Narrowing road along coast sunset

Par Thomas Garretson, CFA

Les marchés ont traversé une crise passagère cette semaine, le procès-verbal de la réunion du 27 et du 28 avril de la Réserve fédérale ayant révélé que « plusieurs participants » étaient prêts à discuter de plans de réduction des achats d’actifs de la Fed lors de réunions à venir, si l’économie continue à se redresser rapidement.

Bien que plusieurs observateurs ne soient pas surpris – avec raison, à notre avis – qu’on discute de la possibilité de diminuer les mesures d’assouplissement, cette révélation s’oppose aux récents commentaires du président de la Fed, Jerome Powell, selon lesquels la question ne s’était même pas encore posée. C’est ce qui a peut-être causé la consternation des marchés.

Ainsi, les marchés étant déjà un peu à cran en raison des craintes persistantes d’inflation, le débat concernant la diminution de l’aide présentera-t-il un autre risque pour les investisseurs au cours des prochains mois ? Après tout, les nouvelles émanant de la Fed cette semaine sont dans la foulée de mesures récemment prises par la Banque du Canada et la Banque d’Angleterre pour amorcer le processus, sous diverses formes, de réduction de leurs programmes d’achat d’actifs.

Comme c’est habituellement le cas avec les marchés, le principal enjeu consiste à déterminer ce dont ils tiennent compte ou non. Il est difficile de prévoir ce qui fera consensus à propos des attentes de retrait de l’aide de la Fed, mais le sondage de la Federal Reserve Bank de New York mené auprès des participants au marché nous fournit peut-être le meilleur scénario de base.

Comme l’illustre le graphique, le sondage mené en mars révèle que la majorité des répondants s’attendaient à ce que les achats d’obligations du Trésor de la Fed, à hauteur de 240 milliards de dollars trimestriellement, se poursuivent jusqu’à la fin de l’année, avant de passer à 205 milliards de dollars au premier trimestre de 2022, puis à 160 milliards de dollars au deuxième trimestre, pour ultimement cesser avant la fin de l’année. Le processus de hausse des taux d’intérêt devrait donc commencer en 2023.

Le scénario de base du retrait de la Fed : amorce de la réduction des achats au début de l’année prochaine et début du relèvement du taux à la fin de 2023
Chart of Fed's survey results

Le graphique indique les résultats d’un sondage d’une Federal Reserve Bank des États-Unis concernant le processus prévu de réduction des achats d’actifs de la Fed au cours de 2022, puis celui de la première hausse de taux à la fin de 2023.


Achats d’obligations du Trésor de la Fed par trimestre (g.)

Taux des fonds fédéraux (dr.)

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg, sondage mené en mars par la Federal Reserve Bank de New York auprès des participants au marché.

Jerome Powell a été catégorique : les marchés seront informés amplement à l’avance des plans de la Fed. Les discussions devraient reprendre lors de la réunion de la banque centrale qui se tiendra les 15 et 16 juin, mais nous ne nous attendons à aucune annonce officielle avant que l’été tire à sa fin. Si la Fed réagit plus tôt que ne l’indiquent actuellement les prévisions générales, la volatilité des marchés pourrait augmenter, ce que nous croyons toujours que la Fed souhaite éviter, compte tenu de l’incertitude entourant la trajectoire de la reprise économique.

Si les banques centrales font marche arrière, devriez-vous faire de même ?

Tandis que les marchés attendent les réunions de la Fed en juin pour obtenir des indices de l’évolution de la politique, ils prêtent aussi l’oreille aux rumeurs voulant que la Banque centrale européenne soit aussi sur le point de réduire ses achats, puisque la progression de la vaccination en Europe suscite de l’optimisme et que les prévisions de croissance régionale s’améliorent. Une telle orientation ouvrirait la voie à une certaine diminution de l’aide d’au moins quatre grandes banques centrales du monde.

Comme l’illustre le graphique, il semble y avoir une corrélation entre le cours des actions mondiales et le bilan des principales banques centrales du monde. Nous maintenons toutefois que l’importance accordée à ce lien est exagérée et que la réduction de l’intervention des banques centrales ne pose pas nécessairement un risque pour les actifs à risque comme les actions et les obligations de sociétés. Il convient toutefois de garder cela en tête.

La planification par les banques centrales de leur retrait pose-t-elle un risque pour les marchés ?

Le graphique montre qu’il existe une corrélation élevée entre l’ampleur des bilans des principales banques centrales et l’indice des actions mondiales.


Bilans des banques centrales du G4 (g.)

Indice MSCI Monde (dr.)

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; les banques centrales du G4 sont la Réserve fédérale (États-Unis), la Banque centrale européenne, la Banque du Japon et la Banque d’Angleterre.

Le lien sous-jacent réel entre les actions et le bilan des banques centrales s’est révélé au mieux ténu au fil des ans. La dernière fois que les marchés américains ont dû faire face aux craintes que la Fed ne mette fin à ses achats d’actifs a eu lieu à la fin de 2014 ; même si plusieurs craignaient alors que cela plombe la reprise des marchés, le S&P 500 a généré des rendements de plus de 30 % de 2015 à 2018. De même, à la fin de 2017, lorsque le bilan de la Fed a commencé à se contracter, les actifs à risque ont continué de dégager de solides rendements dans l’ensemble.

Jouer de prudence

En définitive, et quelle que soit la vigueur de la reprise mondiale au sortir de la pandémie, nous sommes d’avis que les banques centrales ne donneront pas un coup de barre de sitôt. Même si la Fed met effectivement fin à ses achats d’actifs d’ici la fin de l’année prochaine, elle continuera sûrement à réinvestir les intérêts courus et à renouveler les obligations arrivant à échéance, maintenant ainsi son bilan équilibré, comme ce fut le cas de 2015 à 2017. Nous ne nous attendons pas à une liquidation d’obligations.

Dans la foulée de la crise financière mondiale, les banques centrales ont appris que le coût d’un retrait hâtif des mesures d’assouplissement peut être beaucoup plus élevé que celui d’un retrait tardif. Rien ne l’illustre mieux que l’augmentation des taux d’intérêt en 2011 par la Banque centrale européenne, qui a presque immédiatement dû revenir sur sa décision, épisode qui a culminé par la fixation de taux directeurs négatifs à peine quelques années plus tard.

Les banques centrales sont peut-être en train d’élaborer leurs plans de retrait, et les risques de mauvaises nouvelles à ce sujet augmenteront sûrement au cours des mois à venir, mais nous croyons que les investisseurs peuvent s’attendre à ce que l’ampleur du soutien monétaire ne faiblisse pas dans un avenir raisonnable.


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