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Par Kelly Bogdanova

La solide reprise de l’indice S&P 500 depuis le creux du 23 mars ne correspond pas nécessairement à ce qui se passe dans les portefeuilles d’actions diversifiés.

En effet, seule une poignée de titres d’un groupe restreint de secteurs a alimenté la croissance du marché, contribuant de manière considérable à la progression de l’indice.

Les cinq titres les plus importants du S&P 500 selon la valeur marchande (Facebook, Apple, Amazon, Microsoft et Alphabet [Google], désignés par le sigle FAAMG) ont été les principaux moteurs du rebond et ont généré la majeure partie des gains. Dix-huit autres titres ont aussi produit des rendements exceptionnels.

Une poignée de titres ont propulsé le S&P 500 à la hausse
Apport à la progression du S&P 500 en pourcentage, depuis le creux du 23 mars 2020
Apport à la progression du S&P 500 en pourcentage, depuis le creux du 23 mars 2020 graphique

27 % de la progression sont attribuables à 5 titres : GOOG (deux catégories d’actions), AAPL, MSFT, AMZN, FB

20 % de la progression sont attribuables à 18 titres : JNJ, UNH, PYPL, CVX, V, HD, NVDA, MA, ABT, PFE, XOM, ABBV, LOW, BMY, NKE, LLY, PG, PEP

53 % de la progression sont attribuables à 482 titres

Nota : Le S&P 500 compte actuellement 505 titres.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; données prises en compte jusqu’au 13 mai 2020.

À notre avis, l’écart de rendement entre les nombreux portefeuilles d’actions diversifiés et ces actions qui ont le plus contribué aux gains du S&P 500 se résorbera au fil du temps ; il faudra d’abord que le processus de creux et de reprise du marché soit bien engagé. Par la suite, les portefeuilles diversifiés devraient prendre la tête.

La part du lion

Le S&P 500 a pris 27,5 % depuis le creux du 23 mars et une part considérable de cette hausse, soit 27 %, est attribuable aux cinq sociétés du groupe FAAMG, qui jouent toutes un rôle de premier plan dans l’expansion de l’écosystème technologique. (Plus précisément, l’apport le plus important à l’envolée du S&P 500 est celui de Google ; Apple arrive au deuxième rang, suivie, dans l’ordre, de Microsoft, d’Amazon et de Facebook.)

Ces cinq titres représentent près de 21 % de la capitalisation boursière du S&P 500 ; leur apport de 27 % à l’appréciation des cours de l’indice s’avère donc disproportionné.

Le bond du S&P 500 est également en bonne partie attribuable à 18 autres titres plus diversifiés. Au total, cinq secteurs sur onze sont représentés dans ce groupe : les soins de santé, la technologie, la consommation discrétionnaire, l’énergie et la consommation de base. (Les symboles boursiers des titres sont indiqués sous le graphique de la page 1.)

La contribution de ces 18 titres est encore plus disproportionnée : ensemble, ils représentent environ 15 % de la capitalisation boursière du S&P 500, mais ils sont responsables de 20 % de l’essor observé depuis le 23 mars.

Les 482 autres actions qui ont composé le S&P 500 ces derniers mois ont produit le reste des gains, soit 53 %, enregistrés depuis le creux du 23 mars.

Étranges corrélations

La concentration de la reprise n’enlève rien à son ampleur. Après l’atteinte d’un creux dans un marché baissier, il n’est pas rare de voir quelques titres dominer le S&P 500 pour le tirer d’affaire, même si cela peut sembler déconcertant par rapport aux rendements d’un portefeuille d’actions diversifié.

En général, la reprise doit être mieux reconnue, plus solidement enracinée et bien éprouvée pour qu’elle touche une gamme plus vaste d’actions et de secteurs. Ce processus se produit habituellement à mesure que l’économie gagne en vigueur et en stabilité.

Ce premier redressement après le creux du marché baissier présente toutefois des aspects inhabituels. Non seulement les cinq titres les plus importants ont propulsé le marché à la hausse, mais ils représentent aussi une plus grande part de la capitalisation boursière du S&P 500 (valeur marchande en dollars) que d’habitude et affichent une plus forte corrélation les uns avec les autres.

Par exemple, les titres du groupe FAAMG comptent pour 21 % de la capitalisation boursière du S&P 500 ; leur poids au sein de l’indice est donc supérieur à celui des cinq titres les plus importants lors de la bulle technologique de mars 2000, une autre période de concentration du marché. À l’époque, Microsoft, Cisco Systems, General Electric, Intel et Exxon Mobil constituaient 18,2 % du S&P 500, selon Bloomberg Intelligence.

À première vue, l’écart de capitalisation boursière, de près de trois points de pourcentage, paraît négligeable. Toutefois, nous pensons qu’il est important puisqu’il est question de cinq titres seulement, alors que l’indice en compte 500 environ.

Fait encore plus troublant, la corrélation entre les titres du groupe FAAMG a récemment atteint un pic.

En 2013, il n’y avait pas de forte corrélation entre ces titres ; ils ne se négociaient donc pas souvent de façon similaire. La corrélation par paire était de +0,2, positive, mais assez faible (+1,0 est une corrélation positive parfaite ; -1,0 est une corrélation négative parfaite).

Quand le marché a atteint un sommet à la mi-février, la corrélation au sein du groupe FAAMG était de 0,52. Depuis, lors de la correction et du rebond qui a suivi, cette corrélation a grimpé à 0,78, comme le montre le graphique. Autrement dit, ces actions se sont souvent négociées de concert ; elles s’apprécient ou se replient simultanément, offrant ainsi peu de diversification.

Forte augmentation de la corrélation entre les cinq titres les plus importants du S&P 500 depuis la mi-février
Corrélation moyenne par paire de titres du groupe FAAMG sur période mobile d’un an
Corrélation moyenne par paire de titres du groupe FAAMG sur période mobile d’un an graphique

Sources : Bloomberg Intelligence, RBC Gestion de patrimoine ; données prises en compte jusqu’au 11 mai 2020.

Diversification disciplinée

D’après nous, l’écart de rendement entre les portefeuilles diversifiés et les titres qui contribuent le plus au S&P 500, soit le groupe FAAMG et les 18 autres titres, s’estompera largement de lui-même à moyen et à long terme.

Les portefeuilles d’actions diversifiés n’ont pas de répartitions asymétriques : ils comprennent plusieurs positions sur des actions ou des fonds dans un large éventail de secteurs, de capitalisations et de marchés ayant des corrélations et des paramètres de risque différents. Nous restons d’avis qu’il s’agit de la manière la plus prudente de gérer le risque des portefeuilles d’actions à long terme. Cette approche a tendance à atténuer la volatilité et réduit la probabilité qu’un seul titre ou un petit groupe de titres (ou un sous-secteur) nuise gravement aux rendements globaux des portefeuilles d’actions.

Le marché continue de s’éloigner du creux atteint en raison de la COVID-19 – période qui peut encore comprendre de la volatilité baissière comme nous l’avons vu lors des dernières séances – et il finira par reprendre une trajectoire haussière durable. Nous pensons que la reprise s’étendra alors à d’autres titres que ceux du groupe FAAMG et des 18 autres titres responsables du récent boum. En fin de compte, elle devrait favoriser les portefeuilles d’actions diversifiés.


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