3d rendering of empty tech store

Par: Frédérique Carrier et Kelly Bogdanova 

La liquidation des titres du secteur américain de la technologie, qui a précédé le congé de la fête du Travail aux États‑Unis, s’est poursuivie cette semaine, tirant aussi d’autres marchés vers le bas. Le secteur de la technologie a perdu 11,4 % en tout juste quatre séances de négociation, l’indice FANG+ (qui regroupe les actions de Facebook, d’Amazon, d’Apple, de Netflix et de Google d’Alphabet et d’autres sociétés de technologie) se repliant de 13,6 %. Le prix du pétrole brut a enregistré sa plus forte baisse en une journée depuis juin, faisant reculer les secteurs américain et canadien de l’énergie d’environ 5 % durant la période de quatre jours.

Aucun facteur précis n’explique cette prise de bénéfice. L’ajustement saisonnier de la composition des portefeuilles effectué par les investisseurs institutionnels après l’été a probablement eu une incidence. L’activité accrue liée aux options a aussi été abondamment citée. Enfin, la crainte que les mesures de distanciation sociale soient prolongées a peut‑être également contribué au recul.

L’économie a amorcé un premier rebond en V qui devrait se traduire par des données robustes pour le produit intérieur brut (PIB) des États‑Unis au troisième trimestre. Toutefois, les risques extrêmes pour la croissance, tant à la hausse qu’à la baisse, au quatrième trimestre et par la suite sont énormes, selon Tom Porcelli, économiste en chef, États‑Unis, à RBC Marchés des Capitaux, SARL.

À l’échelle mondiale, les données économiques demeurent bonnes. Dans la plupart des pays, les indicateurs montrent que la reprise continue, même si elle semble se stabiliser dans certaines régions.

  • L’indice composite des directeurs d’achats (PMI) Caixin de la Chine, qui mesure l’activité dans les secteurs tertiaire et manufacturier, s’est hissé à 55,1 en août. Toutefois, l’indice PMI Caixin du secteur chinois des services était de 54, après avoir culminé à 58,4 en juin.
  • En Europe, après un redressement vigoureux de trois mois, l’activité économique ralentit dans la plupart des grands pays, alors que l’augmentation des cas de COVID‑19 a déclenché le rétablissement de mesures de distanciation sociale strictes qui plombent les secteurs de la consommation.
  • Parallèlement, et paradoxalement, la reprise du marché du travail aux États‑Unis a atténué le caractère urgent de l’adoption d’une deuxième ronde d’aide financière, laissant les chômeurs avec un soutien moindre qu’auparavant.

S’agit‑il d’une « saine » correction ?

On ne peut pas exclure que la correction dure longtemps. Après tout, le déclin de 10 % du NASDAQ en septembre a à peine entamé l’excellent rendement que l’indice venait de connaître.

En outre, comme nous l’avons souligné dans le numéro de septembre de Perspectives mondiales, le fait que le nombre de meneurs au sein du S&P 500 est de plus en plus petit peut engendrer des distorsions sur le marché si les gestionnaires de fonds sont poussés à acheter des actions simplement pour suivre le rythme de l’indice ou si d’autres deviennent réticents à vendre ces actions. Nous avions indiqué qu’une telle situation pourrait finir par peser sur le rendement du marché.

Comme la correction a surtout touché les titres technologiques, on la compare souvent avec ce qui s’est passé en 2001. Or, il nous paraît exagéré d’établir un parallèle avec l’éclatement de la bulle techno. À l’époque, la Réserve fédérale américaine (Fed) retirait activement des liquidités, après avoir passé l’année précédente à en injecter pour renforcer les marchés financiers aux prises avec les conséquences de l’effondrement du fonds de couverture Long‑Term Capital Management (LTCM) et le passage à l’an 2000. Les marchés boursiers ont piqué du nez à mesure que la Fed a réduit son aide et que les valorisations insoutenables de nombreuses entreprises Internet fictives ont été dévoilées.

Les perspectives quant à l’apport soutenu de liquidités sont plus encourageantes aujourd’hui. Lors de son récent symposium de 2020 sur la politique économique, la Fed a clairement indiqué qu’elle entendait maintenir de faibles taux d’intérêt pendant longtemps, délaissant ainsi sa politique de longue date qui consistait à les augmenter par mesure de précaution pour éviter une hausse de l’inflation. D’autres grandes banques centrales, comme la Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon, ont des politiques monétaires très accommodantes qui devraient être maintenues pendant une longue période.

Enfin, les caractéristiques fondamentales des titres technologiques de divers secteurs du marché américain (technologie, services de communications et consommation discrétionnaire) sont plus solides qu’au moment de la bulle technologique. Beaucoup de sociétés de ces segments présentent de solides modèles d’affaires, une croissance des bénéfices depuis plusieurs années ainsi que de bonnes perspectives d’avenir. À l’inverse, de nombreuses entreprises Internet qui ont alimenté la bulle technologique avaient des modèles d’affaires douteux, avec peu de possibilités de dégager des bénéfices ; elles ont donc quitté la scène rapidement.

La situation devient tendue...

Beaucoup ont souligné, comme nous, les résultats divergents entre Wall Street et les petites et moyennes entreprises (PME) : le marché boursier grimpe alors que d’importants segments de l’économie peinent à s’en sortir, comme les PME américaines qui sont toujours fragilisées.

Au moment où le marché boursier américain semblait invincible, alimenté par les titres technologiques profitant du nouveau monde numérique instauré par la COVID‑19, les investisseurs ont rationalisé le caractère singulier des gains, comme souvent en période de hausses démesurées. Les titres des sociétés du bloc FAANG (Facebook, Amazon, Apple, Netflix et la société mère de Google, Alphabet) ont prospéré dans ce contexte en raison de leur position dominante sur le marché. La croissance de leurs bénéfices a dépassé les attentes déjà élevées du marché, alors que d’autres secteurs battaient de l’aile. L’engouement généralisé pour ces titres de croissance s’est rapidement installé. Croyant que ces titres étaient rares, les investisseurs étaient prêts à payer une prime de plus en plus élevée pour en acquérir.

Le secteur de la technologie s’est envolé dès le début de la crise de la COVID‑19
Valeur de l’indice composite NASDAQ par rapport à l’indice équipondéré S&P 500
Valeur de l’indice composite NASDAQ par rapport à l’indice équipondéré S&P 500 graphique

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; intervalle des données : du 11 septembre 2017 au 9 septembre 2020.

L’euphorie ne s’est pas limitée aux FAANG. Notre correspondant national de recherche souligne que l’attrait pour les titres de croissance s’est propagé à l’ensemble des titres de la technologie, mais aussi à ceux liés aux soins de santé, deux secteurs susceptibles de profiter des conditions créées par la COVID‑19. Au sein du S&P, plus de 30 titres de sociétés à moyenne ou à grande capitalisation ont grimpé de plus de 100 % en 2020 (jusqu’au 2 septembre), soit un sommet inégalé pour le marché, et plus de 90 titres ont produit un rendement supérieur à 40 % sur la même période. Ces résultats dépassent de loin le bond de 11 % du S&P 500 et la perte de 5 % de l’indice de sociétés à moyenne capitalisation S&P 400.

Certes, les données fondamentales des 30 sociétés qui ont enregistré les plus fortes hausses, c’est‑à‑dire celles dont les prix des actions ont plus que doublé durant la période, sont bonnes. Ces sociétés ont fait état d’une croissance rapide et impressionnante des ventes (environ 30 % en moyenne) et des bénéfices (environ 50 % en moyenne). Elles présentaient un bilan robuste, dont un flux net de trésorerie près de deux fois supérieur, en moyenne, au flux de trésorerie d’exploitation. Elles ont aussi réinvesti davantage dans les dépenses en immobilisations ainsi que dans la recherche et le développement, soit l’équivalent d’environ 25 % des revenus. La qualité des bénéfices de ces sociétés est manifestement supérieure, mais l’appréciation de leurs titres depuis le début de l’année semble néanmoins exagérée.

Vérification du portefeuille

Les investisseurs devraient se préparer à d’autres turbulences au cours des prochains mois en raison de la COVID‑19 qui continue de dominer les manchettes, de l’approche des élections américaines, de la recrudescence des tensions entre les États‑Unis et la Chine ainsi que des défis persistants liés au Brexit. Le S&P 500 se négocie à 20,1 fois le bénéfice par action moyen de 166 $ prévu pour 2020. De tels niveaux de valorisation semblent témoigner d’une certaine complaisance durant l’été. Nous pensons que cette complaisance n’a pas encore été complètement éliminée. À notre avis, les replis sont de bonnes occasions de revoir le positionnement et les placements des portefeuilles, et d’en ajuster la répartition au besoin.


Déclarations exigées

Ressources pour les recherches

Déclaration sur les analystes qui ne sont pas américains : Frédérique Carrier, une employée de RBC Europe Limited, société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États Unis; a contribué à la préparation de cette publication. Cette personne n’est ni inscrite ni qualifiée en tant qu’analyste de recherche auprès de l’organisme américain Financial Industry Regulatory Authority (« FINRA ») et, comme elle n’est pas associée à RBC Gestion de patrimoine, elle pourrait ne pas être assujettie au règlement 2241 du FINRA régissant les communications avec les entreprises visées, les apparitions publiques et les opérations sur valeurs mobilières dans les comptes des analystes de recherche.