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Au moment où la tradition annuelle des prédictions pour l’année suivante bat son plein dans le secteur du placement, une évidence s’impose : les perspectives sont loin d’être claires.

Pour les investisseurs en titres à revenu fixe, l’avenir peut même réserver de nouveaux défis. L’effondrement des taux obligataires mondiaux lors des 12 derniers mois a atteint une ampleur jamais vue depuis la fin de la crise financière. Cet effondrement a cependant aussi engendré des rendements globaux considérables. Pendant la même période, l’indice global des obligations américaines Bloomberg Barclays a progressé de 11 %, ce qui s’est rarement vu au cours des 30 dernières années. Nombreux sont toutefois les investisseurs qui se demandent probablement, malgré des relevés de portefeuille pouvant sembler sublimes en 2019, si leurs rendements sont désormais voués à baisser.

L’érosion des taux obligataires en 2019 plante le décor pour une année 2020 difficile
L’érosion des taux obligataires en 2019 plante le décor pour une année 2020 difficile

Rendement de l’indice global des obligations américaines Bloomberg Barclays

Rendement de l’indice global des obligations mondiales Bloomberg Barclays

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; évolution des taux obligataires sur 12 mois du 21 novembre au 20 novembre de l’année suivante.

Après ce qui paraît avoir été une année exceptionnelle sur le plan du rendement pour les titres à revenu fixe, et dans un contexte où les perspectives sont incertaines, il nous semble dès lors intéressant de faire une synthèse de nos réflexions sur la composition des portefeuilles de titres à revenu fixe américains pour l’année à venir.

Stratégie pour les titres à revenu fixe américains en 2020

Le tableau montre les rendements totaux des principaux secteurs de l’univers des titres à revenu fixe américains pour les cinq dernières années. Il est à noter que le secteur le plus performant pour une année est souvent le plus décevant l’année suivante.

Classement des rendements : Les mauvais élèves de 2019 fixeront la cadence pour 2020
Classement des rendements : Les mauvais élèves de 2019 fixeront la cadence pour 2020

Nota : TACH = Titres adossés à des créances hypothécaires d’agence ; M.É. = Titres de créance d’États des marchés émergents ; Soc. cat. inv. = Obligations de sociétés de catégorie investissement ; Soc. rend. élevé = Obligations de sociétés à rendement élevé.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, indices d’obligations Bloomberg Barclays. * Rendements de 2019 jusqu’au 19 novembre 2019.

Nous indiquons aussi ce que pourrait être le classement de ces secteurs en fonction du rendement en 2020. Comme on peut le voir, le classement pourrait être le même qu’en 2015. Les taux des titres du Trésor avaient alors à peine bougé et les écarts de taux (l’excédent de rendement par rapport aux titres du Trésor afin de rémunérer le risque de crédit) s’étaient creusés tout au long de l’année, alors que s’accentuaient les craintes pour la croissance mondiale. Du déjà-vu ? Cette situation représente pour l’essentiel le contexte auquel nous nous attendons pour 2020.

Comme toujours, la direction des taux des titres du Trésor dictera le rendement de la plupart des catégories d’actifs à revenu fixe en 2020, dans la mesure où le prix de la majeure partie d’entre eux découle, d’une certaine manière, bien qu’à des degrés divers, du comportement des titres du Trésor.

Nous commencerons donc par nos prévisions concernant les titres du Trésor. Le taux des obligations du Trésor à 10 ans, actuellement de l’ordre de 1,75 pour cent, clôturera selon nous autour du même niveau en 2020, voire légèrement en dessous. Dans ce scénario, les titres du Trésor devraient produire un rendement d’environ deux pour cent l’année. Nous estimons que trois secteurs devraient surpasser cette référence et que deux devraient se situer en dessous.

Nos trois champions*

Obligations municipales – taux actuel : 1,83 % ; duration de cinq ans

La demande d’obligations municipales par les investisseurs a été forte en 2019, alors que les nouvelles émissions ne suffisaient pas à y répondre. Même s’il est vraisemblable que l’offre augmentera l’an prochain, nous pensons que la demande se maintiendra. La valeur relative des titres municipaux semble favorable pour l’heure, le taux des obligations municipales à 10 ans équivalant à 88 pour cent de celui des titres du Trésor, ce qui confirme les moyennes récentes. En outre, la nature défensive du secteur devrait continuer d’attirer les capitaux des investisseurs.

Titres adossés à des créances hypothécaires (TACH) d’agence – taux actuel : 2,50 % ; duration de trois ans

La situation devrait à notre avis être nettement avantageuse pour les TACH d’agence en 2020. Les facteurs favorables au marché du logement américain, à savoir un taux de chômage faible, des salaires en hausse et des taux hypothécaires bas, devraient l’emporter sur les contrariétés économiques et l’incertitude. Le secteur bénéficie d’une duration réduite, de la garantie totale du gouvernement américain et d’une valeur relative attrayante, soit un avantage de taux de 50 points de base par rapport aux titres du Trésor. Cet écart frôle le sommet atteint depuis 2013.

Titres de créance d’États des marchés émergents (M.É.) – taux actuel  : 5,05 % ; duration de six ans

Le secteur des titres de créance d’États des marchés émergents libellés en dollars américains peut sembler hasardeux, étant donné l’incertitude entourant les perspectives mondiales. Toutefois, nous pensons qu’il recèle de la valeur actuellement, alors que toutes les mesures d’assouplissement des politiques des banques centrales de la planète prises en 2019 pourraient porter leurs fruits en 2020, ce qui devrait normalement bénéficier à ces titres. Dans un monde où les taux obligataires s’évaporent, les 5,05 pour cent que rapportent les titres de créance des marchés émergents avoisinent la moyenne des cinq dernières années. Il s’agit d’une occasion de revenu supplémentaire possible pour les investisseurs affichant la tolérance au risque voulue.

Nos deux tortues

Obligations de sociétés de catégorie investissement – taux actuel : 2,87 % ; duration de huit ans

Comme le montre le tableau, les obligations de sociétés de catégorie investissement ont dominé en 2019, ayant généré un rendement de 14 pour cent qu’il sera pratiquement impossible d’égaler l’an prochain. Le secteur rapporte actuellement à peine 1,06 pour cent de plus que les titres du Trésor comparables, ce qui est nettement inférieur à la moyenne. Si les risques économiques devaient s’accentuer, cet écart pourrait aussi se creuser. Les rendements totaux pourraient alors être inférieurs à ceux des titres du Trésor.

Obligations de sociétés à rendement élevé – taux actuel : 5,81 % ; duration de trois ans

Enfin, si les obligations de sociétés à rendement élevé ne sont guère exposées au risque de taux d’intérêt, elles comportent un risque de crédit élevé et leurs évaluations semblent actuellement quelque peu généreuses, compte tenu du rendement en revenu inférieur à six pour cent qu’offre le secteur. Ce taux correspond à seulement quatre pour cent de plus que les titres du Trésor, cet écart étant pratiquement le plus bas depuis des années.

Composer avec les hauts et les bas du marché

Alors que beaucoup s’attendent à une hausse de la volatilité du marché en 2020, les investisseurs en titres à revenu fixe ont le luxe de savoir que la valeur future de leur placement, sauf en cas de défaillance, est la valeur nominale. Nous pensons que les investisseurs conservant leurs placements longtemps n’ont guère de raisons de s’inquiéter des fluctuations mensuelles et annuelles des prix des obligations. Toutefois, en ces temps d’incertitude élevée, une bonne compréhension de l’exposition au risque d’année en année peut aider à maintenir un rendement robuste.

* La duration est une mesure de la sensibilité du cours des obligations aux variations de taux ; p. ex., une duration de cinq ans indique qu’une hausse des taux de un pour cent ferait chuter les prix des obligations d’environ cinq pour cent, et inversement.


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