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Par Kelly Bogdanova et Jim Allworth

  • Selon un sondage réalisé par RBC Marchés des Capitaux, le scrutin de cette année préoccupe les investisseurs institutionnels plus que tout autre sujet.
  • Les récessions nuisent aux partis politiques sortants. Lors des sept dernières élections présidentielles qui se sont déroulées dans un contexte de récession, le parti à la Maison-Blanche a changé cinq fois.
  • Pour ces élections, nous envisageons trois scénarios auxquels les investisseurs devraient prêter attention : le statu quo avec Trump et un Congrès divisé, Biden et un Congrès divisé ou une « vague bleue » qui donnera aux démocrates le contrôle de la présidence et des deux chambres du Congrès. Ces scénarios pourraient avoir des répercussions différentes sur l’économie, les marchés, les secteurs d’activité et les structures fiscales.
  • Le scénario « vague bleue », qui prévoit notamment la fin de l’obstruction systématique, serait le plus éprouvant pour le marché des actions.
  • Mais serait-il pour autant catastrophique ? Il pourrait conduire à une certaine volatilité, voire à un délestage massif, mais nous doutons qu’il perdure puisque les freins et contrepoids officiels et non officiels du système américain agissent comme des garde-fous contre d’éventuels changements politiques radicaux.
  • Un des garde-fous auxquels on ne pense pas nécessairement est le lobby des entreprises, dont on ne devrait pas sous-estimer le pouvoir et la créativité. Nous pensons que les intérêts des entreprises (qui rejoignent ceux de nombreux investisseurs) continueront d’être largement pris en compte, quel que soit le résultat des élections.

L’angoisse des élections et après

On peut affirmer sans hésiter que les élections aux États-Unis sont un sujet qui suscite beaucoup d’opinions et d’émotions.

L’inquiétude semble gagner la sphère des investisseurs qui, quelles que soient leurs allégeances politiques, redoutent une issue du scrutin aux conséquences négatives, voire néfastes, pour les marchés financiers.

Aux États-Unis, l’élection présidentielle polarise la population depuis de nombreuses décennies, en particulier lorsque les programmes des candidats concernant la fiscalité ou d’autres sujets brûlants présentent des différences marquées, comme c’est le cas cette année. Il n’y a là rien de nouveau – les élections peuvent être lourdes de conséquences.

Par contre, on remarque aujourd’hui d’importantes divergences d’opinions parmi les investisseurs en ce qui a trait aux résultats possibles de l’élection. Les décisions touchant leur portefeuille risquent donc d’être influencées, voire dictées par les émotions. En 2016, l’élection avait aussi suscité de fortes émotions, mais ces dernières semblent encore plus présentes cette fois-ci.

Le présent article est le deuxième d’une série intitulée « Élections américaines et marchés ». Dans ce numéro, nous amorçons l’analyse des principaux enjeux politiques qui revêtent une importance pour les marchés financiers à la lumière des trois résultats les plus plausibles du scrutin. Nous nous penchons aussi sur les importants freins et contrepoids du système américain dans le contexte de politiques susceptibles d’avoir une incidence sur le monde des placements.

Pourcentage des investisseurs institutionnels qui sont inquiets à l’égard des enjeux suivants
Résultats fondés sur un sondage de RBC Marchés des Capitaux
Résultats fondés sur un sondage de RBC Marchés des Capitaux graphique

Nota : Les questions du sondage offraient un choix de trois réponses : Êtes-vous « inquiet », « pas inquiet » ou « ni l’un ni l’autre » ? Les pourcentages indiqués représentent les répondants qui se sont dits « inquiets ».

Source : Stratégie sur actions américaines, RBC Marchés des Capitaux ; sondage effectué à la fin de juin 2020.

En quoi l’élection de 2020 se distingue-t-elle des autres ?

Certaines caractéristiques sont inhabituelles, d’autres le sont moins. Le contexte de récession et de pandémie influe sur les programmes des candidats.

Les élections présidentielles qui coïncident avec une récession sont plus fréquentes qu’on pourrait le croire. Au cours des 100 dernières années, sept élections présidentielles sur 25 se sont déroulées sur un fond de récession ayant duré au moins une partie de l’année.

Les élections américaines ont souvent fait office de référendums sur l’économie ; c’est la raison pour laquelle les récessions ont nui au parti du candidat sortant. Depuis 1920, dans les sept cas où une récession a eu lieu au cours de l’année électorale, le parti au pouvoir a été évincé de la Maison-Blanche cinq fois ; la dernière fois, c’était lors de la grande récession de 2008.

Pour bien comprendre les répercussions possibles de la pandémie de COVID-19, il faut se reporter au précédent historique offrant la meilleure analogie, soit la grippe espagnole, une pandémie qui a pris naissance au début de 1918 et qui a duré jusqu’au printemps 1920. L’incidence de cette pandémie est difficile à évaluer, en raison des autres perturbations économiques de l’époque et du fait qu’elle a commencé aux derniers stades de la Première Guerre mondiale. Signalons toutefois que l’économie américaine a plongé en récession vers la fin de la pandémie, en janvier 1920, pour en sortir l’année suivante. Le parti démocrate alors au pouvoir a perdu la Maison-Blanche en 1920.

Aucune de ces données n’est suffisante pour servir de fondement aux décisions de placement actuelles. Elles sont trop peu nombreuses pour être significatives sur le plan statistique, et chaque épisode a ses propres caractéristiques. Les récessions passées méritent toutefois d’être prises en considération.

Élections : scénarios et principaux enjeux

À notre avis, les investisseurs devraient se concentrer sur les trois résultats possibles du scrutin ; chacun d’eux pourrait avoir une incidence différente sur l’économie, les marchés, les secteurs et les structures fiscales.

Statu quo – Victoire de Trump et Congrès divisé :

Le président Donald Trump est réélu et le rapport de force au sein du Congrès reste le même : les démocrates dominent la Chambre des représentants et les républicains conservent le contrôle du Sénat, grâce à une faible majorité.

  • Principales initiatives : Jusqu’à présent, Donald Trump tient un discours comparable à celui livré en 2016 et il met l’accent sur les politiques adoptées depuis. Voici ses priorités s’il était réélu : stimuler la croissance de l’économie et la création d’emplois ; déréglementer le milieu des affaires ; restreindre l’immigration et poursuivre la construction du mur à la frontière avec le Mexique ; faire adopter un projet de loi sur les infrastructures ; conclure des accords commerciaux bilatéraux, et non multilatéraux, dans le cadre d’une politique commerciale légèrement protectionniste ; imposer des sanctions économiques en vue de limiter la capacité des entreprises de pays rivaux d’intervenir dans des secteurs mondiaux clés ; affronter la Chine.
  • Intensification de la pression sur la Chine : Donald Trump s’est montré plus ferme à l’égard de la Chine depuis la ratification de l’accord commercial bilatéral à la fin de 2019 et le début de la pandémie de COVID-19. Selon certains observateurs, il s’agirait tout simplement d’une tactique utile en cette année électorale. Toutefois, le secrétaire d’État, le conseiller à la sécurité nationale, les responsables du Pentagone, le procureur général, le directeur du FBI et certains sénateurs républicains ont récemment adopté une attitude hostile à l’égard de la Chine. Selon nous, l’ensemble de leurs allocutions, documents de politiques et mesures dépasse largement la rhétorique d’une année électorale. Ils semblent à tout le moins jeter les bases de la politique du parti républicain.

Nous croyons qu’un deuxième gouvernement Trump chercherait de nouveau à exercer des pressions sur la Chine au moyen de politiques et sanctions économiques, et qu’il tenterait d’influer sur les questions intérieures de la Chine grâce à des initiatives géopolitiques et stratégiques. Rien ne permet d’affirmer que la Chine céderait sous les pressions américaines : en fait, les dirigeants du pays ripostent déjà méthodiquement et calmement. À la fin de juillet, le chef de la direction du Conseil Atlantique, un groupe de réflexion de l’OTAN, a déclaré sur les ondes de CNBC que l’issue de cette rivalité se déciderait au terme de décennies et non de mandats présidentiels.

Si les confrontations entre les États-Unis et la Chine prenaient de l’ampleur, elles pourraient à l’occasion attiser la volatilité des marchés boursiers. Et si le bras de fer entre ces deux puissances économiques menaçait d’entraver le commerce mondial de façon régulière, les évaluations boursières pourraient bien intégrer une prime de risque liée à cette « deuxième guerre froide ».

La rivalité entre les États-Unis et la Chine est alimentée en partie par la concurrence économique : l’économie américaine est plus importante en fonction du PIB nominal, mais pas en fonction du PIB selon la parité de pouvoir d’achat
Comparaison du PIB de 2019 en billions de dollars américains
Comparaison du PIB de 2019 en billions de dollars américains graphique

É.-U.

Chine

* Le PIB selon la parité du pouvoir d’achat est calculé selon la « méthode du panier de biens », qui cherche à prendre en compte les taux de change, la productivité économique et le niveau de vie. Cette méthode permet de comparer les économies selon des éléments de même nature.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, base de données du Fonds monétaire international servant à la production des Perspectives de l’économie mondiale, Investopedia.

  • Les réductions d’impôt devraient rester en place, mais... Le président Trump ne cesse de vanter les importantes réductions de l’impôt des sociétés et des particuliers adoptées en 2017, ce qui donne à penser qu’il ne les annulera pas durant un second mandat. La plus grande partie des réductions de l’impôt des particuliers devrait demeurer en place au moins jusqu’en 2025 ; elles commenceront alors à expirer en vertu de la loi (une nouvelle loi devra être promulguée pour les reconduire). En revanche, les réductions de l’impôt des sociétés sont « permanentes », à moins qu’une nouvelle loi vienne les révoquer. Selon nous, maintenir des taux d’imposition peu élevés, en particulier dans le contexte de la profonde récession causée par la COVID-19, contribuera à soutenir la croissance de l’économie américaine de même que les marchés des actions et des obligations de sociétés.

Par contre, les déficits annuels astronomiques et l’accroissement de la dette fédérale en pourcentage du PIB devraient se révéler néfastes sur le long terme – même si la croissance de l’économie s’avérait un peu plus rapide grâce aux taux d’imposition réduits.

Par ailleurs, le niveau élevé du déficit et de la dette nous rappelle un épisode comparable, quoique moins marqué. Après les réductions d’impôt musclées effectuées par l’ancien président Ronald Reagan et le Congrès en 1981 – qui rappellent celles décrétées par le président Trump –, le budget a donné lieu à des batailles épiques à cause de la forte hausse du déficit (à laquelle les dépenses élevées pour la défense et les services sociaux avaient aussi contribué). En 1986, à l’occasion d’une nouvelle « réforme » fiscale, M. Reagan et le Congrès ont abaissé les taux d’imposition des particuliers et élargi les exonérations fiscales ainsi que les crédits d’impôt, tout en décrétant une hausse de l’impôt sur les gains en capital et de l’impôt minimal de remplacement et en éliminant un certain nombre d’importants abris et déductions fiscaux, pénalisant ainsi les investisseurs. L’administration Trump a évoqué l’idée d’une deuxième série de réductions d’impôt, sans pour autant envisager de contre-mesures comparables à celles prises en 1986 et qui auraient pour effet d’accroître les impôts des investisseurs. Nous ne pouvons toutefois exclure complètement une telle éventualité, étant donné que le déficit et la dette sont si élevés que les obligations du gouvernement fédéral se sont alourdies (sécurité sociale, Medicare et Medicaid).

Victoire de Biden et Congrès divisé :

Joe Biden remporte la course à la présidence, les démocrates conservent le contrôle de la Chambre des représentants et les républicains dominent toujours le Sénat grâce à une courte majorité.

  • Principales initiatives : Joe Biden chercherait à éliminer certaines réductions de l’impôt des sociétés décrétées par M. Trump en relevant le taux maximal et en assujettissant les sociétés les plus rentables qui paient peu d’impôt, ou n’en paient pas du tout, à un taux d’imposition minimal. En ce qui concerne les particuliers, il propose d’accroître l’impôt sur les placements et les revenus les plus élevés, en plus de limiter les déductions sur pièce liées notamment aux intérêts hypothécaires ainsi qu’aux impôts des États et des municipalités. Voici les autres initiatives de son programme : élargir la couverture d’assurance maladie et en réduire les coûts ; lutter contre les changements climatiques en diminuant le recours à des carburants fossiles et en augmentant l’utilisation de sources d’énergie propre et renouvelable ; adopter un projet de loi sur les infrastructures mettant l’accent sur le transport « durable » ; mettre en œuvre un nouveau cadre réglementaire plus actif ; relancer l’immigration et annuler certaines politiques de l’administration Trump en la matière. La politique commerciale privilégierait de nouveau les accords multilatéraux plutôt que bilatéraux ; des sanctions économiques seraient vraisemblablement imposées en réaction à ce qui serait perçu comme des menaces pour la sécurité intérieure ; la Chine pourrait faire l’objet d’une confrontation ciblée, y compris dans le domaine technologique.
  • Un changement de trajectoire, assorti de restrictions : Dans ce scénario, les visées de M. Biden seraient restreintes du fait que les républicains dominent le Sénat et ses comités – qui représentent de puissants outils pour le parti d’opposition. En raison de la règle sur l’obstruction systématique, qui requiert une majorité qualifiée de 60 sénateurs sur 100 pour promulguer une loi, des compromis seront nécessaires pour donner vie à d’importants projets de loi. Dans ce cas, nous pensons que M. Biden pourrait réaliser des progrès relativement aux principaux éléments de son programme, mais pas beaucoup. Certains changements pourraient être apportés au code des impôts, mais nous n’anticipons aucun changement d’envergure dans un premier temps.

Selon nous, l’élection de M. Biden conjuguée à la division au sein du Congrès aurait un effet largement neutre sur les marchés financiers. Nous estimons que certains secteurs seront avantagés (énergie renouvelable, services publics et certains segments des soins de santé, par exemple), tandis que d’autres seront pénalisés (carburants fossiles, services financiers, aérospatiale et défense, d’autres segments des soins de santé). Les mesures de relance budgétaire devraient contrebalancer les difficultés qu’éprouveront certains secteurs.

Points de vue des analystes sectoriels concernant le programme de Joe Biden
Évaluation du niveau de risque selon un sondage de RBC Marchés des Capitaux auprès des analystes sectoriels
Secteur Niveau de risque Secteur Niveau de risque Secteur Niveau de risque
Services publics Optimiste

Source : Stratégie sur actions américaines, RBC Marchés des Capitaux.

Vague bleue démocrate :

Joe Biden remporte l’élection présidentielle, les démocrates continuent de dominer la Chambre des représentants et remplacent les républicains à la tête du Sénat.

  • Majorité au Sénat : Si les démocrates prennent les rênes de la chambre haute du Congrès, l’adoption de lois et le changement de trajectoire du pays rencontreront moins d’obstacles. Le contrôle du Sénat et de ses comités procure d’importants avantages législatifs. Si la majorité démocrate maintenait la règle sur l’obstruction systématique, il faudrait toujours 60 voix sur 100 pour adopter un projet de loi ; il serait donc encore nécessaire de trouver un compromis avec au moins un petit groupe de républicains.
  • Abandon de l’obstruction systématique ? Selon le scénario d’une vague bleue, l’élimination de la règle sur l’obstruction systématique, qui exige une majorité qualifiée au Sénat, devient possible pour tous les votes, ou du moins pour les principales lois. (L’obstruction systématique peut être utilisée pour toutes les lois ou dans certains cas seulement.) Si la règle sur l’obstruction systématique était abolie, seulement 50 voix sur 100 (plus celui du vice-président en cas d’égalité) seraient requises pour l’adoption de lois.

S’ils veulent éliminer la règle sur l’obstruction systématique, les démocrates du Sénat devraient prendre une décision proactive compte tenu de l’opposition des sénateurs républicains, même des plus modérés. Son élimination serait une étape importante, étant donné qu’elle est utilisée depuis 1837 à la chambre haute (surtout dans les dernières décennies), et qu’elle a toujours été considérée comme la garantie d’un minimum de bipartisanisme en cas de changements importants apportés aux politiques publiques. Une telle décision pourrait semer la discorde au sein du Sénat pendant des années et donner lieu à des représailles si les républicains regagnaient plus tard la majorité. Pour toutes ces raisons, l’élimination de la règle sur l’obstruction systématique n’est pas encore chose faite. Cependant, les deux partis utilisent déjà cet argument dans leur rhétorique de campagne, et le nombre de personnes en faveur de son élimination a augmenté depuis que l’ancien président Barack Obama a abondé dans ce sens.

Sans obstruction systématique, une vague bleue pourrait se révéler moins avantageuse pour le marché boursier, car, selon nous, elle intensifierait les craintes entourant la politique fiscale s’appliquant aux investisseurs et aux particuliers à revenus élevés. Elle devrait aussi avoir des répercussions sur les bénéfices des sociétés. Selon un sondage mené par RBC Marchés des Capitaux auprès d’analystes sectoriels et d’investisseurs institutionnels, le scénario d’une vague bleue et d’une absence d’obstruction systématique est le moins favorable pour le marché boursier et certains secteurs.

Par exemple, si la moitié des réductions de l’impôt des sociétés décrétées par M. Trump étaient éliminées et si le taux minimal était relevé – comme M. Biden a l’intention de le faire – les bénéfices des sociétés de l’indice S&P 500 pourraient reculer de 5,5 % à 9,0 % au cours de la première année suivant cette décision, selon les estimations de notre correspondant national de recherche et de RBC Marchés des Capitaux. De plus, les secteurs qui seraient les plus exposés au risque d’importants changements réglementaires et législatifs, dans un scénario de vague bleue, pourraient subir des pressions accrues si la règle sur l’obstruction systématique était abrogée. Tous ces éléments pourraient accroître la volatilité sur le marché et le risque de baisse.

Une hausse de l’impôt des sociétés frapperait durement les bénéfices
Bénéfice par action (BPA) annuel de l’indice S&P 500
Bénéfice par action (BPA) annuel de l’indice S&P 500 graphique

* Baisse en pourcentage (de 5,5 % à 9,0 %) durant l’année suivant la hausse des taux d’imposition des sociétés, comparativement à ce qui se passerait si les taux d’imposition n’étaient pas relevés.

Nota : Les estimations pour 2021 sont fondées sur les prévisions générales.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, RBC Marchés des Capitaux, correspondant national de recherche, système I/B/E/S de Refinitiv.

Freins et contrepoids

Une vague bleue sans obstruction systématique signifierait-elle nécessairement que tout est perdu pour l’économie et le marché boursier des États-Unis ? Elle pourrait provoquer une certaine volatilité, voire un délestage, mais nous sommes d’avis que ces effets ne dureraient pas, pour diverses raisons dépassant le fait que des dépenses budgétaires élevées pourraient contrebalancer en partie certaines pressions économiques potentielles.

Dans les trois scénarios, le système de freins et contrepoids du gouvernement américain peut faire office de garde-fou. La séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire) entre trois composantes égales restreint la capacité d’un président donné ou du Congrès à modifier radicalement et d’un seul coup la trajectoire du pays – même si les candidats et les partis politiques promettent de le faire pratiquement à chaque campagne électorale.

Dans le passé, les freins et contrepoids ont fonctionné, à divers degrés selon les circonstances. Nous reconnaissons qu’ils ne sont pas à toute épreuve ; si une vague bleue démocrate était accompagnée de l’élimination de la règle sur l’obstruction systématique, les garde-fous législatifs seraient moins élevés. Dans ce cas, toutefois, d’autres freins et contrepoids non officiels resteraient en place, dont les investisseurs devraient tenir compte.

Ainsi, la voix collective des entreprises représente un garde-fou puissant et souvent sous-estimé. Il n’y a encore jamais eu de cycle législatif au cours duquel des groupes de pression du milieu des affaires n’ont pas atteint au moins une partie de leurs objectifs, souvent au profit des investisseurs.

Par exemple, lors des plus récents mandats présidentiels, des initiatives controversées, comme l’accord commercial de M. Trump entre les États-Unis et la Chine, et l’Affordable Care Act de M. Obama, ont été grandement influencées par les pourparlers avec le secteur des entreprises. Par moments, ces deux ententes ont suscité suffisamment de volatilité pour mettre les nerfs des investisseurs à rude épreuve, mais un compromis a finalement été trouvé à la satisfaction des multiples parties.

Il ne faut pas sous-estimer la puissance et l’ingéniosité du lobby des entreprises. Si le Sénat éliminait la règle sur l’obstruction systématique, nous pensons que les intérêts des entreprises (qui rejoignent ceux de nombreux investisseurs) continueront d’être largement pris en compte.

La Réserve fédérale (Fed) ainsi que les fluctuations naturelles du cycle économique font aussi office de contrepoids au pouvoir gouvernemental ; en fait, nous croyons que leur influence sur les marchés financiers est plus forte que celle du président ou du Congrès. Dans un article précédent, nous expliquions pourquoi ces forces étaient si importantes. La réélection ou la défaite de Donald Trump et le maintien du statu quo au Congrès ou le déferlement d’une vague bleue auront des répercussions relativement modestes comparativement à celles de la Fed et du cycle économique, dont le rôle est prépondérant.

Plus important que le Bureau ovale

Nous avons du mal à croire que le gouvernement fédéral des États-Unis, semblable à un superpétrolier qui avance très lentement, puisse soudainement changer de cap comme un bateau hors-bord à la suite des élections de 2020, quels qu’en soient les résultats. Les freins et contrepoids – tant officiels que non officiels – qui font partie intégrante du système américain atténuent le risque de changements politiques radicaux et généralisés.

Voilà quelques-unes des raisons pratiques pour lesquelles nous croyons que les craintes partisanes les plus aiguës à l’égard des différents résultats de l’élection ne devraient pas se concrétiser. Le système économique des États-Unis est plus grand que son président et ceux qui tiennent les rênes du pouvoir au Capitole.

L’élection de 2020 laisse certainement planer des risques sur les marchés financiers. Nous croyons qu’il est prudent de continuer à sous-pondérer au moins légèrement les actions américaines dans les portefeuilles, et de leur accorder un poids quelque peu inférieur à celui prévu par la répartition stratégique à long terme.

Dans cet article, nous avons discuté des grands enjeux électoraux susceptibles d’avoir des répercussions sur les marchés. Dans les prochains articles de la série « Élections américaines et marchés », nous examinerons certains de ces enjeux en détail, notamment les mesures fiscales proposées par Joe Biden, les politiques commerciales des deux candidats, les différences entre leurs politiques économiques, de même que les risques et occasions pour les principaux secteurs et segments.

Liste de vérification pour l’élection de 2020 : résumé des principaux enjeux
Incertitude quant aux taux d’imposition Un gouvernement Trump maintiendrait probablement les réductions d’impôt décrétées en 2017. Un gouvernement Biden les annulerait en partie en augmentant l’impôt sur les placements et les revenus élevés et l’impôt des sociétés.
Règle sur l’obstruction systématique ou pas ? En cas de vague bleue démocrate, l’élimination de la règle sur l’obstruction systématique au Sénat pose un risque pour le marché boursier, mais ce n’est pas encore chose faite. Et il existe d’autres freins et contrepoids.
Les grandes entreprises se feront toujours entendre Dans tout scénario électoral raisonnable, le lobby des entreprises aura son mot à dire. Il ne faut pas sous-estimer sa puissance et son ingéniosité, qui peut avantager les investisseurs.
Changement important de la politique énergétique ? Trump continuera de promouvoir les carburants fossiles (pétrole et gaz naturel), tandis que Biden s’en détournera au profit des énergies renouvelables. Un gouvernement Biden financerait la lutte contre les changements climatiques et imposerait des changements réglementaires.
Consensus sur les infrastructures Un projet de loi sur les infrastructures est un objectif pour les deux candidats, mais il sera plus « vert » si Biden l’emporte.
Pleins feux sur la Chine La politique américaine à l’égard de la Chine misera sur la confrontation, quel que soit le résultat de l’élection, mais elle sera plus audacieuse, belliqueuse et exhaustive avec Trump. Ce dernier pourrait causer périodiquement de la volatilité sur le marché.
Accords commerciaux et diverses sanctions Trump préfère les accords bilatéraux avec des pays ou de grandes entités, avec une légère dose de protectionnisme et une forte dose de sanctions. Biden mise sur les accords multilatéraux, et est prêt à imposer des sanctions ciblées à de soi-disant adversaires.

Source : RBC Gestion de patrimoine


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