business man and woman shaking hands

Plusieurs propriétaires d’entreprise prévoient quitter leur entreprise dans un avenir proche (ce qui pourrait représenter plus de 40 pour cent des entrepreneurs canadiens selon une récente étude1). L’évaluation de la valeur nette de leur entreprise est une étape primordiale. Ainsi, pour les propriétaires qui planifient leur retraite ou qui ont l’intention de vendre leur entreprise pour avoir une source de revenus supplémentaire ou toute autre situation (par exemple, un gel successoral), il est important d’établir la valeur nette de celle-ci.

Lorsque vient le temps d’établir précisément la valeur de votre entreprise, songer aux services d’un expert en évaluation devient une option avantageuse puisqu’ils établissent la valeur de celle-ci en calculant la juste valeur marchande. Habituellement, il s’agit du prix le plus élevé, exprimé en dollars, obtenu sur un marché qui n’est soumis à aucune restriction, lorsque les partis impliqués agissent avec prudence, qu’ils n’ont aucun lien de dépendance entre eux et qu’aucune pression n’est exercée afin de conclure la transaction. Toutefois, il n’existe ni norme, ni formule mathématique précise pouvant être appliquées à l’évaluation d’une entreprise. L’approche et les facteurs à utiliser sont uniques à chaque cas. Par contre, trois méthodes sont généralement utilisées lorsqu’il s’agit de l’évaluation d’une entreprise privée : l’approche par les actifs, l’approche par les résultats et l’approche par le marché.

Nota : L’information qui suit donne un aperçu des approches en matière d’évaluation d’entreprise. Étant donné la structure et les circonstances uniques à chaque entreprise, il est essentiel que vous consultiez votre conseiller juridique qualifié ainsi que votre conseiller fiscal qualifié afin de vous assurer que votre situation et vos besoins soient traités de façon adéquate, et que votre entreprise soit évaluée à sa juste valeur marchande.

Évaluation selon l’approche par les actifs

Cette approche sous-entend le calcul de la valeur d’une entreprise fondée uniquement sur la valeur de ses actifs nets et est généralement utilisée dans ces situations :

  • lorsque la valeur de l’entreprise est étroitement liée à la valeur des actifs sous-jacents, telles une société d’investissement ou une société d’investissement immobilier;
  • lorsque les actifs de l’entreprise ne produisent pas suffisamment de revenus – comme c’est le cas d’une entreprise qui génère des bénéfices nominaux – et que leur valeur pourrait être maximisée s’ils étaient utilisés autrement ou vendus; et
  • lorsque la valeur de l’entreprise est attribuable aux contributions personnelles ou aux relations que le propriétaire actuel entretient et qu’elles ne sont pas transférables au nouveau propriétaire. Par exemple, la relation avec les clients qui risque de prendre fin lorsque le propriétaire actuel quittera l’entreprise.

Selon cette approche, en présumant que l’entreprise est viable, la juste valeur marchande des actifs et passifs de l’entreprise est établie. Généralement, cette valeur est déterminée par l’évaluateur comme suit :

  • la nécessité d’ignorer certains comptes débiteurs pour refléter les créances potentiellement irrécouvrables;
  • la possibilité de vendre l’inventaire physique à un prix supérieur ou inférieur à sa valeur comptable;
  • la nécessité d’une évaluation par un spécialiste pour déterminer la juste valeur marchande de certains actifs tels un immeuble, la machinerie, ou l’équipement; et
  • les coûts potentiels de la disposition des actifs et des passifs. Par exemple, il faut tenir compte non seulement de la juste valeur marchande d’un immeuble, mais aussi des coûts associés à sa vente, comme les frais juridiques, les commissions et les impôts. Un acheteur potentiel pourrait demander une réduction du prix d’achat en prenant en considération ces coûts.

Selon cette méthode, le montant net de la juste valeur marchande des actifs et des passifs représente la juste valeur marchande des actions ordinaires de l’entreprise.

Approche par les résultats

L’approche par les résultats est plus appropriée lorsque l’entreprise génère un rendement adéquat de son capital et que l’acheteur souhaite acquérir les bénéfices ou les flux de trésoreries futurs. Cette approche convient lorsque la capacité de gain de l’entreprise est supérieure à la valeur des actifs qu’elle détient. L’approche de capitalisation des bénéfices, l’approche des flux de trésoreries capitalisées et l’approche d’actualisation des flux de trésorerie sont diverses approches pouvant servir à évaluer une entreprise.

Nous allons nous concentrer sur l’approche de la capitalisation des bénéfices puisqu’elle convient mieux à une entreprise établie et à maturité. Ce genre d’entreprise n’a pas besoin d’investir dans d’importantes immobilisations; ses bénéfices futurs sont généralement prévisibles et peuvent raisonnablement être estimés.

Tout d’abord, pour déterminer la valeur d’une entreprise avec cette approche, il faut calculer les bénéfices annuels futurs ou les bénéfices prévisibles. Les résultats financiers historiques peuvent être un bon indicateur. Toutefois, les bénéfices historiques pourraient être recalculés afin d’éliminer l’incidence d’éléments non récurrents ou non rentables. Voici quelques exemples courants :

  • La rémunération, qui comprend les salaires et avantages sociaux versés à des particuliers sans lien de dépendance, occupant des postes au-dessus ou en dessous des niveaux de rémunération comparable. Prenons comme exemple le propriétaire ou le gestionnaire d’une entreprise qui reçoit un salaire annuel : de 400 000 $, alors que les statistiques de l’industrie révèlent que le salaire des dirigeants d’entreprises similaires est de 250 000 $. Par conséquent, un montant de 150 000 $ serait ajouté à la catégorie « salaire » au moment de déterminer les bénéfices prévisibles de l’entreprise; et
  • les gains ou les pertes d’une année extraordinaire, par exemple un gain ou une perte sur la vente ponctuelle d’un actif.

Les bénéfices prévisibles sont alors multipliés par un multiple de capitalisation. Ce multiple est l’inverse du taux de rendement requis par un acheteur sur son placement dans l’entreprise. Par exemple, un acheteur exigeant un rendement de 20 % de son placement multiplierait le montant des bénéfices prévisibles par 5 (1/20 pour cent = 5) pour obtenir la valeur de l’entreprise. Notez que le taux de rendement d’un acheteur potentiel nécessitera des changements au fil du temps et que, selon la situation, il inclura le risque du placement sous analyse. Un acheteur potentiel tiendra compte des risques suivants :

  • la nature et l’historique de l’entreprise
  • la clientèle
  • l’équipe de direction, ainsi que l’expérience et les compétences des employés
  • la situation financière de l’entreprise
  • la facilité ou la difficulté de pénétrer le secteur d’activité, en tenant compte de la réglementation
  • les tendances et les défis du secteur d’activité
  • la conjoncture économique et financière
  • la concurrence
  • les taux de rendement actuels des autres placements, y compris les taux sans risque

Il existe plusieurs méthodes servant à déterminer le taux de rendement de la valeur d’une entreprise. Le coût moyen pondéré du capital (CMPC) est la méthode généralement utilisée. Le CMPC est le taux de rendement déterminé par le coût moyen pondéré de la dette et le rendement des capitaux propres. Généralement, il est de la responsabilité du spécialiste en évaluation de le déterminer. Lorsque le CMPC est établi, l’inverse du CMPC devient le multiple utilisé pour évaluer l’entreprise.

Les bénéfices prévisibles multipliés par le multiple déterminent la valeur de l’entreprise. La valeur de l’entreprise représente la juste valeur marchande des actifs nets utilisés dans le cadre des activités continues (aussi désignés comme « actifs nets réévalués ») et la valeur de l’achalandage pouvant être transférée à un acheteur potentiel (connue sous le nom de « fonds de commerce »).

La juste valeur marchande des actifs détenus par l’entreprise qui ne sont pas utilisés et qui ne sont pas requis dans les activités quotidiennes, connus comme « actifs excédentaires » (tel l’excédent de trésorerie ou les placements à court terme), est alors ajoutée à la valeur capitalisée. Puisque ces actifs ne sont pas requis dans les activités de l’entreprise, on suppose qu’un propriétaire sortira les actifs excédentaires des livres de l’entreprise avant la vente (c.-à-d., un dividende) ou demandera une rémunération de l’acheteur pour la juste valeur marchande de ces actifs excédentaires.

Le total de la valeur de l’entreprise et la juste valeur marchande des actifs excédentaires représentent la valeur de l’entreprise dans son ensemble. La valeur de la dette portant intérêt est déduite de ce montant en vue de déterminer la juste valeur marchande des actions ordinaires de l’entreprise2.

Approche par le marché

L’approche par le marché est la plus courante. Elle s’appuie sur les données issues des évaluations du marché de sociétés publiques ou autres sociétés privées qui sont raisonnablement comparables à l’entreprise évaluée.

Les entreprises comparables sont celles qui relèvent du même secteur d’activité ou se trouvent dans la même région que l’entreprise évaluée et, dans la mesure du possible, sont de même taille (résultats ou nombre d’employés similaires, etc.). Les deux approches par le marché grandement utilisées sont la multiapproche pour opération précédente et la multiapproche pour société publique.

Selon la multiapproche pour opération précédente, des multiples d’évaluation implicites proviennent des acquisitions de sociétés privées du même secteur d’activité que celui de l’entreprise évaluée. Par exemple, présumons qu’un propriétaire intéressé à établir la valeur de son entreprise a repéré deux sociétés privées comparables (c.-à-d., secteur d’activité similaire, même région, même taille) acquises récemment dans le cadre de deux opérations indépendantes et distinctes :

  • Totalité des actions ordinaires de la Société A (sans aucune dette), BAIIA3 de 2 M$, multiple de 5, acquise pour 10 M$
  • Totalité des actions ordinaires de la Société B (sans aucune dette), BAIIA de 4 M$, multiple de 4, acquise pour 16 M$

À l’aide de ces données, le propriétaire pourrait déterminer la valeur de l’entreprise, en multipliant le dernier BAIIA prévisible de l’entreprise par 4,5, le multiple BAIIA implicite moyen des deux opérations privées. Elle ajoutera ensuite la juste valeur marchande des actifs excédentaires et déduira la valeur de la dette portant intérêt, afin de déterminer la juste valeur marchande des actions ordinaires de l’entreprise.

Selon cette approche, la valeur de l’entreprise est déterminée selon des multiples d’évaluation provenant de la valeur d’entreprise des sociétés comparables dont les titres sont négociés en bourse. Par exemple, présumons qu’un propriétaire est intéressé à établir la valeur de son entreprise et qu’il a repéré deux sociétés publiques comparables, sans aucune dette, dont voici les plus récentes données de négociation :

  • Société A, ventes annuelles de 150 M$, valeur d’entreprise de 132 M$
  • Société B, ventes annuelles de 160 M$, valeur d’entreprise de 128 M$

Le multiple de valeur d’entreprise aux ventes moyennes sous-entendues des deux sociétés publiques est 0,84. Puisque les sociétés publiques sont généralement plus grandes, ont des activités dans plusieurs régions et sont plus diversifiées que les sociétés privées, il n’est pas approprié d’établir la valeur d’une société privée en s’appuyant sur le même multiple qu’une société publique sans envisager de réduction. Dans cette situation, présumons qu’un évaluateur a déterminé qu’une réduction de 45 pour cent était appropriée. Le propriétaire pourrait alors déterminer la valeur de son entreprise en multipliant les plus récentes ventes prévisibles de son entreprise par 0,46, soit le multiple des ventes moyennes implicites des deux sociétés ouvertes, moins la réduction de 45 pour cent. Il ajoutera ensuite la juste valeur marchande des actifs excédentaires et déduira la valeur de la dette portant intérêt, afin de déterminer la juste valeur marchande des actions ordinaires de son entreprise.

Business worth flowchart

Juste valeur marchande par rapport au prix

Vous avez maintenant déterminé la valeur de votre entreprise. Est-ce que cela veut pour autant dire que vous connaissez le montant auquel vous pouvez vendre votre entreprise? Ce n’est pas nécessairement le cas. Dans le cadre d’une vente réelle, les acheteurs potentiels peuvent se montrer désireux d’acquérir une entreprise à un prix différent de la juste valeur marchande de l’entreprise. Cela peut se fonder sur plusieurs facteurs, notamment la capacité de négociation et la force financière des deux partis et la capacité de l’acheteur à utiliser les actifs de l’entreprise d’une manière qui lui est propre.

Par exemple, un acheteur peut vouloir acquérir une entreprise à un prix supérieur à sa juste valeur marchande, en raison de la synergie pouvant être créée après l’acquisition. Cette synergie peut ne pas être disponible aux autres acheteurs et ces derniers ne seraient pas intéressés à payer le même prix. Toutefois, la détermination de la juste valeur marchande d’une entreprise procure aux propriétaires de l’entreprise une mesure de la viabilité de l’offre d’achat potentielle et de la situation financière actuelle de leur entreprise.

Références :
  1. Banque de développement du Canada. https://www.bdc.ca/fr/a_propos/centre_des_medias/communiques/pages/etude-bdc-plus-de-40-entrepreneurs-canadiens-quitteront-entreprise-prendre-leur-retraite-dans-5-prochaines-annees.aspx
  2. La déduction est prise uniquement si les dépenses d’intérêt ne sont pas un facteur dans le calcul des bénéfices prévisibles.
  3. Le BAIIA est un indicateur financier représentant le bénéfice avant intérêts, impôt et amortissement.