traffic light near railroad between buildings

Par Kelly Bogdanova

Les marchés boursiers peuvent maintenant pousser un soupir de soulagement, les grands indices de la planète ayant tiré profit, au cours des dernières séances boursières, de trois rebondissements politiques :

  • les États-Unis et la Chine ont convenu de se rencontrer en octobre à Washington pour relancer les pourparlers commerciaux ;
  • au Royaume-Uni, la Chambre des communes a fait un nouveau pas pour empêcher un Brexit sans accord, du moins à court terme ;
  • la chef de l’exécutif de Hong Kong a officiellement retiré son controversé projet de loi sur l’extradition.

La réaction favorable des marchés tient moins à la politique comme telle qu’à l’incidence potentielle des décisions de politique publique sur la croissance économique et les bénéfices des entreprises.

Les chiffres indiquent clairement que le différend commercial entre la Chine et les États-Unis a déjà limité la croissance économique mondiale et qu’il a également commencé à se faire sentir dans certains secteurs d’activité américains. Ce conflit risque fort de se traduire par une pression supplémentaire s’il se propage ou s’intensifie. Dès lors, tout événement pouvant calmer le tourbillon des tarifs sera sans doute accueilli avec optimisme par les marchés, malgré l’existence de rivalités géopolitiques de plus grande portée.

Il ne fait également aucun doute pour nous que l’incertitude liée au Brexit a eu des répercussions défavorables sur les économies britannique et européenne. Bien qu’il reste beaucoup à faire avant de parvenir à un règlement de la question, le possible abandon, à court terme, d’une sortie désordonnée de l’Union européenne est à nos yeux une perspective bien meilleure que l’hypothèse inverse.

La valorisation des actions est quelque peu élevée aux États-Unis, mais plus proche des niveaux moyens dans les autres régions
Ratios cours/bénéfice prévisionnels sur 12 mois établis d’après les prévisions moyennes
questions qui comptent chart 1

Niveau actuel

Moyenne sur 10 ans

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; données prises en compte jusqu’au 4 septembre 2019

Il est vrai que les manchettes politiques des quotidiens sont accrocheuses et peuvent faire provisoirement basculer les marchés dans un sens ou dans l’autre. Nous sommes d’avis cependant que les investisseurs à long terme ont avantage à se concentrer avant tout sur les perspectives relatives à l’économie et aux bénéfices des entreprises que les décisions de politique publique sont susceptibles d’influencer. À cet égard, on observe des signaux d’avertissement sur les deux fronts.

Des entailles dans la cuirasse de l’économie

La situation de l’économie mondiale nous paraît fragile, tandis que l’économie américaine semble relativement plus ferme, quoiqu’affaiblie par endroits.

La croissance en Europe et en Asie s’est affaissée, et certains pays de ces régions frôlent la récession.

L’économie allemande, qui occupe le quatrième rang mondial, fait du surplace. Le PIB s’est légèrement contracté au deuxième trimestre par rapport au trimestre précédent, tandis que le secteur manufacturier est à présent en pleine récession. La querelle commerciale entre la Chine et les États-Unis a mis à mal le secteur industriel allemand, autrefois robuste, mais l’incertitude liée au Brexit ainsi que les déséquilibres intérieurs et intra-européens sont aussi en cause.

En marge des questions commerciales, l’économie chinoise poursuit son processus de désendettement, lequel a nui à la croissance de son PIB.

Aux États-Unis, les signaux sont au rouge depuis la mi-août, la courbe des taux, un de nos six indicateurs de récession de l’économie, ayant commencé à émettre le signal d’une récession éventuelle. Tout récemment, un indicateur avancé du secteur manufacturier est passé au jaune.

Aucun de ces signaux ne préfigure nécessairement un sort fatal pour l’économie des États-Unis, d’autant plus que nos quatre autres indicateurs continuent de montrer que le cycle d’expansion, qui dure depuis 10 ans, peut persister. Des secteurs clés de l’économie américaine, comme la consommation des ménages et le secteur des services, demeurent robustes.

Certains de nos indicateurs de récession pourraient toutefois se dégrader dans les mois à venir. Ces indicateurs, pris ensemble plutôt qu’individuellement, nous donnent une idée fiable de l’évolution de la probabilité de récession. Pour connaître l’état actuel de chaque indicateur, on se reportera à l’article intitulé « Une nouvelle phase », dans le numéro de septembre de Perspectives mondiales.

Les prévisions de bénéfices pour 2020 captent l’attention

En ce qui concerne les bénéfices de sociétés, les prévisions relatives au S&P 500 pour 2019 ne présentent selon nous aucun risque. RBC Marchés des Capitaux prévoit un bénéfice par action de 166 $, ce qui est légèrement au-dessus des prévisions générales. Ce chiffre représenterait une croissance annuelle de 2,5 %, ce qui n’est pas fabuleux, mais tout de même acceptable si on considère qu’elle s’ajoute à une envolée des bénéfices de 23 % en 2018. Si les tendances continuent de se détériorer dans le secteur manufacturier, la prévision de RBC pour 2019 pourrait légèrement diminuer, étant donné la corrélation positive qui tend à exister entre ce secteur très cyclique et la variation des prévisions de bénéfices.

Les prévisions de bénéfices pour 2020 dépendent d’un large éventail de scénarios, selon l’étude de RBC Marchés des Capitaux illustrée dans le graphique. La prévision générale de 183 $ par action est à notre sens trop ambitieuse. Ce résultat ne semble envisageable que si les économies intérieures et mondiales rebondissent de façon notable. Or, aucun signe ne nous laisse penser que ce sera le cas. Nous nous attendons à ce que la prévision générale pour 2020 soit revue à la baisse au cours des prochains mois, à tout le moins lorsque les équipes de direction feront connaître leurs perspectives pour l’an prochain. Certains signes anecdotiques montrent que nombre d’investisseurs institutionnels s’y attendent.

Les prévisions de bénéfices pour l’an prochain varient grandement selon les scénarios
Simulation de crise de RBC Marchés des Capitaux appliquée au bénéfice par action des sociétés du S&P 500 pour 2020 selon différents scénarios
questions qui comptent chart 2

Sources : Stratégie sur actions américaines, RBC Marchés des Capitaux, Bloomberg, FactSet, RBC Gestion de patrimoine, système I/B/E/S de Refinitiv (prévisions consensuelles ascendantes) ; données au 5 septembre 2019

Les autres prévisions pour 2020, plus réalistes, indiquent que le cours de l’action de RBC se tiendra autour de 175 $ et qu’il pourrait descendre jusqu’à 169 $ par action. À ce niveau, le ratio cours/bénéfice de 17,6 du S&P 500 est élevé, sans toutefois être vertigineux.

Attention aux signaux

Nous conservons un optimisme prudent à l’égard des actions mondiales et des actions américaines, dans la mesure où les scénarios de croissance de l’économie et des bénéfices sont toujours envisageables, et nous estimons que la voie vers de nouveaux sommets reste ouverte pour les bourses de la plupart des économies développées. Nous continuons de recommander une pondération neutre (conforme à l’indice de référence) des actions.

Cependant, le rapport risque-rendement des actions pourrait devenir moins favorable si d’autres indicateurs américains de récession commencent à envoyer des signaux d’avertissement ou si les perspectives de bénéfices pour 2020 se dégradent sensiblement. Une telle évolution justifierait des rajustements défensifs dans les portefeuilles d’actions.


Déclarations exigées

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