Par Kelly Bogdanova

Le marché boursier américain est toujours en pleine reprise un an après la chute rapide provoquée par la COVID‑19. L’indice S&P 500 a bondi de 75 % depuis son creux de mars 2020 et a dépassé de 15,5 % le sommet atteint juste avant le début de la pandémie.

Comme les mesures de relance ont inondé le système et que les risques associés à la pandémie se sont lentement atténués, le leadership au sein du marché a changé de façon significative, ce qui a eu une incidence sur le rendement des portefeuilles.

Au début de la pandémie, les titres de croissance dominaient par une large marge, en particulier ceux des plus grandes entreprises axées sur la technologie. Ce segment a aussi été en tête au cours de la dernière décennie, de puissantes tendances à long terme s’enracinant dans les sphères du numérique et des médias sociaux. Toutefois, à mesure que la reprise de la croissance s’accentuait en 2020, les valorisations du segment sont devenues de plus en plus élevées.

En novembre dernier, les titres de valeur ont pris le relais, car les perspectives de relance économique et de bénéfices des sociétés s’amélioraient, et les taux des obligations du Trésor augmentaient. Si la valeur conserve son avance, l’un des principaux facteurs à prendre en considération pour le positionnement des portefeuilles est le suivant : la lancée se maintiendra‑t‑elle ?

La capacité à persister du segment valeur est remise en question depuis des années. Cette catégorie, qui comprend en grande partie les secteurs de la finance et des produits industriels, et dont la proportion des télécommunications, de l’énergie, des matières et des services publics est supérieure à celle de la catégorie de croissance, n’a connu que des moments de gloire éphémères au cours de la dernière décennie, comme le montre le graphique. Depuis le début de 2010, l’indice de croissance Russell 1000 des États‑Unis a grimpé de 378 %, alors que l’indice de valeur associé n’a augmenté que de 161 %.

Les périodes antérieures de surperformancede la valeur ont été éphémères
Comparaison du rendement des indices de valeuret de croissance Russel 1000 aux États‑Unis
Graphique linéaire de la performance de l'indice US Russell 1000 Value par rapport à l'indice de croissance

Le graphique montre que, depuis 2010, le segment de valeur n’a surclassé le segment de croissance que pendant trois périodes éphémères. Les périodes de rendement supérieur ont été de courte durée et de faible ampleur. Le graphique montre également qu’une quatrième période de rendement supérieur des titres de valeur a commencé en novembre 2020 et se poursuit actuellement.


La valeur surpasse la croissance lorsque la ligne bleue monte

Nota : Le graphique montre le ratio de la valeur des sociétés à grande capitalisation divisé par la croissance.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; données prises en compte jusqu’au 24 mars 2021.

Il y a toutefois déjà eu des périodes durant lesquelles les titres de valeur ont largement dépassé les titres de croissance. À ce stade, nous pensons que le scepticisme de longue date à l’égard du potentiel du segment de valeur est moins justifié.

Les raisons de croire en la valeur

De notre point de vue, il y a cinq principales raisons pour lesquelles les titres de valeur devraient persister pour le reste de l’année, à tout le moins.

Le cycle économique favorise la valeur. Les premières étapes d’une relance économique, lorsque la croissance du PIB s’accélère puis s’enracine, sont généralement marquées par la hausse des taux des bons du Trésor, la poussée des anticipations d’inflation, la hausse des prix des produits de base et l’accentuation de la courbe de rendement (lorsque les taux des bons du Trésor à long terme augmentent plus que les taux à court terme). Nous croyons que cette dynamique macroéconomique favorise la valeur parce que le segment contient une part importante d’actions à caractère cyclique dans les secteurs de la finance, des produits industriels, des matières et de l’énergie qui sont très sensibles à l’évolution des tendances économiques et qui devraient profiter de la reprise de la croissance de l’économie.

Principales différences sectorielles entre les indices de valeur et de croissance aux États‑Unis
Répartition sectorielle de l’indice de valeur Russell 1000
Graphique à secteurs montrant la répartition sectorielle de l’indice de valeur Russell 1000

Ce graphique circulaire indique que les composantes les plus importantes de l’indice de valeur sont les secteurs de la finance (19,6 %) et des produits industriels (15,8 %). L’indice de valeur présente également une proportion plus élevée de télécommunications (6,0 %), de services publics (5,4 %), d’énergie (5,2 %) et de matières (3,5 %) que l’indice de croissance.


Finance : 19,6 %

Produits industriels : 15,8 %

Consomm. discrét. : 13,0 %

Soins de santé : 11,9 %

Technologie : 8,4 %

Consomm. de base : 6,8 %

Télécommunications : 6,0 %

Services publics: 5,4 %

Énergie : 5,2 %

Immobilier : 4,5 %

Matières : 3,5 %
Répartition sectorielle de l’indice de croissance Russell 1000
Graphique à secteurs montrant la répartition sectorielle de l’indice de croissance Russell 1000

Ce graphique circulaire montre que le secteur de la technologie domine l’indice de croissance à 45,3 %, alors qu’il ne représente que 8,4 % de l’indice de valeur. L’indice de valeur représente une plus grande proportion des télécommunications (6,0 %), des services publics (5,4  %), de l’énergie (5,2 %) et des matières (3,5 %); ces catégories de l’indice de croissance sont chacune inférieures à 1 %.


Technologie : 45,3 %

Consomm. discrét. : 20,1 %

Soins de santé : 13,3 %

Produits industriels : 12,3 %

Consomm. de base : 3,6 %

Finance : 2,0 %

Immobilier : 1,9 %

Télécommunications : 0,9 %

Matières : 0,4 %

Énergie : 0,3 %

Services publics : 0,1 %

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; données prises en compte jusqu’au 23 mars 2021

L’élan des bénéfices pourrait surprendre. Selon les prévisions générales, la croissance des bénéfices des titres de valeur devrait largement dépasser celle des bénéfices des titres de croissance en 2021, en raison de la reprise prévue de l’économie et de la nature cyclique des principales catégories de valeur. Bien que cela soit bien connu des investisseurs institutionnels, nous anticipons une hausse des prévisions de bénéfices. Tout d’abord, les prévisions des résultats cycliques sont notoirement trop prudentes à la fin des récessions. Fait important, l’équipe de recherche économique de RBC Marchés des Capitaux aux États‑Unis estime que la croissance durant la réouverture pourrait bien dépasser les prévisions générales sur le PIB. Si la réouverture est effectivement solide, les estimations consensuelles en matière de bénéfices et de revenus des titres du S&P 500 pourraient être « beaucoup trop faibles », selon notre correspondant national de recherche. De l’avis des analystes, les actions à caractère cyclique, y compris celles de la catégorie de valeur, sont en bonne position pour profiter de la situation.

La valeur est encore moins chère que la normale par rapport à la croissance. Selon l’analyse du ratio cours/bénéfice (C/B) de RBC Marchés des Capitaux, le segment de la valeur semble toujours bon marché par rapport à celui de la croissance compte tenu des normes historiques, et ce, malgré la contre‑performance de la croissance depuis novembre dernier. Ce constat est corroboré par le modèle d’évaluation exhaustif du cabinet, qui comprend 34 paramètres différents.

Les dividendes sont plus abondants et recherchés. Le rendement en dividendes actuel de l’indice de valeur Russell 1000 est de 2,0 %, soit bien au‑dessus de celui de l’indice de croissance Russell 1000, qui est de 0,8 %. Nous pensons que les investisseurs individuels voudront des dividendes sur actions, dans un contexte de faible rendement des obligations, que les taux obligataires augmentent ou non. Les taux de réinvestissement des obligations ne sont pas les mêmes qu’il y a cinq ans, et les données empiriques indiquent que les investisseurs ont recours aux actions rapportant des dividendes pour combler l’écart de revenu.

Les fonds de style « momentum » pourraient donner un certain élan. Même si la valeur a récemment affiché un rendement supérieur, les fonds de style « momentum » n’ont pas encore entièrement suivi le mouvement. Ces fonds ont tendance à suivre les tendances du marché, augmentant leurs positions dans les segments et les actions qui se portent bien pour « surfer sur la vague », en quelque sorte. Mais leurs placements accusent généralement un certain retard, c’est‑à‑dire après que les tendances ont commencé à se confirmer. Selon nous, les fonds de style « momentum » augmenteront leur exposition à la valeur au cours des prochains mois.

Ne sous‑estimez pas les titres de valeur

Au‑delà de cette année, le groupe de la stratégie de placement de RBC Marchés des Capitaux est d’avis que la capacité des titres de valeur à se maintenir à long terme dépendra de l’ampleur de la croissance économique – plus la croissance du PIB demeurera supérieure à la tendance, plus la valeur aura le potentiel de mettre en place une longue série de gains. Les mesures de relance budgétaire et les politiques monétaires ultra‑accommodantes sont des vents arrière qui devraient faire grimper le PIB à des taux vigoureux cette année et l’an prochain, mais on ne sait pas encore comment cette dynamique évoluera en 2023 et au‑delà.

Les portefeuilles équilibrés devraient inclure à la fois des titres de valeur et des titres de croissance, mais nous continuerons de surpondérer la valeur pour le moment et d’accorder une attention particulière aux secteurs cycliques comme la finance, les matières, les produits industriels et l’énergie qui devraient tirer profit de la situation à mesure que l’économie redémarrera. Nous croyons que les titres de valeur peuvent encore surpasser les titres de croissance, au moins cette année.

Cet article a été initialement publié dans Perspectives mondiales hebdomadaires avec le titre « L’année 2021 est‑elle l’année des titres de valeur ? »


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