Pot on stovetop with flame underneath

Par Kelly Bogdanova

La poussée inflationniste des prix à la consommation a effrayé le marché boursier et alimenté les discussions des économistes et des participants aux marchés : Cette hausse est‑elle temporaire  ? Dans l’affirmative, combien de temps durera cette inflation « temporaire »  ?

L’indice des prix à la consommation (IPC) a bondi de 4,2 % en avril par rapport au niveau enregistré il y a un an. Il s’agit du taux d’inflation des prix à la consommation le plus élevé depuis 2008, et il dépasse considérablement les prévisions consensuelles des économistes, qui s’établissaient à 3,6 %. Comparativement aux prix à la consommation observés juste un mois avant, l’IPC a bondi de 0,8 %, soit le gain mensuel le plus important depuis 2009.

Le taux de base, qui ne tient pas compte des prix volatils des aliments et de l’énergie, a également monté en flèche comparativement au mois de mars de l’année en cours. À 0,9 %, la hausse est trois fois plus élevée que les attentes des économistes, et il s’agit de la plus forte augmentation mensuelle depuis 1982.

Nous pensons qu’une part importante de cette flambée de l’inflation sera de courte durée. Le taux d’inflation annuel est tombé à près de 0 % à cette époque l’année dernière, lors de l’arrêt de l’économie, puis il a fortement rebondi cette année du fait de la réouverture des entreprises. Après les mois d’avril, de mai et de juin, période marquée par la chute des prix l’année dernière, les comparaisons d’une année sur l’autre devraient s’avérer moins excessives.

Inflation la plus élevée depuis 2008
Variation d’une année sur l’autre en pourcentage des indices des prix à la consommation (IPC) des États‑Unis

IPC

IPC de base (exclut les aliments et l’énergie)

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; données prises en compte jusqu’à la fin d’avril 2021

La question de la durée de cette inflation « temporaire » est plus difficile à évaluer. Plus l’inflation persistera, plus la Fed risquera de s’éloigner de ses politiques monétaires ultra‑accommodantes. À notre avis, il faudra quelques trimestres pour faire des prédictions convaincantes. Pour le moment, cette situation pourrait maintenir à des niveaux élevés la volatilité des marchés boursiers et les risques de repli.

Eric Lascelles, économiste en chef, RBC Gestion mondiale d’actifs Inc., ne pressent pas la menace d’une inflation galopante semblable à celle des années 1970. M. Lascelles écrit : « L’inflation sera effectivement très élevée au cours des prochains mois, puis légèrement élevée durant les prochaines années. Toutefois, sur le plan structurel, il est loin d’être évident que l’inflation sera aussi élevée pendant les prochaines décennies. Au contraire, les forces à long terme continuent de soutenir une domination des pressions déflationnistes. » Les forces à long terme auxquelles il fait référence sont le frein exercé par les données démographiques, la déflation dans des segments importants de l’économie (dont celui de la technologie), le recul de la syndicalisation et l’arrivée à maturité des économies émergentes.

La Fed a déjà indiqué que les données d’avril sur la forte inflation ne modifieront pas à elles seules le cours de ses politiques très accommodantes, et nous estimons que la Fed a des raisons de tenir bon, même si l’inflation demeure élevée à court terme, comme le mentionne notre stratégiste des portefeuilles de titres à revenu fixe américains dans ce rapport.

Incidence de l’inflation

Pour les investisseurs en actions, il y a deux grands facteurs à prendre en considération : l’effet de l’inflation sur la totalité du marché américain et les répercussions sur des secteurs du marché, les deux ayant une incidence sur la composition des portefeuilles.

Pour l’indice S&P 500 dans son ensemble, les marges de profit augmentent souvent lorsque l’inflation et les attentes inflationnistes augmentent à partir d’un bas niveau, à condition que les salaires ne soient pas un facteur important de cette montée inflationniste. La plupart des entreprises détiennent un pouvoir d’établissement des prix, puisqu’elles sont habituellement capables de transférer à leurs clients une partie ou la totalité de l’inflation des coûts des intrants, maintenant ou augmentant ainsi leurs marges de profit. Nous avons observé cette tendance dans les bénéfices publiés pour le premier trimestre et nous nous attendons à la voir encore lors de la période de publication des résultats du deuxième trimestre. Qui plus est, l’augmentation des prix des produits de base permet souvent à bien des secteurs d’accroître leur pouvoir d’établissement des prix, et cela même pour les producteurs de biens autres que les produits de base.

Pendant cette période d’expansion et d’autres survenues au cours des dernières décennies, il y a eu corrélation positive entre les attentes du public quant à l’orientation de l’inflation à venir et l’ensemble du marché boursier. L’accentuation des anticipations inflationnistes des ménages s’est accompagnée d’une hausse du marché.

L’inflation ne traite cependant pas nécessairement tous les secteurs du marché avec équité. Selon une étude de RBC Marchés des Capitaux remontant à 2004, certains des secteurs comprenant des titres de valeur plus sensibles à la conjoncture économique (ceux qui sont très cycliques) se sont fort bien comportés lors de la hausse des anticipations inflationnistes, comme ceux de l’énergie, des matières et de la finance. À l’inverse, les secteurs de la technologie, des soins de santé et des services de communication ont déçu. Ces antécédents étayent notre recommandation d’orienter les actions américaines vers les titres de valeur au lieu des titres de croissance pour 2021, à tout le moins.

Les secteurs de l’énergie, des matières et de la finance ont tendance à surclasser le plus le S&P 500 lors d’une hausse des anticipations inflationnistes
Corrélations entre le rendement relatif des secteurs du S&P 500 et les attentes inflationnistes depuis 2004*

Les rendements sectoriels du S&P 500 sont mesurés par rapport à l’ensemble de l’indice S&P 500. Les anticipations inflationnistes sont mesurées par les enquêtes de l’Université du Michigan sur les attentes inflationnistes des consommateurs, qui présentent la croissance médiane attendue des prix des biens et services au cours des cinq prochaines années.

** TIMT signifie technologie, Internet, médias et télécommunications.

Sources : Stratégie sur actions américaines, RBC Marchés des Capitaux, Haver et S&P Capital IQ/Clarifi ; données de 2004 à mars 2021

Toutefois, le défi pour l’ensemble du marché boursier américain est que le secteur de la technologie, vulnérable à l’inflation et aux valorisations excessives, représente une part bien plus importante du marché qu’autrefois : soit 26 % du S&P 500 aujourd’hui, comparativement à 17 % en 2010. Tant que l’instabilité découlant de l’inflation se trouve au premier plan, les investisseurs institutionnels pourraient être enclins à revoir à la baisse leur part du secteur de la technologie, du moins temporairement. Selon nous, cela signifie une plus longue période d’ajustement pour l’ensemble du marché, ce qui pourrait accentuer la volatilité et la rotation entre les secteurs.

Une difficulté plutôt qu’un obstacle

Il est encore tôt dans le cycle économique, et le resserrement des conditions de crédit nécessaires pour provoquer la prochaine récession, un repli connexe des bénéfices des sociétés et un marché boursier baissier semblent encore très loin. Selon nous, les investisseurs à long terme ne devraient pas s’arrêter aux dernières perturbations de l’inflation et devraient conserver une modeste surpondération des actions dans les portefeuilles. Nous pensons cependant que la hausse des risques d’inflation illustre bien la nécessité d’orienter davantage l’exposition aux marchés américains vers les titres de « valeur » plutôt que les titres de « croissance ».


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