group of millennials taking selfie on bikes in european street

Alors que la décennie en cours tire à sa fin, trois générations des plus différentes se rapprochent d’étapes cruciales de leur vie : les aînés de la génération X – ceux qui sont nés entre le début et le milieu des années 1960 – auront bientôt droit à certaines prestations gouvernementales ; les milléniaux sont devenus la plus importante cohorte sur le marché du travail (les plus vieux d’entre eux auront bientôt 40 ans), tandis que les membres les plus âgés de la génération Z – ceux qui sont nés après l’an 2000 – arrivent à l’âge adulte et s’apprêtent à assumer les responsabilités qui y sont associées.

Pendant ce temps, aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada, on s’attend à ce qu’un montant sans précédent de 4 000 milliards $ US fasse l’objet d’un transfert intergénérationnel au cours de la prochaine génération, ce qui représente le plus important transfert de patrimoine de l’histoire, selon un rapport de RBC Gestion de patrimoine.

À la lumière de ce contexte de jalons générationnels, que nous réserve l’avenir de la gestion de patrimoine ? Plus tôt cet automne, EnsembleCO, qui offre des conférences à l’intention des leaders, penseurs, créateurs et entrepreneurs de demain, a organisé un panel diversifié composé d’experts et de commentateurs de la génération Z et du millénaire dans le but d’explorer cette question.

Préparation d’une génération compétente sur le plan financier

« Quand vous parlez d’avenir, vous parlez de plusieurs générations à la fois », affirme Jaclyn Hodsworth, 18 ans, étudiante de première année en arts et sciences à l’Université McMaster et jeune ambassadrice d’UNIS. Selon Mme Hodsworth, qu’il s’agisse d’économie ou de politique, les différentes générations doivent travailler de concert et viser des objectifs communs. Elle constate toutefois que, jusqu’à maintenant, les membres de sa génération ont en grande partie été exclus de la discussion en raison de leur âge.

Pourtant, les cohortes comme celle à laquelle elle appartient sont maintenant assez vieilles pour voter et pour demander une carte de crédit, souligne-t-elle. Elle croit donc que l’influence que sa génération exercera à l’avenir mérite de faire l’objet d’un examen et de discussions plus approfondis.

Pour sa part, Angela De La Cruz, une panéliste milléniale de 24 ans, confie que ses parents lui ont toujours conseillé de mettre de l’argent de côté, sans toutefois lui expliquer pourquoi ni lui indiquer comment s’y prendre.

« Je ne sais pas comment investir. Je dois l’apprendre, pour assurer mon avenir et me constituer un patrimoine qui "s’auto-génère " , à défaut d’un meilleur terme, afin que je puisse continuer de m’adonner à mes passions », précise Mme De La Cruz, une formatrice certifiée, qui est également danseuse, chorégraphe et maquilleuse. « J’espère ne pas prendre ma retraite à 65 ans, parce ce que j’adore mon travail. »

a panel of generation z and millennial commentators ensembleCO conference

Mme Hodsworth croit que les membres de sa génération devraient être mieux conseillés quant à la façon de se préparer pour l’avenir et que les parents devraient parler ouvertement avec leurs enfants de gestion, de placement, d’épargne et d’impôts, entre autres.

Mais la communication entre les générations est parfois difficile. Les générations ont souvent des objectifs et des points de vue divergents en ce qui concerne les façons de définir et d’évaluer la richesse.

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Un sondage mené par The Economist Intelligence Unit (EIU) à la demande de RBC Gestion de patrimoine indique que malgré les différences générationnelles, elles ont plus de choses en commun que ne le réalisent la plupart des gens. En effet, la sécurité, la qualité de vie, la liberté et la santé viennent en tête de ce que chaque génération qualifie de « richesse », et ce, sans égard à l’âge.

L’éducation et l’écart de richesse générationnel

« En matière de patrimoine, l’avenir est d’abord et avant tout inégal », explique l’animateur Dan Coates, président et cofondateur de Ypulse, une firme de recherche de New York axée sur la culture des jeunes.

Selon lui, les milléniaux – les personnes nées entre les années 1980 et 2000 – du Canada se portent bien dans l’ensemble et se débrouillent mieux que leurs pairs américains, par exemple. Toutefois, en ce qui concerne la distribution du patrimoine, il existe toujours une énorme disparité entre les tranches supérieure et inférieure de 10 % en termes de croissance du patrimoine entre 1995 et 2017, ajoute-t-il.

Ainsi, au Canada, 57 % de la richesse nationale est concentrée dans la tranche supérieure de 10 %, explique dans sa présentation Dawn Desjardins, vice-présidente et économiste en chef déléguée à RBC Banque Royale. Et la tranche supérieure de 1 % détient environ 25 % de la richesse. Aux États-Unis, l’écart est encore plus frappant : la tranche supérieure de 10 % détient en effet 76 % de la totalité des avoirs de l’économie américaine.

« Il y a donc une immense richesse au sommet, précise Mme Desjardins. Lorsqu’il est question de richesse et d’éducation, il ne fait aucun doute que le fait d’avoir poursuivi des études ouvre la voie à la constitution d’un patrimoine et à la capacité de subvenir à ses besoins. »

Tout dépend bien sûr du domaine d’études choisi. M. Coates évalue à 3,4 millions de $ US l’écart salarial entre les postes les plus et les moins rémunérateurs obtenus tout au long de sa vie professionnelle après l’obtention d’une majeure. « L’inégalité est donc encore plus flagrante », constate M. Coates.

Mais certains membres de la génération Z commencent à voir l’éducation sous un autre angle, affirme-t-il. « Ils commencent à s’interroger sur le bien-fondé des études – les enfants de la génération Z remettent en question l’importance de l’éducation. »

L’importance croissante de l’impact social

Mme Noushad, qui siège également au conseil d’UNIS, affirme avoir abandonné ses études à l’Université de Toronto pour pouvoir travailler comme gestionnaire de communauté auprès de The Knowledge Society. Ce programme de formation accéléré utilise les technologies émergentes pour aider les jeunes adultes à résoudre certains des problèmes les plus complexes et les plus pressants.

« Ma génération se soucie du monde qui l’entoure. Il s’agit réellement d’un mouvement qui prend de l’ampleur », ajoute Mme Noushad. « Je trouve mon travail très motivant. Je viens d’abandonner mes études à l’Université de Toronto pour faire quelque chose que j’aime. »

En ce qui concerne l’impact social, les cohortes de la génération Z ne sont pas si différentes des milléniaux qui les ont précédées. « La philosophie des deux générations est à bien des égards comparable – elles investissent en fonction de leurs valeurs », ajoute Mme Hodsworth.

Par exemple, selon le rapport de recherche Patrimoine montant de l’EIU, un grand nombre de milléniaux fondent leur processus de prise de décision sur la responsabilité sociale.

« Réfléchissez un peu à l’impact que vous voulez avoir avec vos placements… vous vous attendez à ce qu’une entreprise vous offre un rendement financier, mais vous exigez aussi qu’elle réalise certains progrès sur le plan social ou environnemental, qu’elle se comporte comme une entreprise citoyenne responsable... il s’agit d’un élément que les milléniaux ont particulièrement à cœur, ajoute Mme Desjardins.

Et en ce qui a trait à la philanthropie, Mme Desjardins affirme que les femmes, en particulier, veulent constater un impact mesurable. En fait, le sondage Patrimoine montant a révélé que 80 % des femmes de la génération du millénaire souhaitent faire le suivi de leurs dons de bienfaisance et savoir comment leur argent sera dépensé, contre 56 % des baby-boomers.

Les jeunes femmes grimpent les échelons de la richesse

Selon les données présentées par Mme Desjardins et M. Coates, les femmes gèrent une plus grande part du patrimoine à l’échelle du Canada, en plus de prendre davantage de décisions financières au sein de leur ménage et de leur famille.

« L’avenir sera massivement centré sur les femmes », dit M. Coates. Aux États-Unis, il y a 2,6 millions plus de femmes que d’hommes qui vont au collège ou à l’université ; par ailleurs, depuis 1995, plus de femmes que d’hommes poursuivent des études postsecondaires, précise-t-il.

« Ce chiffre augmente depuis de nombreuses années ; les femmes sont maintenant plus instruites que les hommes », affirme M. Coates.

Il ajoute également les données suivantes :

  • Au Canada, 94 % des femmes ont obtenu leur diplôme d’études secondaires, contre 88 % des hommes.
  • Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à décrocher un diplôme d’études collégiales ou universitaires.
  • Aux États-Unis, 70 % des étudiants qui prononcent le discours d’adieu sont des femmes.
  • Au Canada, selon certaines prévisions, les femmes posséderont 48 % de la richesse au pays d’ici quelques années.
  1. Coates reconnaît qu’il ne faut pas confondre ces chiffres avec les données relatives à l’égalité entre les sexes, et qu’il reste encore beaucoup de travail à faire à cet égard.

« Les femmes ont besoin de modèles, et elles doivent, tôt dans la vie, être en mesure de s’imaginer dans ces rôles », précise-t-il. Il observe également que les milléniaux sont plus disposés à échanger les rôles traditionnels des deux sexes ; ainsi, ils trouvent tout à fait acceptable qu’une femme gagne plus que son conjoint, ou que l’époux soit un homme au foyer.

Les générations plus âgées commenceront à réfléchir au transfert de leur patrimoine au cours des prochaines années, et les jeunes panélistes ont formulé plusieurs points de vue qui nous portent à croire que la plus jeune génération est impatiente d’être financièrement indépendante, bien renseignée et sérieuse.

« Je veux gérer mon argent moi-même depuis que je suis toute petite, même si je ne savais pas ce que cela signifiait à l’époque. D’ailleurs, j’essaie toujours de le découvrir » conclut Mme De La Cruz.

Malgré les défis et les préoccupations associés à l'écart de richesse grandissant, le panel laisse entendre qu’un certain idéalisme sous-tend l’avenir de la gestion du patrimoine, particulièrement lorsqu’il sera entre les mains de la plus jeune génération.

« Les jeunes générations veulent réellement changer les choses – sur le plan social – avec leurs placements et leurs dons de bienfaisance, ajoute Mme Desjardins. « Elles se perçoivent réellement davantage comme des citoyens du monde. »