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Par Tom Garretson, CFA

La Réserve fédérale (la Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) ont clairement fait savoir, pendant la semaine du 17 juin, aux investisseurs qui se demandaient si les grandes banques centrales disposaient encore d’une marge de manœuvre, étant donné les taux directeurs toujours historiquement bas et leurs bilans toujours historiquement élevés, qu’il leur en restait et qu’elles étaient prêtes à s’en servir.

Le président de la BCE, Mario Draghi, a pris les choses en main le 17 juin, en prononçant un discours faisant état de possibles assouplissements supplémentaires par des baisses de taux en territoire négatif et de l’existence d’une « importante marge de manœuvre » pour élargir les programmes d’assouplissement quantitatif en cas de besoin. Le changement de ton, de la part d’une banque centrale qui récemment encore écartait l’idée d’un recours nécessaire à de nouveaux assouplissements, est remarquable.

La patience dont la Réserve fédérale avait promis de faire preuve cette année en ce qui concerne l’ajustement des taux directeurs aura tenu à peine trois mois, la Fed ayant déclaré, lors de sa réunion du 19 juin, qu’elle « agira de manière à soutenir l’expansion économique ». De plus, huit responsables, soit près de la moitié du comité, entrevoient désormais au moins une baisse de taux cette année, sept d’entre eux en envisageant même deux.

Nous nous attendons depuis longtemps à ce que la Fed revienne aux stratégies du milieu des années 1990, lorsqu’elle avait réduit modérément les taux directeurs par mesure de précaution au milieu du cycle économique, afin de prolonger l’expansion, plutôt que de lutter contre une récession ; cette hypothèse demeure notre scénario de base pour le cycle en cours.

Nous voyons donc d’un bon œil un possible assouplissement de sa politique, et les premières réactions des marchés semblent favorables, l’indice S&P 500 ayant atteint un nouveau sommet historique et les titres d’emprunt de sociétés de catégorie investissement et à rendement élevé s’étant fortement redressés aux États-Unis.

Le cycle de hausse des taux aux États-Unis pourrait s’arrêter abruptement
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Taux des fonds fédéraux

Prévisions du marché quant au taux des fonds fédéraux

Nous nous attendons à ce que la Fed baisse le taux de 0,50 % à sa réunion de juillet, puis de 0,25 % en septembre.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; attentes du marché fondées sur les taux à terme

Le marché établit maintenant à 100 % la probabilité d’une baisse de taux par la Réserve fédérale cette année, ce qui ne laisse que deux questions : « Quand ? » et « Combien ? »

Le temps des mesures décisives est venu pour les taux d’intérêt

Même si la Fed est celle des banques centrales qui a fait le plus de chemin sur la voie de la hausse des taux, jusqu’à atteindre 2,50 % pour le taux des fonds fédéraux, il est clair qu’il lui reste peu de marge de manœuvre ; ce n’est donc pas l’heure des demi-mesures. Jusqu’ici, la Fed a maintenu son approche « graduelle » des hausses de taux, par crainte qu’une réaction trop rapide n’entraîne un retour à 0 %. Nous pensons cependant qu’une approche tout à fait différente est nécessaire à ce stade. Pour éviter un retour hâtif à 0 %, la Fed doit agir de manière décisive et rapide, afin « d’en avoir le plus possible pour son argent ». Nous nous attendons donc à ce qu’elle réduise les taux de 0,50 % à sa réunion de juillet et décrète une autre baisse de 0,25 % en septembre ; elle prendra ensuite probablement le temps d’évaluer le contexte des politiques monétaires.

L’économie européenne lutte toujours contre d’importants obstacles. On croyait que la BCE se dirigeait vers des hausses de taux l’année prochaine, mais RBC Marchés des Capitaux s’attend désormais à deux baisses de 10 points de base (pb) du taux accordé sur les dépôts d’ici à la fin de l’année (ce qui fixerait les taux à -0,60 %) et n’exclut en outre pas le risque de voir la BCE agir de manière plus rapide et plus importante. En ce qui concerne les mesures d’assouplissement quantitatif, nous croyons probable que la BCE évoque la possibilité d’un nouveau train de mesures, mais peu probable qu’elle introduise un nouveau programme à court terme.

Ce périple est-il vraiment nécessaire ?

Aux États-Unis, les marchés du travail demeurent solides, même si le rythme des embauches a ralenti au cours des derniers mois. De plus, la Fed, dans ses dernières projections, a relevé ses prévisions de croissance et revu à la baisse ses attentes d’inflation, malgré les inquiétudes liées aux possibles répercussions économiques des tarifs douaniers. La suite des choses dépendra donc largement de l’inflation. Avec peu d’inflation en vue, la Fed a la capacité d’assouplir modestement sa politique, à un moment où le risque de surchauffe de l’économie est faible.

Toutefois, comme le montre le graphique, les inquiétudes relatives à la croissance mondiale perdurent. Aux États-Unis et dans le monde entier, les indices des directeurs d’achats (PMI) du secteur manufacturier, qui sont fortement corrélés avec la croissance économique, continuent leur repli ; l’indice mondial est maintenant inférieur à 50, soit le niveau qui annonce une diminution de l’activité manufacturière. La chute de ces indices a fait augmenter les attentes de baisses de taux du marché. Sur le plan fondamental, il serait tout à fait justifié pour les banques centrales d’assouplir leur politique à ce stade.

Tendance baissière de l’activité manufacturière mondiale, tendance haussière de la probabilité de baisse des taux
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Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg, IHS Markit ; activité manufacturière fondée sur les indices des directeurs d’achats Markit ; la probabilité des baisses de taux en 2019 correspond aux prévisions du marché d’après les données des contrats à terme sur les fonds fédéraux.

Adopter une conduite défensive

Nos prévisions demeurent optimistes, mais prudentes. Le vieil adage sur l’inutilité de lutter contre la Réserve fédérale (ou les banques centrales en général) s’applique encore aux personnes qui ont investi dans des actions et autres actifs risqués, mais on constate une accentuation des risques de baisse de l’économie mondiale et une hausse du niveau d’incertitude à l’égard des perspectives. Nous conservons donc notre pondération neutre des actions et titres à revenu fixe américains, mais adoptons des positions défensives dans les deux cas.

En ce qui concerne les investisseurs en titres à revenu fixe, nous recommandons depuis longtemps d’allonger les durées pour verrouiller les rendements, et, avec les baisses de taux qui se profilent à l’horizon, nous maintenons notre recommandation, même si les rendements continuent de diminuer dans pratiquement tous les secteurs.

Les banques centrales ont essayé une approche passive ces dernières années, alors que se poursuivait la reprise des économies mondiales, mais nous croyons que le temps est venu pour elles d’adopter une approche active pour soutenir l’expansion.


Déclarations exigées