investment stock team trading

Kelly Bogdanova – San Francisco 

Tom Garretson, CFA & Ben Graham, CFA – Minneapolis

Les replis et corrections font partie de la routine de l’investissement, mais on les voit rarement ainsi lorsqu’ils surviennent.

Le marché boursier américain s’est replié mercredi et jeudi, ce qui constituait le sixième repli consécutif pour l’indice S&P 500. Le NASDAQ a fléchi davantage que les indices plus larges. Les actions dans le secteur de la technologie ont subi une sévère correction, ce qui a fait en sorte que le NASDAQ a connu son deuxième repli le plus important en une seule séance depuis sept ans lorsqu’il a chuté de 4,1 % le 10 octobre. Ce repli est uniquement dépassé par celui causé par le Brexit au milieu de 2016. Au total, la Moyenne Dow Jones des valeurs industrielles, l’indice S&P 500 et le NASDAQ ont chuté de 6,6 %, 6,9 % et 9,6 %, respectivement, par rapport à leurs sommets récents.

Les marchés boursiers du monde entier ont suivi les États-Unis vers le bas, laquelle baisse venait s’ajouter à leurs pertes antérieures. Les marchés émergents et asiatiques ont fait les frais de la correction à l’échelle mondiale.

Le marché des titres à revenu fixe américains n’était pas à l’abri du repli. Le cours des titres du Trésor a chuté et le rendement du Trésor sur 10 ans a remonté à 3,23 % à un certain moment, son niveau le plus élevé depuis 2011. L’envolée des taux a effrayé les actions mondiales.

Un doigt accusateur

Les corrections sont habituellement causées par plusieurs facteurs, et cet épisode ne fait pas exception à la règle.
Les marchés boursiers sont surtout retenus par :

  • la hausse des taux des effets du Trésor et les préoccupations connexes au sujet d’un régime à taux d’intérêt plus élevé ;
  • la perception de certaines personnes que la Réserve fédérale pourrait adopter un rythme de hausse de taux inutilement agressif (nous sommes en désaccord) ;
  • une chute marquée des actions mondiales du secteur de la technologie causée principalement par les risques de tarifs douaniers, les menaces réglementaires, les valorisations au-dessus de la moyenne et les signes de sommet de l’activité dans les segments phares des semi-conducteurs ;
  • la hausse de la probabilité que le différend commercial entre les États-Unis et la Chine s’intensifie et la hausse des tensions générales entre les deux pays ;
  • les préoccupations au sujet du ralentissement de l’élan économique de la Chine ;
  • la houle potentielle au moment de la publication des bénéfices du troisième trimestre aux États-Unis en raison des pressions sur les marges, de l’inquiétude au sujet des tarifs douaniers et de la force du dollar ;
  • la transition à venir vers un taux de croissance des bénéfices des sociétés américaines plus normal en 2019.
La correction plombe plus lourdement l’Asie ex-Japon
Diminution en pourcentage d’indices boursiers choisis par rapport aux sommets de 2018*

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*Quatre indices sur sept ont atteint des sommets historiques en 2018 : S&P 500, S&P/TSX, indice toutes les actions FTSE (Royaume-Uni) et Hang Seng. Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; données prises en compte jusqu’au 11 octobre 2018; données en monnaies locales

Les données de RBC Marchés des Capitaux indiquent que les investisseurs à l’échelle mondiale s’étaient précipités vers les États-Unis pendant l’été puisque les risques de tarifs douaniers touchaient davantage les autres marchés. Les secteurs de la technologie et des services de communication ont fait l’objet d’acquisitions accrues et ont affiché un rendement décevant pendant le repli du marché. Un autre secteur en croissance a ralenti, soit celui de la consommation discrétionnaire.

On constate également des signes que la négociation à l’aide d’algorithmes informatiques pourrait avoir exacerbé le repli des actions. Cette situation devient normale pendant les épisodes de volatilité.

Il ne faut pas oublier que le repli de l’indice S&P 500 fait suite au plus fort rendement trimestriel depuis près de cinq ans. Les actions américaines sont souvent volatiles en octobre et hésitantes dans les années d’élections de mi-mandat, puisqu’elles ont tendance à subir un repli pendant la période de 12 mois avant les élections, pour ensuite remonter lorsque les choses se calment.

Maintenance du marché

À notre avis, il n’est pas nécessaire que cette longue liste de préoccupations soit entièrement réglée pour que les marchés boursiers reprennent le dessus. Pour que la situation se calme, nous croyons que les taux du Trésor doivent s’apaiser, les actions du secteur de la technologie doivent se stabiliser et il doit y avoir des indications que les tendances relatives aux bénéfices américains au troisième trimestre seront respectables dans l’ensemble malgré quelques ombres au tableau causées par certaines sociétés. Un peu de peur et de dégoût de la part des investisseurs viendraient également aider, selon nous, puisque cette attitude va presque toujours à l’encontre des indicateurs. Ce processus prendra vraisemblablement un certain temps.

Les risques immédiats associés aux actions n’ont pas modifié notre opinion constructive à long terme, puisque les deux piliers des actions, la croissance économique et des bénéfices demeureront probablement une fondation stable. Nous conservons notre pondération neutre des actions américaines et notre légère surpondération de la catégorie d’actif des actions mondiales. Les indicateurs avancés annoncent toujours que l’expansion économique américaine se poursuivra au moins pendant les 12 prochains mois, et certaines de ces données se sont récemment renforcées.

Même si nous nous attendons à ce que la croissance des bénéfices de l’indice S&P 500 ralentisse par rapport à son rythme effréné de 20 % en 2018 en comparaison à l’année précédente (ce qui comprend le coup de pouce découlant des baisses d’impôts), la croissance en 2019 devrait être moyenne ou légèrement supérieure à la moyenne, soit d’environ 8 % à 13 %. Cette hausse devrait suffire à maintenir la séquence de marché haussier à long terme, selon nous.

Lueur d’espoir : diminution des valorisations boursières
Ratio cours/bénéfice (C/B) prévisionnel sur 12 mois du S&P 500
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Ratio C/B prévisionnel

Ratio cours/bénéfice (C/B) moyen sur 5 ans (16,3x)

Ratio cours/bénéfice (C/B) moyen sur 20 ans (15,9x)

Source - RBC Wealth Management, FactSet; data through 10/11/18

Pendant les corrections du marché, les valorisations s’atténuent habituellement lorsque les prévisions relatives aux bénéfices ne se détériorent pas. À cette étape, la croissance des bénéfices continue de se dessiner, la croissance des ventes est plus rapide que la croissance du PIB, et les valorisations s’atténuent. En réalité, le ratio cours-bénéfice (C/B) prévisionnel de l’indice S&P 500 a diminué. Après avoir atteint son sommet de 18,5 à la fin de janvier fondé sur les prévisions générales pour les 12 prochains mois, le ratio C/B prévisionnel a diminué de plus de 15 %, pour se placer à 15,7 et se négocier à un niveau inférieur à la moyenne à long terme. De plus, par rapport aux moyennes sur 5 et 20 ans, le graphique indique que la valorisation actuelle semble relativement faible pour des prévisions du marché affichant une croissance des bénéfices par action de plus de 20 % par rapport à l’année précédente pour la deuxième moitié de 2018 et à un taux d’environ 10 % pour la première moitié de 2019.

Un instinct fiable

À court terme, il faudra vraisemblablement du temps pour les préoccupations qui nuisent aux actions américaines et mondiales soient tirées au clair et qu’un ajustement soit apporté, et le repli pourrait se poursuivre.

Lori Calvasina, chef du groupe de la stratégie de placement en actions américaines de RBC Marchés des Capitaux, SARL, hésite pour l’instant à profiter du plongeon compte tenu des risques entourant la période de publication des résultats du troisième trimestre et les acquisitions accrues d’actions américaines par les investisseurs mondiaux, particulièrement dans les secteurs de la technologie et des services de communication. Nous sommes d’avis que les tendances relatives aux bénéfices seront respectables dans l’ensemble, et que certaines sociétés seront confrontées à des défis liés aux marges, aux tarifs douaniers ou au dollar. Cependant, le processus doit traverser le système au cours des prochains jours et des prochaines semaines.

Bob Dickey, stratège technique de RBC Marchés des Capitaux, pense qu’il y aura quelques remous pendant les mois qui suivront alors que le marché consolidera les forts gains des deux dernières années avec la stabilisation du marché, peut-être à des niveaux un peu plus bas.

Nous demeurons d’avis que les investisseurs devraient accorder le bénéfice du doute aux actions dans la mesure où les cycles de l’économie, du crédit et des bénéfices leur demeurent favorables. Nous ne réagissons pas outre mesure aux récentes fluctuations. Les corrections durent habituellement un certain temps. Elles sont rarement rapides. Nous croyons que les investisseurs ont le temps d’être patients et de prendre le temps de réfléchir aux décisions touchant leur portefeuille en harmonie avec leurs objectifs à long terme.

Bienvenue à l’ère des erreurs de politique

Les marchés des obligations sont encore une fois pointés du doigt pour la turbulence sur le marché boursier, ce qui n’est peut-être pas injustifié. Puisque la Réserve fédérale a haussé ses taux à court terme dans la fourchette de 2,00 % à 2,25 % à sa réunion de septembre, nous nous approchons du niveau où le taux directeur commence à limiter l’activité économique, estimé actuellement par la Réserve fédérale à un niveau supérieur à 3,00 %, ce qui est dans seulement trois hausses.

Si la hausse du taux de septembre était attendue depuis longtemps, les marchés continuent de s’inquiéter parce que les indicateurs économiques étaient forts récemment et que la pression en vue de la hausse des salaires pourrait faire en sorte que la Réserve fédérale hausse le taux pour l’approcher de la barre des 3,00 % plus rapidement que prévu, et le dépasse largement.

Ces craintes ont été alimentées par les commentaires faits par le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, le 3 octobre. « Les taux d’intérêt demeurent accommodants, mais nous nous dirigeons vers la neutralité, ce qui ne signifie pas qu’ils imposeront des restrictions à l’économie, » a-t-il déclaré. « Il est possible que nous dépassions le point neutre. Mais nous sommes probablement encore loin de ce point. » (traduction)

Le marché des obligations se montrera probablement en désaccord avec la décision de la Réserve fédérale de retirer à sa réunion de septembre les mots caractérisant la politique comme « accommodante » de sa déclaration officielle, ainsi qu’avec la suggestion de M. Powell que les taux sont encore loin du point neutre, ce qui laisse entrevoir la possibilité que le président de la Réserve fédérale estime que le point neutre pourrait être plus élevé que le consensus actuel de 3,00 % de la Réserve fédérale.

Cependant, le principal problème est que, même si la Réserve fédérale croit que les taux sont loin d’être neutres, les marchés continuent de croire que le taux directeur atteindra son sommet à 2,75 % pendant le cycle actuel, niveau qui sera atteint dans deux hausses.

En regardant vers l’avenir, nous croyons que l’incertitude autour de la signification de chaque hausse de taux à venir pour l’économie et que le risque que la Réserve fédérale hausse le taux jusqu’au point de cassure feront en sorte que les marchés demeureront en alerte et continueront probablement d’afficher une volatilité élevée, ce qui est typique vers la fin d’un cycle économique.

Nous nous attendons à ce que le rendement des obligations du Trésor à 10 ans redevienne stable après la dernière liquidation
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Élection présidentielle américaine de 2016

Adoption des mesures fiscales

Croissance et concrétisation de l’inflation

Rendement des obligations du Trésor à dix ans

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; prévisions du rendement des obligations du Trésor à 10 ans fondées sur les données des marchés des contrats à terme

Il est possible de changer les choses

Le tableau indique l’historique du rendement du taux des obligations du Trésor américain à dix ans au cours des deux dernières années et les trois catalyseurs qui ont mené à des replis du marché. Comme par le passé, nous nous attendons à ce que le taux des obligations à dix ans se stabilise et trouve une nouvelle fourchette de négociation de 30 points de base, cette fois entre 3,10 % et 3,40 %. Cependant, nous sommes d’avis qu’il s’agit du dernier tour de piste pour le taux des obligations du Trésor, puisque nous continuons de croire que le taux de 3,40 % constituera le sommet pour les obligations à dix ans dans ce cycle économique.

Le taux de la Réserve fédérale continuera de monter, selon nous, probablement à deux reprises pour atteindre 2,75 %, avant de prendre une pause. Malgré les robustes données récentes, RBC Gestion mondiale d’actifs s’attend à ce que la croissance économique ralentisse pendant la prochaine année, tandis que la publication des données sur les prix à la consommation du 11 octobre indiquait que l’inflation s’est maintenue. Ce facteur, conjugué aux récentes fluctuations sur le marché, devrait suffire à convaincre la Réserve fédérale qu’il vaut mieux faire preuve d’une certaine prudence.


Déclarations exigées