Par Frédérique Carrier

Même si certains secteurs subissent toujours les séquelles de la pandémie, l’économie mondiale se porte beaucoup mieux que beaucoup ne le craignaient. Non seulement l’activité économique a vivement rebondi à la faveur des réouvertures partielles l’automne dernier, mais la deuxième vague de COVID‑19 n’a pas été aussi dommageable que la première, les personnes et les entreprises ayant appris à vivre avec la crise sanitaire.

Eric Lascelles, économiste en chef de RBC Gestion mondiale d’actifs Inc., souligne que l’activité économique ne dépassera peut‑être pas aussi largement les prévisions générales au premier trimestre de 2021 qu’au trimestre précédent, mais qu’elle reste positive et annonce une reprise supérieure aux projections.

Les surprises économiques restent plus positives que négatives, après de fortes fluctuations
Indice des surprises économiques Citigroup – Monde
Le graphique linéaire représente l’évolution de l’indice des surprises économiques Citi du 10 mars 2008 au 9 mars 2021.

Le graphique linéaire représente l’évolution de l’indice des surprises économiques Citi du 10 mars 2008 au 9 mars 2021. Au printemps 2020, les données économiques mondiales se sont révélées inférieures aux prévisions et l’indice est tombé à -79,1. Au début de l’été, les surprises économiques sont devenues positives, autrement dit, les résultats économiques ont été meilleurs que prévu. La tendance s’étant maintenue, l’indice se situe actuellement à 66,3.

Un indice supérieur à zéro indique que les surprises économiques positives sont plus nombreuses que les surprises négatives; un indice inférieur à zéro, les surprises négatives sont plus nombreuses que les positives.

Sources : Citigroup, Bloomberg, RBC Gestion mondiale d’actifs ; période couverte par les données : du 10 mars 2008 au 9 mars 2021.

Nous examinons les formes particulières que prend la reprise dans les principales régions que nous suivons.

États‑Unis : Les mesures de relance excessivement généreuses risquent‑elles d’attiser l’inflation ?

Le programme d’aide de 1 900 milliards de dollars du président Joe Biden a pour but de soutenir l’économie, mais certains se demandent si une telle somme est vraiment justifiée, étant donné la vigueur de la reprise aux États‑Unis.

L’économie américaine se redresse fortement et pas moins de 379 000 emplois ont été créés en février. Au cours du même mois, l’indice des directeurs d’achats (PMI) du secteur manufacturier ISM a grimpé à un niveau prometteur de 60,8, tandis que l’indice du secteur des services demeure résolument en territoire expansionniste.

Il reste néanmoins quelques poches de faiblesse. Environ 40 % des personnes sans emploi font désormais partie de la catégorie des « chômeurs de longue durée », un niveau inégalé depuis 2008. Eric Lascelles fait remarquer que de nombreux problèmes persistent aussi du côté du crédit. Ainsi, les délais de grâce accordés à l’égard de 2,7 millions de prêts hypothécaires doivent expirer au deuxième trimestre.

D’après lui, il ne fait aucun doute que des mesures de soutien sont nécessaires. Le montant de 1 900 milliards de dollars – près de 10 % du PIB – lui paraît toutefois excessif, étant donné la dette astronomique du pays, le rythme soutenu de la reprise et le succès de la campagne de vaccination. Joe Biden a récemment annoncé que les États‑Unis pouvaient désormais espérer disposer de suffisamment de doses pour vacciner chaque Américain adulte d’ici la fin mai.

Des mesures de stimulation d’une telle ampleur risquent de faire s’envoler l’inflation à court terme. L’annonce du train de mesures, la réouverture de l’économie et la crainte de possibles perturbations dans la chaîne logistique avaient déjà poussé à la hausse les prévisions d’inflation. L’indice des prix payés dans le secteur manufacturier ISM s’est notamment hissé à 86 en février, un chiffre qui n’avait été dépassé qu’en 2008, témoignant de l’inflation du prix des intrants.

Même s’il est raisonnable de s’attendre à une hausse de l’inflation à court terme, Eric Lascelles estime que des forces déflationnistes devraient contenir l’inflation à moyen terme. Comme le cycle économique actuel vient tout juste de commencer, les capacités excédentaires devraient perdurer pendant un an ou deux. Le vieillissement de la population et l’arrivée à maturité des économies émergentes devraient également faire en sorte que les pressions inflationnistes ne s’emballent outre mesure.

RBC Marchés des Capitaux prévoit une croissance du PIB de 6,5 % et une inflation de 2,7 % pour 2021 aux États‑Unis, mais n’exclut pas que le PIB puisse croître à un rythme supérieur.

Chine : Une croissance délibérément sous‑estimée

La Chine s’est distinguée par sa croissance en 2020, puisque la plupart des autres économies se sont contractées. Les prévisions générales tablent sur un autre gain substantiel cette année, soit une hausse du PIB de plus de 8 %. Pourtant, le gouvernement a fixé une cible de croissance étonnamment modeste de « plus de 6 % ». Il semble donc que Beijing cherche à établir une croissance durable et de qualité, car il est peu probable que celle‑ci puisse se maintenir à 8 % en 2022.

Cette cible a été annoncée lors du récent congrès des « deux sessions », le principal événement politique du pays. C’est à l’occasion de ces assemblées que le gouvernement chinois annonce généralement les mesures concrètes qu’il compte mettre en œuvre à court terme pour atteindre ses buts à long terme. La Chine a annoncé son 14e plan quinquennal en novembre 2020. Elle y exposait le double objectif de transformer le pays en une économie avancée d’ici 2035, ce qui impliquerait grosso modo de doubler la taille de l’économie par rapport à son niveau de 2020, et de parvenir à la carboneutralité d’ici 2060.

Nous nous attendons à voir la Banque populaire de Chine resserrer sa politique monétaire de façon graduelle et méthodique, de manière à éviter toute surchauffe de l’économie.

Europe : L’activité tourne à bas régime

La campagne de vaccination peine à décoller en Europe. De plus, la réponse budgétaire à la crise a été plus timide qu’ailleurs, les gouvernements nationaux répugnant à aggraver leurs déficits. Le programme d’aide de 750 milliards d’euros de l’UE permettra de soutenir la croissance, mais ses effets devraient être dilués, car la distribution des fonds aux États doit s’étaler jusqu’en 2026.

Nous pourrions toutefois observer un redémarrage rapide lorsque les mesures de confinement seront enfin levées, que la campagne de vaccination s’accélérera et que les ménages dépenseront leur épargne, comme ce fut le cas après le premier confinement. RBC Marchés des Capitaux prévoit une croissance de 4,1 % pour 2021 dans la zone euro.

Royaume‑Uni : Retour à la prudence budgétaire

Après une gestion désastreuse de la pandémie, le Royaume‑Uni mérite des louanges pour sa campagne de vaccination. Le gouvernement prévoit de rouvrir complètement l’économie le 21 juin. Cependant, celle‑ci est à la peine, et un programme d’aide supplémentaire d’une ampleur correspondant à plus de 2,5 % du PIB a récemment été annoncé.

Encouragé par les perspectives de réouverture, le gouvernement mettra également en place des mesures visant à rééquilibrer les comptes. Le Royaume‑Uni est le premier pays développé à afficher une telle détermination. Son plan compte notamment sur une augmentation du taux d’imposition des sociétés, de 19 % à 25 %, d’ici 2023. Cet accroissement du fardeau fiscal est malvenu pour les entreprises, même si un relâchement en matière de réglementation et de concurrence pourrait, dans une certaine mesure, compenser cette hausse. L’attitude future du gouvernement sur ces questions dans un contexte d’après Brexit sera un facteur important à surveiller.

Pour l’heure, la croissance du PIB du Royaume‑Uni devrait, selon les prévisionnistes, s’établir à 4,5 % en 2021.

Canada : Croissance malgré la deuxième vague

Le Canada semble avoir réussi à éviter une contraction de l’économie pendant la deuxième vague. En fait, elle a crû de 0,1 % en décembre et les premiers chiffres de janvier laissent entrevoir un gain supplémentaire de 0,5 %. Eric Lascelles relève également que le rythme semble s’être accéléré en février. Il croit que l’économie canadienne pourrait surpasser l’estimation de la Banque du Canada, qui table sur une croissance du PIB de 4 % en 2021.

Stratégie de placement

Au vu de ces perspectives de croissance économique généralement encourageantes, nous maintenons notre surpondération en actions mondiales et nous nous attendons à ce qu’elles génèrent des rendements modestes sur 12 mois. Nous sommes d’avis que les actions peuvent résister à la hausse actuelle des taux obligataires, même s’il est possible que la volatilité s’accentue et probable que la récente rotation vers les actions qui bénéficient de la reflation et les actions de valeur se poursuive.

Cet article a été initialement publié dans Perspectives mondiales hebdomadaires avec le titre « Les différentes formes de la reprise : coup d’oeil sur la croissance à l’échelle régionale. »


Déclarations exigées

Ressources pour les recherches

Déclaration sur les analystes qui ne sont pas américains : Frédérique Carrier, une employée de RBC Europe Limited, société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États Unis; a contribué à la préparation de cette publication. Cette personne n’est ni inscrite ni qualifiée en tant qu’analyste de recherche auprès de l’organisme américain Financial Industry Regulatory Authority (« FINRA ») et, comme elle n’est pas associée à RBC Gestion de patrimoine, elle pourrait ne pas être assujettie au règlement 2241 du FINRA régissant les communications avec les entreprises visées, les apparitions publiques et les opérations sur valeurs mobilières dans les comptes des analystes de recherche.