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Par Kelly Bogdanova

Ces derniers temps, les marchés financiers ont été submergés par les effets combinés de la propagation rapide de la COVID-19; des réactions des gouvernements, banques centrales, entreprises et autres entités ; et, enfin, de l’effondrement des prix du pétrole brut. Les marchés et les investisseurs ont dû composer avec plus d’événements en deux semaines qu’ils ne doivent le faire normalement sur une période de plusieurs mois. Ces événements, liés à la pandémie, n’ont évidemment rien d’habituel.

La pression sur le système financier est loin d’être aussi forte qu’elle l’était en 2008-2009
Indices Bloomberg des conditions financières
Bloomberg Financial Conditions Indexes chart

Zone euro

États-Unis

Nota : Les indices suivent le niveau global de la tension financière sur les marchés monétaires, obligataires et boursiers pour évaluer la disponibilité et le coût du crédit. Les valeurs positives indiquent des conditions financières accommodantes et les valeurs négatives, un resserrement des conditions par rapport à celles d’avant la crise.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; données prises en compte jusqu’au 12 mars 2020

Les actions ont continué de baisser à l’échelle mondiale, et de nombreux marchés se trouvent maintenant en territoire baissier. L’indice S&P 500 a cédé 27 % par rapport à son sommet atteint au milieu de février, et les marchés développés à l’extérieur des États-Unis se sont repliés de 28 % comparativement au récent sommet atteint par l’indice MSCI Monde hors États-Unis.

Les marchés des titres à revenu fixe ont éprouvé des difficultés liées aux liquidités en raison du recul des taux. La Fed a donc surpris les marchés en faisant une annonce à ce sujet, le 12 mars. En somme, elle élargit son programme d’assouplissement quantitatif et hausse le niveau des liquidités par l’entremise d’opérations de rachat hebdomadaires d’une valeur d’un billion de dollars. Elle entend ainsi atténuer les effets des bouleversements du marché des titres du Trésor causés par l’illiquidité, dans le contexte des craintes liées à la COVID-19 et, plus largement, de la volatilité du marché des titres à revenu fixe. Ce léger changement de cap a brièvement redonné confiance aux marchés, mais notre stratégiste, Titres à revenu fixe n’y voit qu’une solution temporaire dans l’attente du dévoilement du plan d’attaque plus global que la Fed présentera à la réunion du 18 mars du Comité fédéral de l’open market (FOMC) – ou peut-être avant.

Les politiciens doivent agir

En plus de l’hésitation suscitée par les mesures des banques centrales, certaines mesures de stimulation budgétaire annoncées jusqu’à présent ont déçu les marchés financiers, surtout celles mises en place par Washington.

À notre avis, on ne peut surestimer l’importance des mesures de relance du gouvernement fédéral des États-Unis, puisque les acteurs du marché de partout dans le monde semblent se concentrer sur cette question. Lori Calvasina, chef, Stratégie sur actions américaines, RBC Marchés des Capitaux, SARL, a écrit : « [...] nous pensons que les investisseurs en actions devront voir très rapidement des résultats probants à la suite des mesures de relance budgétaire pour que les craintes de récession [aux États-Unis] s’estompent [...] ».

Les républicains et les démocrates peinent presque toujours à parvenir à un compromis, notamment en temps de crise ; les désaccords actuels quant à la façon de s’attaquer à la crise de la COVID-19 ne devraient donc pas nous surprendre. L’acrimonie partisane et personnelle n’a jamais été aussi grave dans le monde moderne, et les élections à venir compliquent les choses.

Nous pensons cependant que les dirigeants américains finiront par s’entendre sur un plan de relance audacieux. Et le marché boursier est clair : ce plan doit être mis en place le plus rapidement possible. Le facteur temps est important. Durant la crise financière mondiale, le gouvernement fédéral (et la Fed) a mis trop de temps à reconnaître la nécessité des mesures de relance, puis à les mettre en œuvre. Selon nous, plus les responsables des politiques budgétaires et monétaires agiront promptement et énergiquement durant cette pandémie, mieux protégées seront les économies américaine et mondiale.

Les mesures de relance budgétaire résoudront-elles le problème de la COVID-19 ? Non, car il s’agit essentiellement d’une crise médicale et de santé publique. Nous pensons toutefois que de telles mesures peuvent grandement contribuer à atténuer les effets sur l’économie, surtout à court terme.

Durs coups pour le bilan

Du point de vue des marchés boursiers, les estimations des bénéfices sont réévaluées au fil de la propagation du virus, et certaines entreprises commencent à modifier leurs activités. Étant donné la montée des risques, Mme Calvasina a revu à la baisse ses prévisions pour le marché boursier américain.

Ainsi, pour 2020, elle a réduit ses prévisions de bénéfices pour l’indice S&P 500 de 174 $ à 165 $ par action. Cette estimation suppose un deuxième trimestre en territoire négatif pour la croissance du PIB aux États-Unis et l’amorce d’une reprise au troisième trimestre. Si ce scénario se concrétise, c'est que nous aurons évité une récession, puisque les contractions s’accompagnent habituellement d’au moins deux trimestres consécutifs de croissance négative. En raison des perspectives de bénéfices plus faibles, Mme Calvasina a réduit sa valeur cible de fin d’année pour l’indice S&P 500, qui passe de 3 460 à 3 279. (L’indice S&P 500 a clôturé à 2 480 le 12 mars.)

Mme Calvasina estime qu’il y aura d’autres répercussions considérables sur les bénéfices des sociétés si la contraction de l’activité économique dure plus longtemps et qu’une véritable récession survient. Le cas échéant, les bénéfices des sociétés du S&P 500 pourraient reculer à 149 $ par action en 2020, ce qui est beaucoup plus bas que son estimation de 165 $. Ce scénario, plus noir, représenterait un repli de la croissance des bénéfices de 8,6 % sur 12 mois par rapport aux 163 $ enregistrés en 2019. C’est une possibilité, mais il ne s’agit pas du scénario de base de Mme Calvasina.

Autres indicateurs

Il est plus difficile d’évaluer les risques de récession en raison de la nature exogène et rapide du choc causé par la COVID-19. Habituellement, nos indicateurs économiques avancés préférés permettent de déceler une faiblesse de l’économie et donnent une bonne idée du moment où une récession pourrait se produire, de six à douze mois à l’avance en général. Toutefois, dans le présent cas, les données traditionnelles s’avèrent moins utiles en raison du rythme rapide des événements, de sorte que même les meilleurs indicateurs avancés sont en décalage.

Tom Porcelli, économiste en chef, États-Unis à RBC Marchés des Capitaux, SARL croit donc qu’il faut analyser d’autres types de données pour obtenir plus d’indications en temps réel au sujet de l’incidence possible de la COVID-19 sur l’économie intérieure. Il examine par exemple la circulation des véhicules et le nombre de déplacements en métro pour estimer le ralentissement des dépenses de consommation. À l’aide de ces données et de bien d’autres, il peut ensuite modéliser les tendances de consommation de la population américaine. Il s’attend à des retombées importantes à court terme sur la consommation, mais il croit qu’il s’agira justement d’un bref épisode qui se traduira par un trimestre de croissance négative du PIB.

Il y a toutefois une mise en garde. Si la propagation de la COVID-19 ne s’estompe pas d’ici au début de l’été, le risque de récession augmenterait de façon considérable.

La question de la COVID-19 n’est pas près de s’estomper

Qu’il y ait ou non récession, les inquiétudes suscitées par l’épidémie de la COVID-19 tempéreront probablement l’enthousiasme des investisseurs pendant des mois.

Nous pensons encore que si l’économie américaine évite une récession en 2020, les marchés boursiers des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de l’Europe et de l’Asie pourraient progresser sensiblement par rapport à leurs niveaux de correction d’ici à la fin de l’année.

Il faut cependant souligner que les risques de récession augmentent aux États-Unis dans un contexte où les entreprises et les personnes tentent de surmonter la crise de santé. Voilà qui accentue les perspectives de baisse et de volatilité accrues pour les actions à l’échelle mondiale.


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