businessman legs walking forward as other legs walking in opposite direction

Andrew Maxwell et Alan Weider

La mentalité de troupeau : évitez de vous laisser emporter par la prochaine grande tendance

En 2005, un événement inhabituel et malheureux s’est produit en Turquie. Des bergers sont demeurés perplexes lorsqu’un mouton s’est suicidé en se jetant du haut d’une falaise. Malheureusement, on rapporte que 1 500 moutons lui auraient emboîté le pas en se précipitant également dans le vide. Certains sont morts, mais plusieurs auraient survécu, une zone de chute amortie ayant été créée.

Que l’histoire ci-dessus soit un mythe ou une réalité, ce type de comportement, que l’on appelle la mentalité de troupeau, existe bel et bien, et il n’est pas exclusif au bétail.

Les investisseurs qui ressentent le besoin de participer à la « grande tendance » du moment se laissent souvent tellement emporter par leurs émotions qu’ils investissent sans la prudence et l’attention requises. On rapporte qu’au paroxysme du marché haussier de 2000, tout juste avant l’éclatement de la bulle technologique, on pouvait entendre des gens crier « prenez mon argent ! » sur le parquet de la bourse de New York durant les premiers appels publics à l’épargne lancés par des sociétés de technologie.

La nature humaine

Quelques raisons ont été avancées pour expliquer pourquoi des investisseurs se laissent happer par ce phénomène. Par exemple, certaines personnes pourraient choisir de suivre le troupeau parce qu’elles croient que les masses sont mieux informées qu’un individu.

D’autres pourraient être rassurées par le sentiment d’appartenance ressenti dans une foule. L’aversion pour les extrêmes est une caractéristique humaine courante, tout comme la peur d’être laissé pour compte. De nombreux investisseurs plongent dans des eaux inconnues et spéculatives pour éviter le sentiment de regret qu’ils éprouveraient s’ils apprenaient qu’ils sont passés à côté d’un immense succès auquel tout le monde a participé.

Changement de direction

Plutôt que de se précipiter sur certaines actions simplement parce qu’elles sont « à la mode » ou sur le conseil non sollicité d’un ami ou d’un collègue, il est toujours bon de considérer tout d’abord le mantra de Warren Buffett : « Achetez seulement ce que vous seriez heureux de posséder si le marché devait fermer pendant 10 ans. »

Les décisions de placement doivent être prises de façon rationnelle et seulement après un temps de réflexion et, idéalement, une consultation avec un conseiller financier. Imaginez le portefeuille d’un investisseur qui aurait confié un pouvoir discrétionnaire à un gestionnaire professionnel. Habituellement, l’investisseur aura recours à plusieurs gestionnaires de fonds pour obtenir préférablement une combinaison d’approches et de styles de placement différents, plutôt que d’avoir un portefeuille axé uniquement sur ce qui est à la mode.

Le meilleur conseil est de toujours effectuer vos recherches avant de suivre une tendance. Envisagez de confier le travail de fond à une société de placement qui a la taille et les ressources nécessaires pour effectuer le contrôle diligent que requiert la prise de décisions rationnelles.

La segmentation mentale : en considérant les actifs comme des comptes distincts plutôt que comme un portefeuille global, les investisseurs peuvent être amenés à commettre des erreurs

Les investisseurs ont l’habitude de répartir leurs actifs dans une série de cases différentes, ayant chacune son usage propre, plutôt que de considérer leur patrimoine comme un tout. C’est ce qu’on appelle la segmentation mentale.

Par exemple, les liquidités qui ont été affectées à un projet, telles les vacances, ne sont habituellement pas considérées comme disponibles pour un objectif différent, tel l’achat d’une nouvelle voiture.

Une perte reste une perte

Pour mieux illustrer la segmentation mentale, imaginons que vous avez hâte de voir la prochaine superproduction au cinéma.

Vous avez déjà payé le prix d’entrée de 10 $, mais en pénétrant dans le cinéma, vous constatez que vous avez perdu votre billet et qu’on ne vous laissera pas entrer sans preuve d’achat. Paierez-vous encore 10 $ pour un nouveau billet ?

Vous emportez de l’argent comptant au cinéma pour payer l’entrée, mais au moment de l’achat, vous constatez que vous avez perdu un billet de 10 $ en cours de route. Achèterez-vous quand même un billet ?

La perte financière est la même dans les deux cas. Toutefois, des enquêtes menées auprès d’un grand nombre de personnes montrent qu’une personne est moins susceptible de dépenser à nouveau 10 $ pour un billet dans le premier scénario, mais qu’elle utilisera un autre 10 $ pour payer son entrée dans le second scénario. Dans le premier cas, la personne estime avoir affecté le 10 $ au compte « film » et l’avoir déjà dépensé. Mais dans le deuxième cas, le 10 $ perdu provenait d’une « case différente ».

Gymnastique intellectuelle

Les gens peuvent avoir des comportements enracinés similaires dans un contexte de placement.

L’impôt fait partie des quelques aspects inévitables de la vie, et la plupart des gouvernements imposent les gains en capital réalisés sur des placements. Bien souvent, les investisseurs tendent à commettre plusieurs erreurs en tentant d’éviter de créer une obligation fiscale.

Par exemple, ils peuvent ne pas vendre un fonds qui a réalisé un gain important, même s’il existe ailleurs de meilleures occasions de placement, pour ne pas être assujettis à l’impôt sur ce gain. Ce type de comportement est attribuable au fait que les investisseurs mettent leurs placements et les obligations fiscales qui en découlent dans des comptes distincts dans leur esprit.

Le coût très élevé d’une telle façon de penser a été une caractéristique importante de la bulle technologique de 1998 à 2000, et de la débâcle technologique qui en a découlé de 2000 à 2003. Quand les actions technologiques ont atteint des sommets, de nombreux investisseurs n’ont pu se résoudre à les vendre, car l’idée de devoir payer un montant d’impôt important au gouvernement leur était trop pénible. Cependant, lorsque le vent a tourné, la diminution de leur obligation fiscale a sans doute été une maigre consolation, car la valeur de la plupart des actions a été réduite à une fraction de ce qu’elle était au sommet du marché.

Douloureuse leçon tirée

Indice NASDAQ de 1995 à 2005

Le fait d’accorder plus d’importance à l’impôt qu’aux rendements potentiels peut
entraîner de mauvaises décisions de placement.

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Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg

Faire le point

Les investisseurs devraient se réjouir d’avoir enregistré un gain en capital ; cela signifie que leur patrimoine s’est accru. Toutefois, si ce nouveau patrimoine n’est jamais réalisé au moyen d’une vente de l’actif, ce patrimoine additionnel n’a jamais vraiment existé.

Une façon d’éviter ce comportement enraciné consiste à appliquer mentalement et directement à un placement le coût de l’impôt sur les gains en capital. Si, par exemple, un placement grimpe de 10 %, ne considérez pas qu’il a vraiment progressé de 10 % ; soustrayez plutôt l’éventuel impôt sur les gains en capital (disons 20 % du gain) afin de considérer que le placement n’a en fait progressé que de 8 %. À la vente de l’actif, compte tenu de cette segmentation mentale, un montant équivalant à 20 % du gain aura déjà été mis de côté de façon théorique pour payer l’impôt exigible.

Les investisseurs n’auront plus besoin de couvrir la perte fiscale à partir d’un compte différent dans leur esprit, celle-ci ayant été imputée au placement et couverte directement par celui‑ci.


Déclarations exigées
Ressources pour les recherches

Déclaration sur les analystes qui ne sont pas américains : Alan Weider, un employé de Royal Bank of Canada Investment Management (U.K.) Limited, une société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États-Unis, ainsi que Andrew Maxwell, un employé de Royal Bank of Canada Investment Management (C.I.), une société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États‑Unis, ont participé à la préparation de cette publication. Ces personnes ne sont ni inscrites ni qualifiées en tant qu’analystes de recherche auprès de l’organisme américain Financial Industry Regulatory Authority («FINRA») et, comme elles ne sont pas associées à RBC Gestion de patrimoine, elles pourraient ne pas être assujetties au règlement 2241 du FINRA régissant les communications avec les entreprises visées, les apparitions publiques et les opérations sur valeurs mobilières dans les comptes des analystes de recherche.