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Par Thomas Garretson, CFA

On ne s’attendait pas à ce que la Fed annonce de grands changements lors de la réunion de cette semaine ; elle a toutefois lancé le compte à rebours de la prochaine phase de la politique monétaire, celle de la diminution des achats d’actifs. Alors qu’elle prendra bientôt une décision à cet égard, la nécessité pour la Fed d’observer des progrès substantiels du côté de l’inflation et de l’emploi a été grandement débattue, d’autant plus que les responsables de la politique ont donné peu de détails sur ce qu’ils entendaient par « substantiels ». La déclaration officielle de la Fed a toutefois été mise à jour afin de reconnaître pour la première fois qu’il y avait bien eu des progrès sur ces deux plans. Peut-être énonçait-elle une évidence. Cependant, il s’agit d’un pas de plus vers le moment où la Fed jugera que les conditions économiques justifient un ralentissement des achats d’obligations.

La Fed sera bien occupée au cours des deux prochains mois, notamment avec le symposium sur l’économie qui se tiendra à Jackson Hole du 26 au 28 août et à l’occasion duquel Jérôme Powell, président de la Fed, devrait prononcer un discours. Par le passé, le symposium a servi de tribune pour les grands changements d’orientation de la politique monétaire. Puis, la Fed se réunira de nouveau en septembre. Les marchés comptent sur ces deux rencontres pour avoir une meilleure idée de la façon dont la Fed réduira ses achats. En ce qui nous concerne, nous restons d’avis que cela n’a pas vraiment d’importance. Il est clair que la Fed suivra la même stratégie qu’en 2013 et 2014 : annonce, début et réduction progressive. Nous pensons que le marché le comprend.

Les craintes d’inflation diminuent et l’inflation augmente

Sans surprise, M. Powell a beaucoup parlé de l’inflation durant la conférence de presse, mais ses arguments étaient sensiblement les mêmes : les pressions à court terme sont attribuables à des secteurs précis de l’économie et elles devraient s’estomper. La Fed se concentre toujours sur les anticipations inflationnistes à long terme et la crainte qu’elles s’écartent de son objectif de stabilité des prix. M. Powell a réitéré que les indicateurs des anticipations inflationnistes à long terme semblent généralement concorder avec l’objectif d’inflation à long terme de 2 %.

Cette dynamique est visible sur le graphique ci-dessous. Le sondage sur la confiance des consommateurs de juillet de l’Université du Michigan révèle que les consommateurs considèrent encore l’inflation comme temporaire, tandis que les anticipations inflationnistes à long terme demeurent essentiellement conformes à la moyenne historique. La même dynamique se manifeste dans les perspectives d’inflation du marché, qui ont diminué au cours des dernières semaines.

Anticipations inflationnistes des consommateurs : les pressions à court terme dépassent largement les préoccupations à long terme

Le graphique linéaire, fondé sur les données recueillies depuis 2001, montre que les attentes inflationnistes à court terme des consommateurs (de 4,8 % actuellement) dépassent nettement la moyenne historique de 3,0 %. Par contre, les attentes à long terme (2,9 %) restent proches de la moyenne historique de 2,8 %.


Récession aux É.-U.

Court terme

Long terme

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg, sondages sur la confiance des consommateurs de l’Université du Michigan ; présentation des anticipations inflationnistes par rapport à la moyenne historique, soit 2,8 % à long terme et 3,0 % à court terme ; données prises en compte jusqu’en juillet 2021

Deux échéanciers distincts

Autre fait saillant de la réunion, M. Powell s’est efforcé de dissocier la réduction des achats d’actifs des hausses de taux. Même si les conditions économiques actuelles peuvent justifier une baisse des achats d’obligations, la hausse des taux ne suivra pas automatiquement.

L’idée selon laquelle une telle hausse succéderait à la diminution des achats d’actifs a causé une certaine agitation sur le marché. À notre avis, une fois le processus de réduction de l’assouplissement quantitatif achevé, ce qui pourrait arriver vers la fin de 2022, la Fed refera le point sur les conditions de l’inflation et de l’emploi. En d’autres termes, l’amorce du premier processus n’enclenche pas nécessairement le prochain cycle de relèvement des taux.

Si tu ne le construis pas, il ne viendra pas...

Passons maintenant aux données préliminaires sur le PIB du deuxième trimestre. À seulement 6,4 % (taux annualisé), il a largement déçu les attentes établies à 8,4 %. Toutefois, les détails du rapport sont sans doute plus encourageants que le taux global, et ce, pour diverses raisons.

Il est intéressant de noter les éléments qui ont favorisé la croissance et ceux qui l’ont freinée. La consommation de biens et de services a nettement dépassé les prévisions, signe que la demande demeure vigoureuse à mesure que l’activité économique repart. Les services ont eu le vent en poupe, au détriment des dépenses consacrées aux biens favorisées par la pandémie. Par contre, les investissements résidentiels ont pesé sur la croissance (offre de logements insuffisante, diminution des stocks), signe des contraintes qui minent les chaînes logistiques. La diminution des dépenses du gouvernement fédéral comparativement aux trimestres précédents a également nui à la croissance, mais le projet de loi sur les infrastructures pourrait renverser la situation.

Voilà où le bon côté des choses se dévoile. Les facteurs de ce type signifient généralement que la croissance et les dépenses ont simplement été reportées aux trimestres suivants. C’est important pour les investisseurs qui se demandent de plus en plus à quoi ressemblera ce cycle économique et combien de temps il durera. Certains craignaient qu’une reprise trop rapide abrège la période d’expansion après une courte récession, comme le National Bureau of Economic Research, qui estimait en 2020 qu’elle ne durerait pas plus de deux mois.

Comme le montre le graphique ci-dessous, il existe effectivement une certaine corrélation entre la durée des récessions et la durée de l’expansion économique subséquente. Mais comme la demande demeure vigoureuse, les contraintes du côté de l’offre permettent peut-être de ralentir naturellement l’activité, favorisant ainsi la longévité de la période de croissance, qui entame son 15e mois.

Si la récession est brève, l’expansion l’est-elle aussi ?
Cycles économiques depuis la fin de la guerre

Le graphique met en relation la durée des récessions par rapport à celles des périodes d’expansion subséquentes, pour chaque cycle économique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (1945). Il existe une corrélation notable entre les deux, les récessions plus longues ayant tendance à être suivies par des périodes d’expansion plus longues.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg, National Bureau of Economic Research ; présentation des cycles économiques depuis 1945

Laisser les choses aller

Comme nous l’avons dit si souvent au cours de la dernière année, la reprise sera aussi unique que l’a été la pandémie pour l’économie mondiale. La récente volatilité de certaines données économiques l’a confirmé, alors que la Fed peaufinait son message à court terme dans un contexte d’incertitude forte et persistante. Les marchés ont surmonté les événements de la semaine sans sourciller : les taux des obligations du Trésor sont demeurés stables et les actions américaines ont atteint de nouveaux records. Ils se tournent peut-être vers le long terme, sachant que la Fed devrait maintenir une politique accommodante pour les prochaines années et que l’économie demeure sur la bonne voie malgré les soubresauts.


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