empty podium with two microphones in front of american flag

Par Kelly Bogdanova, Frédérique Carrier, Jim Allworth

Comme si les péripéties de 2020 ne suffisaient pas, les résultats de l’élection présidentielle aux États-Unis sont retardés et dans un ou plusieurs États pivots, ils pourraient entraîner un second dépouillement et des conflits judiciaires.

Au moment de rédiger ces lignes, les écarts des voix entre Donald Trump et Joe Biden étaient serrés au Wisconsin, au Michigan et au Nevada. La Pennsylvanie et l’Arizona pourraient également être le théâtre de litiges judiciaires.

Pour l’instant, les marchés boursiers restent calmes. Les contrats à terme sur le S&P 500 et l’indice Dow Jones des valeurs industrielles ont modérément fluctué au cours de la nuit. Pendant les premières heures de négociation mercredi, les deux indices étaient à la hausse alors que la volatilité était réduite.

Les incertitudes électorales n’ont initialement provoqué aucun choc sur les marchés parce que les investisseurs institutionnels avaient pensé à une foule de scénarios postélectoraux, et ce, bien avant le jour du scrutin. Contrairement au suspense du duel Bush-Gore en 2000, le retard dans les résultats de 2020 n’a pris personne par surprise. Les chefs des deux camps politiques, dont le président des États-Unis et la présidente de la Chambre des représentants, avaient ouvertement parlé de scénarios électoraux peu orthodoxes.

Cela dit, la volatilité pourrait s’intensifier si les résultats n’étaient pas connus rapidement. Dans ce cas, l’issue du vote serait décidée par différents détours, à savoir un nouveau décompte des votes, des litiges devant les tribunaux sur le dépouillement ou la légalité de certains bulletins et la conclusion du vote par le Collège électoral, processus en plusieurs étapes prévu dans la constitution.

Le duel Bush-Gore : une analogie imparfaite

Il existe un seul exemple contemporain d’un tel scénario : la course extrêmement serrée entre George W. Bush et Al Gore en Floride lors des élections de 2000.

Sur fond de nouveau dépouillement, de controverses autour des bulletins de vote et de multiplication des poursuites des camps Bush et Gore devant les tribunaux fédéraux et de l’État, l’indice S&P 500 avait perdu 12 % entre le jour du scrutin et la mi-décembre, soit peu après que M. Gore eut reconnu sa défaite.

Cet épisode a beau être instructif, il ne reflète pas nécessairement le scénario qui pourrait se produire sur les marchés 20 ans plus tard. D’autres facteurs avaient alors amplifié la liquidation suscitée par le duel Bush-Gore. Par exemple, l’éclatement de la bulle des titres technologiques qui a commencé en 2000 a été en rétrospective un événement d’une importance historique pour le marché. De plus, le résultat extrêmement serré pour les deux candidats en Floride avait pris tout le monde par surprise, y compris les investisseurs. À notre avis, ce choc a intensifié la volatilité au point de précipiter l’indice en territoire de correction. Nous croyons que cette fois-ci, les marchés sont mieux préparés aux incertitudes électorales.

Les bonnes et les mauvaises impasses

Peu importe celui qui deviendra le prochain président, les résultats préliminaires indiquent un maintien du statu quo au Congrès : les républicains garderaient leur mainmise sur le Sénat, mais de peu encore une fois, et les démocrates conserveraient la Chambre des représentants. Cette division des pouvoirs prolongerait l’impasse législative.

Tout d’abord, nous croyons que même si M. Biden devenait président, les baisses d’impôt des particuliers et des sociétés décrétées par l’administration Trump en 2017 resteraient essentiellement en place pendant au moins les deux prochaines années de cette session législative.

En règle générale, mais pas toujours, les marchés boursiers privilégient les impasses. Les participants aux marchés réclamaient un autre vaste plan de relance budgétaire dans le contexte de la COVID-19 et commençaient à espérer des dépenses en infrastructures. Si le Congrès restait divisé, les projets de loi à ce sujet seraient probablement plus petits, autant par leur portée que par leur montant. De plus, les mesures de relance pourraient être reportées jusqu’à l’inauguration. Quant aux dépenses en infrastructures, elles ne seraient pas garanties.

Nous croyons toutefois qu’une impasse serait bien vue par certains secteurs. Par exemple, elle réduirait grandement les chances d’un resserrement de grande envergure de la réglementation pour les secteurs des combustibles fossiles, des soins de santé et de la finance. De plus, à notre avis, les secteurs des technologies et des services de communications risquent en général peu de se buter à un fardeau réglementaire important, mais à court terme, certaines sociétés continueront de passer au crible.

Les perspectives politiques ≠ les perspectives économiques

Nous croyons que même si cette présidentielle contestée se traduisait par une hausse de la volatilité, elle risque peu de changer la donne sur les marchés, et ce, peu importe celui qui siégera dans le Bureau ovale.

La machine est déjà en marche. Depuis les creux de récession provoqués par la COVID-19 au printemps dernier, l’économie et les bénéfices des sociétés se sont fortement redressés et nous croyons que malgré la remontée des taux d’infection, ces paramètres pourront encore progresser au cours des 12 prochains mois. Les responsables de la santé savent davantage comment traiter les personnes malades. Selon les experts médicaux, des régimes de traitement plus efficaces sont mis en œuvre actuellement, de nouveaux produits thérapeutiques sont dévoilés et les travaux sur les vaccins semblent progresser. De plus, le public commence à s’habituer aux problèmes logistiques découlant des risques et des restrictions liés à la COVID-19.

Malgré la volatilité associée à ces élections, nous croyons qu’il vaut mieux rester fidèle à ses plans de placement à long terme. L’économie américaine devrait revenir au niveau atteint avant la pandémie d’ici à 2022 et reprendre sa trajectoire de croissance antérieure en 2023, soit des délais beaucoup plus courts que ceux associés à la crise financière mondiale.


Déclarations exigées

Ressources pour les recherches

Déclaration sur les analystes qui ne sont pas américains : Déclaration sur les analystes qui ne sont pas américains : Jim Allworth, employé de RBC Dominion valeurs mobilières Inc., société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États‑Unis, ainsi que Frédérique Carrier, employée de RBC Europe Limited, société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États-Unis, ont participé à la préparation de cette publication. Ces personnes ne sont ni inscrites ni qualifiées en tant qu’analystes de recherche auprès de l’organisme américain Financial Industry Regulatory Authority (« FINRA ») et, comme elles ne sont pas associées à RBC Gestion de patrimoine, elles pourraient ne pas être assujetties au règlement 2241 du FINRA régissant les communications avec les entreprises visées, les apparitions publiques et les opérations sur valeurs mobilières dans les comptes des analystes de recherche.