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Par Frédérique Carrier

Les marchés ont été secoués au début de la semaine par le tweet du président Donald Trump concernant l’arrêt des négociations sur l’aide financière destinée aux entreprises et aux particuliers avant l’élection. Les investisseurs ont cherché refuge dans les obligations, entraînant un recul des actions et des taux obligataires. Un soutien insuffisant nuirait aux personnes sans emploi et ferait planer l’ombre du chômage sur les travailleurs actuels, les incitant ainsi à réduire leurs dépenses.

L’annonce a été faite juste après le discours de Jerome Powell, président de la Réserve fédérale, qui a donné l’avertissement qu’une aide budgétaire insuffisante posait un risque plus grand pour l’économie qu’une aide excessive. Selon une enquête menée récemment par RBC Marchés des Capitaux, un peu plus de 60 % d’investisseurs institutionnels croient que l’économie américaine a besoin d’un soutien budgétaire supplémentaire pour se rétablir complètement, et près de la moitié d’entre eux s’attendaient à un plan de sauvetage au quatrième trimestre.

D’après les économistes, il faudrait au moins 1 000 milliards de dollars. Les partis ont adopté des positions tranchées pendant les négociations : les démocrates de la Chambre des représentants ont appuyé un plan de 2 200 milliards de dollars dernièrement, tandis que les républicains du Sénat ont proposé un plan de 600 milliards de dollars, mettant ainsi en évidence les divisions du Congrès. La Maison‑Blanche a quant à elle avancé un plan de 1 600 milliards de dollars.

Dans une volte‑face qui ne surprend plus personne, M. Trump a annoncé 48 heures plus tard qu’il négocierait un « meilleur accord ». Si les pourparlers n’aboutissent pas avant les élections du début novembre, la façon la plus rapide de mettre en œuvre un plan de relance serait une vague bleue (accordant aux démocrates la présidence et la majorité dans les deux chambres du Congrès). À l’inverse, une division du Congrès pourrait prolonger l’impasse et donner lieu à un soutien considérablement réduit.

Ce n’est pas fini, mais l’avenir est plus prometteur

Actuellement, les États‑Unis freinent considérablement leurs dépenses budgétaires. Le gouvernement fédéral débourse déjà quelque 200 milliards de dollars de moins par mois qu’en avril, période durant laquelle l’aide financière ponctuelle accordée aux ménages et les prestations d’assurance‑emploi étaient les plus élevées. Comme la plupart des États américains doivent satisfaire à des exigences en matière d’équilibre budgétaire et que les recettes publiques ont baissé, beaucoup ont aussi réduit leurs dépenses.

Malgré l’absence de relance budgétaire additionnelle et la lutte que mène le pays contre la flambée des cas de COVID‑19, l’économie américaine n’a pas connu de contraction à la fin de l’été. La capacité d’adaptation des gens à la crise et les conséquences économiques moins importantes que prévu de certains obstacles jusqu’à présent ont soutenu le rendement de l’économie au troisième trimestre.

Plus particulièrement, les défaillances plafonneront probablement en dessous des niveaux observés durant la crise financière mondiale, selon RBC Gestion mondiale d’actifs. Les banques semblent de plus en plus à l’aise avec les provisions pour prêts douteux qu’elles ont constituées, tant pour les prêts commerciaux que pour l’immobilier résidentiel, les pertes réelles restant assez faibles.

Eric Lascelles, économiste en chef, RBC Gestion mondiale d’actifs Inc., mentionne qu’aux États‑Unis, le pourcentage d’emprunteurs qui reportent leurs remboursements hypothécaires est légèrement plus bas qu’au plus fort de la crise, soit 7 % (contre 8 % il y a quelques mois). L’amélioration est encore plus marquée au Canada, où seulement 6 % des emprunteurs ont reporté leurs versements hypothécaires, comparativement à 16 % quand la crise battait son plein.

En outre, la hausse des prix des maisons aux États‑Unis et au Canada offre des occasions de sortie aux ménages en difficulté ; ainsi, seule une petite fraction des hypothèques feront probablement l’objet d’une saisie. Les marchés du logement des deux pays pourraient bien faiblir dans l’avenir en raison du chômage et du déclin de l’immigration. D’après M. Lascelles, ce fléchissement pourrait se manifester assez tardivement, de sorte que les économies américaine et canadienne seront en meilleure posture pour l’affronter, après avoir surmonté de nombreux obstacles budgétaires et difficultés liées au crédit.

Hausse des prévisions sur le PIB

Étant donné que l’économie a repris de la vigueur au troisième trimestre, RBC Gestion mondiale d’actifs a dernièrement revu à la hausse ses prévisions de croissance pour 2020 pour les États‑Unis et le Canada. M. Lascelles croit maintenant que la contraction de l’économie américaine pourrait atteindre 3,5 %, ce qui est bien inférieur à l’estimation précédente de 6 %. Pour le Canada, il anticipe un recul de 5,2 % et non plus un douloureux repli de 7 %.

Les deux pays pourraient revenir à leurs sommets de 2019 plus tôt que prévu, voire dès la fin de 2021 dans le cas des États‑Unis.

Dans son dernier discours du Trône, exposant le programme du gouvernement fédéral, le premier ministre canadien Justin Trudeau a promis une aide généreuse en prolongeant le soutien d’urgence pour les petites entreprises, en poursuivant le programme de subventions salariales jusqu’à l’été 2021 et en élargissant le programme d’assurance‑emploi.

Prévisions de croissance du PIB mondial
Variation annuelle moyenne (%)
Graphique des prévisions de croissance du PIB mondial affichant la variation annuelle moyenne en %.

2020

2021

* Au Royaume‑Uni, l’ampleur du rebond du PIB en 2021 dépendra du résultat des négociations sur le Brexit.

Source : RBC Gestion mondiale d’actifs ; données en date du 5 octobre 2020.

Ces nouvelles prévisions pour le PIB demeurent incertaines étant donné le risque élevé associé au dernier trimestre de l’année. Après tout, l’actuelle hausse des taux d’infection pourrait s’avérer plus pénible que prévu. La croissance économique pourrait décevoir les attentes, mais nous ne prévoyons pas de récession à double creux. Les indicateurs de l’activité économique, comme les indices des directeurs d’achats, sont résolument en territoire expansionniste. Certes, ces indicateurs ont cessé d’augmenter de façon marquée d’un mois à l’autre ; autrement dit, la partie « facile » de la reprise est probablement terminée.

M. Lascelles n’est pas le seul à revoir ses prévisions à la hausse. Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé récemment que l’économie mondiale devrait finir l’année 2020 en meilleur état qu’on le croyait à l’apogée de la pandémie. Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, s’est pourtant empressée d’ajouter que la « calamité est loin d’être derrière nous ».

Tirer avantage de la volatilité

Après le repli des actions en septembre, nous avons augmenté la position en actions mondiales que nous recommandons, passant d’une modeste sous‑pondération à une pondération neutre.

Sur 12 mois, nous prévoyons une normalisation graduelle de l’économie mondiale, grâce à l’engagement ferme des grandes banques centrales à maintenir des taux d’intérêt extrêmement faibles, au soutien budgétaire et aux progrès quant à la maîtrise du virus de la COVID‑19. Les bénéfices des sociétés s’amélioreront avec le rétablissement de l’économie mondiale. Les valorisations semblent élevées aux États‑Unis, mais elles ne sont pas déraisonnables étant donné les taux très bas.


Déclarations exigées

Ressources pour les recherches

Déclaration sur les analystes qui ne sont pas américains : Frédérique Carrier, une employée de RBC Europe Limited, société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États Unis; a contribué à la préparation de cette publication. Cette personne n’est ni inscrite ni qualifiée en tant qu’analyste de recherche auprès de l’organisme américain Financial Industry Regulatory Authority (« FINRA ») et, comme elle n’est pas associée à RBC Gestion de patrimoine, elle pourrait ne pas être assujettie au règlement 2241 du FINRA régissant les communications avec les entreprises visées, les apparitions publiques et les opérations sur valeurs mobilières dans les comptes des analystes de recherche.