RBC
Mobile RBC

RBC Gestion de patriomoine

GRATUIT – Dans Google Play OBTENIR – Dans l'App Store

Installer

Partager

Le marché des titres à revenu fixe, qui est en général très calme, a tenu les investisseurs en haleine tout au long du premier trimestre de 2021. Après avoir commencé l’année en deçà de 1 %, le taux des obligations du Trésor américain à dix ans, qui sert de référence, a bondi à 1,75 % après avoir subi l’une des plus importantes variations sur trois mois des 20 dernières années. À l’issue d’une décennie de faible inflation, les attentes ont fait volte-face dans la foulée de mesures de relance historiques, et l’on craint maintenant surtout que l’inflation ne s’emballe.

Sans surprise, les variations de cette importance ont tendance à effrayer les marchés. Toutefois, nous continuons de croire que cette hausse des taux des obligations du Trésor se produit pour toutes les bonnes raisons et qu’elle ne fait que refléter la vigueur des perspectives économiques, alors que les économistes et la Réserve fédérale relèvent les prévisions de croissance.

De plus, malgré les chiffres imposants associés à cette reprise et le caractère sans précédent de la pandémie mondiale, l’évolution des marchés des titres à revenu fixe au cours des derniers mois est en grande partie conforme au rythme normal observé à la suite des récessions antérieures. Il se pourrait donc, selon nous, que les beaux jours ne fassent que commencer.

L’optimisme au sujet de l’économie redevient le principal facteur de la « normalisation » des taux des obligations du Trésor

Croissance moyenne du PIB en 2021 (g.)

Taux des obligations du Trésor à 10 ans (dr.)

Sources : RBC Gestion de patrimoine, sondage de Bloomberg sur les prévisions générales de croissance du PIB sur 12 mois en 2021

Remise en forme

Comme beaucoup d’entre nous, la courbe des taux des titres du Trésor cherche à se remettre en forme après la pandémie de COVID-19. Mais à quoi devrait-elle ressembler dans sa forme optimale ? L’expérience tirée des reprises antérieures peut fournir quelques indices.

Les cycles économiques ont un rythme naturel : une expansion qui mène à un sommet se transforme ensuite en une récession, suivie d’une reprise, d’une expansion, puis d’un autre sommet. Et comme les taux des titres du Trésor et la forme de la courbe reflètent essentiellement les données économiques fondamentales sous-jacentes, ils ont tendance à suivre un rythme semblable.

En 2019, les conditions de marché ont été marquées par l’aplatissement des courbes de taux puis, finalement, par l’inversion de la courbe des taux des obligations du Trésor dans le segment de deux à dix ans en juillet de cette année-là. Comme le montre le graphique ci-dessous, il y a maintenant 20 mois que la courbe des taux s’est inversée. Depuis, elle s’est accentuée de 158 points de base (pb) sous l’effet d’une réduction des taux à court terme à 0 % par la Réserve fédérale et du récent accroissement des taux des obligations du Trésor à long terme.

Les reprises antérieures offrent une feuille de route pour la trajectoire des taux
Variation de la courbe des taux des obligations du Trésor dans le segment de deux à dix ans (points de base) avant et après les inversions

1989

2000

2006

2019

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; les années indiquent la première inversion de la courbe.

Toutefois, comme le graphique l’indique également, l’expérience lors des reprises antérieures a été très similaire : il faut environ 40 mois pour que la courbe retrouve sa pente la plus prononcée, qui a aussi constamment été aux alentours de 250 pb-300 pb.

Si nous nous fions à cette feuille de route, la plus récente accentuation n’est probablement encore qu’à mi-chemin. Et si nous prenons la Fed au mot lorsqu’elle affirme que les taux directeurs à court terme seront stables pendant quelques années, ce qui devrait ancrer le taux à deux ans autour de son niveau actuel de 0,15 %, alors le maintien du taux à dix ans sur cette trajectoire au cours des 20 prochains mois laisse croire qu’il pourrait atteindre environ 2,25 % d’ici la fin de 2021, et s’approcher de 3 % d’ici la fin de 2022.

Enfin, nous pensons que la Fed, comme elle l’a indiqué, demeure à l’aise avec la hausse des taux obligataires et l’accentuation des courbes, et qu’elle n’interviendra probablement pas pour freiner les taux obligataires au moyen des divers outils dont elle dispose.

Comment la situation pourrait-elle ne pas être inflationniste ?

Bien que la hausse des taux des obligations du Trésor reflète essentiellement l’optimisme pour l’économie, une partie de celle-ci fait aussi craindre que les risques inflationnistes deviennent débridés pendant la remise en marche de l’économie et compte tenu des mesures budgétaires et monétaires inédites adoptées par le gouvernement américain et la Fed.

À court terme, ces craintes pourraient ne pas être totalement infondées. Les consommateurs ont accumulé des billions de dollars d’économies excédentaires, qu’ils seront prêts à dépenser dès que des billets de concert, des vols ou des chambres d’hôtel seront disponibles. Malgré des perspectives économiques favorables, la Fed ne prévoit toujours pas, tout compte fait, augmenter les taux d’ici 2023. De plus, l’administration Biden semble prête à dévoiler un programme de soutien économique de 3 billions de dollars axé sur les infrastructures.

Un certain nombre d’indicateurs révèlent qu’il y a davantage de pressions inflationnistes à court terme que de risques à long terme d’une inflation prolongée. Les attentes des consommateurs à l’égard de l’inflation au cours de la prochaine année ont bondi à 3,1 %, soit leur plus haut niveau depuis 2014, alors que l’inflation prévue au cours des cinq ou dix prochaines années demeure relativement faible, à 2,7 %. La même dynamique caractérise les prévisions du marché : 2,7 % au cours des deux prochaines années et seulement 2,3 % au cours des dix prochaines années. Comme l’a dit Thomas Barkin, président de la Réserve fédérale de Richmond, « l’inflation n’est pas un phénomène d’un an, c’est un phénomène pluriannuel ». La Fed demeure déterminée à faire abstraction de l’inflation à court terme ; elle veut qu’elle se maintienne pendant plusieurs années au cours du présent cycle économique avant de resserrer sa politique.

Après des années de faiblesse, que faudrait-il pour remettre l’inflation sur la bonne voie ?
Indice de prix des dépenses de consommation personnelle

Récession aux É.-U.

Inflation cible de 2 %

Inflation réelle

Attentes du marché

Prévision de la Fed

Ce qu’il faut

L’inflation a beau susciter des craintes, le plus grand problème a été causé par l’absence d’inflation au cours de la dernière décennie, comme le montre le graphique à la page précédente. L’incapacité de la Fed à atteindre sa cible d’inflation de 2 % au cours des dernières années a fait couler beaucoup d’encre. Cette insuffisance persistante a creusé un fossé important entre les niveaux actuels des prix et ceux auxquels ils se situeraient si la Fed avait mieux réussi à atteindre son objectif de « stabilité des prix » correspondant à une inflation annuelle de 2 %. Bien sûr, elle s’est attaquée à ce problème en adoptant sa nouvelle cible d’inflation moyenne de 2 % pendant un cycle économique complet.

Toutefois, même si la Fed prévoit maintenant une légère hausse de l’inflation, l’insuffisance n’est que légèrement comblée. Les attentes actuelles du marché rapprocheraient les prix de la tendance à long terme, mais il faudrait un taux d’inflation plus près de 3,5 % chaque année pour y revenir.

Bien sûr, ce n’est qu’un exemple grossier. Nous ne croyons pas que la Fed ait le moindre désir de combler tout le retard accumulé au cours de la dernière décennie. Néanmoins, même pour compenser l’insuffisance des cinq dernières années, il faudrait un taux d’inflation annuel de 2,5 % au cours des trois prochaines années. Bref, la Fed a beaucoup de pain sur la planche en matière d’inflation, et après avoir raté sa cible pendant des années, elle serait probablement ravie de réintroduire un certain risque de hausse de l’inflation dans les marchés et l’économie afin de restaurer sa crédibilité à cet égard.

Des tensions inflationnistes pourraient surgir à court terme, mais l’avantage réside selon nous dans le fait que les mesures de relance massives devraient provoquer une reprise beaucoup plus rapide. La Fed prévoit maintenant que le taux de chômage chutera à 3,5 % d’ici la fin de 2023, alors qu’il était de 6,2 % en février. Il a fallu plus de cinq ans pour enregistrer une telle baisse de 2014 à 2019. À notre avis, il s’agit effectivement d’une contrepartie souhaitable d’une inflation légèrement plus élevée.

Conclusion

Au début d’une reprise économique, nous estimons qu’une hausse des taux des obligations du Trésor ne représente pas une menace importante pour les actifs à risque, comme les actions, ou pour l’économie en général. Le risque à surveiller serait peut-être la possibilité que la Fed renonce à vraiment laisser l’inflation grimper pendant un certain temps, mais tout indique qu’elle demeure bien déterminée à respecter son nouveau cadre de politique monétaire.

La réévaluation des taux par rapport aux planchers records de l’an dernier a sans aucun doute influé sur les cours des obligations détenues par les investisseurs en titres à revenu fixe. Toutefois, un retour à des taux plus « normaux » reflétant la vigueur de l’économie devrait également procurer des occasions d’accroître les revenus.

En ce qui concerne le contexte économique et l’impact de mesures de relance budgétaire et monétaire anormalement coordonnées, il s’agira à tout le moins d’une expérience fascinante.


Cet article a été initialement publié dans Perspectives mondiales avec le titre « Le prix élevé du succès »

Au Québec, les services de planification financière sont fournis par RBC Gestion de patrimoine Services Financiers. qui est autorisé comme une société de services financiers dans cette province. Dans le reste du Canada, les services de planification financière sont disponibles à travers RBC Dominion valeurs mobilières.


Nous voulons discuter de votre avenir financier.