oil pipeline in industrial district with factories at dusk

Par Michael Tran

En ce début de 2019, où les sujets chauds sur le marché pétrolier mondial ne manquent pas, Michael Tran, premier directeur général et stratège en produits de base de RBC Marchés des Capitaux, SARL, examine ce qui attend l’or noir cette année. Il donne son avis sur les risques et les catalyseurs qui, d’après lui, dicteront l’évolution des marchés, la manière dont le stade avancé du cycle économique influera sur la demande et en quoi consiste la principale menace qui plane sur les marchés.

À votre avis, à quoi ressemblera le marché du pétrole mondial au cours de la prochaine année ?

Cette année, nous nous attendons à un équilibre délicat entre l’offre et la demande mondiales et à ce que le marché fluctue en fonction de l’un ou l’autre de ces deux pôles. Cela tranche avec la période de volatilité extrême des dernières années lorsque le marché devait composer avec des épisodes de surabondance et d’offre insuffisante. Même si plusieurs éléments sont en jeu, la décision de l’OPEP, en dépit d’une pression politique sans précédent, devrait renforcer la confiance des investisseurs, du fait de son engagement à rétablir l’équilibre sur le marché. Si cet objectif suffit à raviver la confiance des investisseurs craintifs demeure le sujet du jour. Du fait de la combinaison d’une gestion active du marché, d’une offre hors OPEP convenable, de préoccupations macroéconomiques générales et d’une baisse de la confiance chez les investisseurs, nous prévoyons des cours favorables, très loin cependant d’une envolée hors de contrôle. Nous nous attendons à ce que les barils de WTI et de Brent se chiffrent en moyenne à 60 $ et à 68 $, respectivement, cette année. Même s’il ne manque pas de sujets chauds, ces derniers allant de la politique de l’OPEP par rapport à la politique de l’Organisation maritime internationale (OMI) en passant par le rôle des exportations du pétrole des États-Unis quant à la réorientation du commerce mondial, cette année pourrait être celle où les cours évolueront en dents de scie pendant de courtes périodes sans donner d’indications pertinentes quant à leur direction à long terme.

Scénarios optimiste, pessimiste et de base pour le prix du baril de WTI
Prix par baril
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Antécédents du WTI

Scénario optimiste : 69 $ (25 %)

Scénario de base : 60 $ (probabilité de 50 %)

Scénario pessimiste : 43,50 $ (25 %)

Nous prévoyons des cours favorables, très loin cependant, d’une envolée hors de contrôle, le prix du baril de WTI se chiffrant en moyenne à 60 $ pour 2019.

Sources : RBC Marchés des Capitaux, Bloomberg ; données au 13 décembre 2018

Entre l’OPEP, les guerres commerciales, la négociation technique et les craintes d’une récession imminente, il y a une foule de facteurs de risque sur le marché. Y a-t-il d’autres facteurs de risque globaux qui méritent d’être surveillés ?

Le positionnement des investisseurs est important ! Nous plaçons la récente baisse des prix du pétrole sous le signe de la survente et définissons nos perspectives pour 2019 comme étant modérément optimistes, dépendantes de l’OPEP et fortement axées sur le risque de baisse. Cependant, le défilé des arbitragistes axés sur les paramètres fondamentaux se consacrant au secteur de l’énergie qui ont quitté le marché soulève une problématique structurelle qui nuit à l’interprétation que font les investisseurs de l’information qui leur est transmise. Comme nous l’avons mentionné, l’OPEP+ a indiqué qu’elle défendrait un prix plancher. Cependant, la récente baisse des prix est un excellent rappel que la confiance des investisseurs, la politique énergétique du gouvernement et les données fondamentales du marché peuvent toutes subir des bouleversements importants pendant des périodes extrêmement brèves. Les positions acheteur des investisseurs sur le pétrole de référence WTI demeurent à leurs plus bas niveaux en plusieurs années. Par ailleurs, même si les positions vendeur se multiplient au cours des récentes semaines, la position vendeur globale est loin des sommets qu’elle a atteints au cours des années précédentes. Autrement dit, la couverture des positions à découvert n’aura pas une incidence aussi importante que par le passé et qu’il reviendra, de ce fait, aux optimistes de faire la majeure partie du travail pour tirer les prix à la hausse.

Contrats à terme et options gérés sur le WTI
Milliers de contrats
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Positions acheteur des investisseurs

Positions vendeur des investisseurs

Les positions vendeur sont en deçà des sommets précédents, ce qui porte à croire que les investisseurs optimistes sur le marché du pétrole seront nécessaires pour tirer les prix du pétrole brut à la hausse.

Sources : RBC Marchés des Capitaux, CFTC, Bloomberg ; données prises en compte jusqu’au 18 décembre 2018

Quels sont les catalyseurs de mouvement haussier à surveiller ?

Les coupures d’approvisionnement dans les zones géopolitiques névralgiques demeurent un danger manifeste pour un marché qui est devenu complaisant à l’égard du risque de perturbation. Les futures élections au Nigeria et les récents bouleversements en Libye sont autant de rappels importants que nous pouvons assister à des problématiques graves, mais passagères, contrairement aux coupures d’autres régions comme le Venezuela, qui sont de nature structurelle. Dans le même ordre d’idées, le marché évolue comme si le pire scénario pour l’Iran avait déjà eu lieu. Or, il ne faut toutefois pas oublier que même si la production en Iran a déjà baissé d’environ 700 milliers de barils par jour par rapport au printemps, le 4 novembre, loin d’être la fin des sanctions, a plutôt marqué leur entrée en vigueur.

Compte tenu des préoccupations quant au stade avancé où nous sommes rendus dans le cycle économique, quelle place accordez-vous aux questions macroéconomiques générales dans vos observations sur la demande de pétrole ?

Malgré les gros titres faisant état d’un ralentissement de la conjoncture macroéconomique mondiale, nous anticipons, pour cette année, une croissance de la consommation de pétrole relativement stable et inchangée de près de 1,2 million de barils par jour. La croissance de la demande à l’échelle mondiale s’est chiffrée en moyenne à un solide taux annualisé de 1,5 million de barils par jour depuis l’effondrement des prix du pétrole en 2014. Au cours de cette période, la croissance de la demande de pétrole des pays membres de l’OCDE a représenté un taux annualisé de 475 milliers de barils par jour, soit presque le tiers de la croissance mondiale. Au cours de la dernière année, la demande des pays développés s’est révélée inférieure à 270 milliers de barils par jour et nous percevons peu de facteurs qui pourraient mettre fin à ce ralentissement au cours des années à venir. Trois piliers sous-tendant la croissance de la consommation de pétrole sont apparus au cours des années qui ont suivi la chute des prix du pétrole, soit les États-Unis, l’Europe et les pays émergents de l’Asie. La consommation des États-Unis étant presque au maximum de sa capacité et l’Europe s’apprêtant à connaître sous peu d’autres replis, nous pensons qu’il ne restera bientôt plus que les pays émergents d’Asie comme seuls contributeurs d’importance à la croissance de la demande de pétrole. La vérité est que la demande de pétrole des pays membres de l’OCDE a culminé il y a dix ans, avant la crise financière, et que les gains en efficacité continueront d’affaiblir la demande de pétrole de ces pays. De manière générale, nous sommes d’avis qu’il est possible, au final, de ramener le moteur de la croissance de la demande de pétrole à l’échelle mondiale à la Chine, à l’Inde et au reste des pays émergents d’Asie. Ce sous-ensemble de pays représente presque les deux tiers de la croissance mondiale à ce jour depuis les dix dernières années. Ce risque de concentration présente un profil de risque asymétrique à la baisse.

À quel point la montée des véhicules électriques est-elle préoccupante pour le futur de la demande de pétrole ?

Prenons l’exemple de la Chine. La Chine représente à la fois le chef de file mondial de la croissance de la demande de pétrole et le marché automobile à la plus forte progression au monde, y compris sur le plan des ventes de véhicules électriques. Les ventes de véhicules électriques sont effectivement à la hausse en Chine et ont tout récemment constitué environ 6 % des ventes de véhicules totales. Fait à noter, toutefois, les ventes de véhicules électriques sont à la hausse, mais celles des VUS le sont aussi. De fait, alors que les ventes de VUS représentaient 7 % du total des ventes de véhicules en Chine en 2010, elles ont depuis augmenté pour se chiffrer à 35 %. Cela signifie que chaque kilomètre conduit de plus en Chine a une intensité énergétique plus élevée que jamais auparavant. Simplement dit, les véhicules électriques sont plus nombreux, mais les véhicules énergivores le sont aussi.

Le passage général à l’énergie électrique est certainement préoccupant pour la demande de pétrole, mais la portée de cette question va au-delà des automobiles. Par exemple, il y a certaines grandes villes en Chine, comme Shenzhen, où le parc d’autobus a été entièrement converti à l’énergie électrique sur une période de quatre ans. À notre avis, une des plus grandes menaces envers l’évolution actuelle de la croissance de la demande de pétrole en Chine est l’immigration de masse vers des régions offrant des options de transport en commun électrique à grande échelle. L’évolution de la demande de pétrole est redéfinie par la politique du gouvernement chinois.

Quelle est la plus grande menace pour le marché du pétrole cette année ?

À notre avis, le plus grand risque de baisse potentiel pour le marché mondial du pétrole cette année n’est pas lié au pétrole brut, mais bien à l’essence et le point de départ de cette problématique se trouve en Chine. Même si, d’après nous, on se fiera au géant asiatique pour, une fois de plus, soutenir le marché du pétrole cette année, un paradoxe demeure. D’abord, la production des raffineries en Chine est supérieure de 8 % d’une année à l’autre, hausse qui a joué un rôle clé dans l’absorption des réserves mondiales de pétrole brut, qui auraient été autrement difficiles à écouler sur les marchés. En revanche, la production des raffineries lourdes a donné lieu à un marché national de l’essence surapprovisionné. Ralentir la production des raffineries permettrait de se débarrasser de l’excédent d’essence, mais accroîtrait en contrepartie les réserves déjà trop abondantes de pétrole brut. Sinon, maintenir le débit actuellement élevé des raffineries ferait augmenter la quantité des réserves de carburant, qui sont déjà en train de tirer les marchés vers le bas, et pourrait donner lieu à un effet d’entraînement qui ferait en sorte que la surabondance d’essence que l’on observe en Orient finirait par se répercuter sur l’Occident et donner lieu à une baisse sur le marché du pétrole en raison d’une offre excédentaire du produit raffiné.

Équilibre entre l’offre et la demande de pétrole à l’échelle mondiale
Millions de barils par jour
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Surapprovisionnement

Sous-approvisionnement

Sources : RBC Marchés des Capitaux, Petro-Logistics SA, Agence internationale de l’énergie, Energy Information Administration des États-Unis, initiative commune d’organisations en matière de données, données publiées par les sociétés et les gouvernements


Déclarations exigées

Ressources pour les recherches