des prestations d’assurance chômage pour des millions de ménages devrait à tout le moins donner à la Fed plus de marge de manœuvre afin de maintenir les taux d’intérêt à un bas niveau pendant longtemps, à notre avis. Cela concorderait bien avec la position de la banque centrale qui veut séparer la réduction des achats d’obligations de ses décisions relatives aux taux.

Pour les investisseurs et les décideurs, le marché du travail demeure un élément essentiel et complexe. L’expiration des prestations fédérales incitera sans doute des millions de personnes à chercher un emploi, ce qui, à notre avis, aura des conséquences positives et négatives sur l’économie.


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