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10 mars 2022

Kelly Bogdanova
Vice-présidente et analyste de portefeuille
Services-conseils en gestion de portefeuille – États-Unis

Après avoir franchement plongé il y a quelques semaines, les marchés boursiers des pays développés nord‑américains ont essayé de se stabiliser dernièrement, mais la crise en Ukraine entretient la volatilité. Les acteurs du marché restent attentifs aux négociations entre l’Ukraine et la Russie et aux multiples discussions entre les différents chefs d’État.

Les sanctions et contre‑sanctions retiennent aussi l’attention – et à juste titre –, surtout dans la mesure où elles influent sur les prix des marchandises, qui ont fait un bond depuis le début de l’année, comme l’illustre le graphique.

Rendement depuis le début de l’année de certaines marchandises des secteurs de l’énergie, des métaux et de l’agriculture

Rendement depuis le début de l’année de certaines marchandises des secteurs de l’énergie, des métaux et de l’agriculture.

Le graphique à barres indique que les prix des marchandises ont fortement augmenté depuis le début de l’année. Énergie : pétrole brut (44,0 %), essence (47,4 %) et mazout de chauffage (49,8 %). Métaux : aluminium (19,0 %), minerai de fer (20,2 %) et nickel (131,5 %). Agriculture : maïs (24,5 %), soja (26,5 %) et blé (55,6 %).

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; prix des contrats à terme sur marchandises aux bourses des États‑Unis et de Londres ; données en date du 9 mars 2022 à 21 h 54 (HE)

Pour les marchés boursiers, la question pertinente est la suivante : où toutes ces sanctions mèneront‑elles la croissance de l’économie et des bénéfices de sociétés, l’inflation et les marges de profit ? Nous sommes d’avis qu’il existe aujourd’hui un éventail d’issues possibles plus large qu’avant le début de la crise.

La vague de sanctions

L’Occident a collectivement, de façon unie et déterminée, imposé à la Russie des « sanctions infernales » (selon l’expression forgée par un sénateur américain il y a plusieurs années) en l’isolant concrètement des pays occidentaux ; d’autres sanctions viendront vraisemblablement des États‑Unis et de ses alliés extérieurs à l’Union européenne.

Il convient toutefois de souligner que les pays n’ont pas tous suivi à ce jour. La Chine, l’Inde, la Turquie, le Brésil, le Mexique, Israël, l’Arabie saoudite, l’Égypte, d’autres pays du Moyen‑Orient et certains pays d’Asie centrale, entre autres, ont décidé de ne pas appliquer de sanctions en propre contre le principal producteur mondial de marchandises. La plupart de ces États ont des partenariats stratégiques avec la Russie dans différents domaines.

Moscou n’a pas encore officiellement déployé sa panoplie de contre‑sanctions et d’actions administratives contre les pays qui lui ont imposé des sanctions, mais cela ne saurait tarder.

De notre point de vue, la crise ukrainienne commence à se muer en guerre économique entre l’Occident et la Russie, tandis que beaucoup d’autres pays préfèrent se tenir à l’écart – même si toutes les économies peuvent s’attendre à en subir le contrecoup d’une manière ou d’une autre, étant donné la pression à la hausse sur les prix des marchandises qui en découle.

Quelle que soit la tournure des événements en Ukraine, nous estimons que la plupart des sanctions sont là pour durer. Les origines de la crise remontent à plusieurs décennies, comme nous l’avons mentionné dans notre récent rapport spécial, avant que les événements ne se précipitent.

Des répercussions sur l’inflation ?

Les grandes banques centrales reconnaissent que les sanctions compliqueront la lutte contre ce qui était déjà un contexte inflationniste difficile, et qu’elles accentueront vraisemblablement la pression sur les ménages.

Selon une étude du comité économique mixte du Congrès des États‑Unis – une entité qui, de notre point de vue, a déjà quelques bonnes études à son actif –, le coût moyen de l’inflation pour les ménages américains, même avant le début de la crise en Ukraine, s’élevait à 385 $ par mois par rapport à janvier 2021. Il ne fait que peu de doute dans notre esprit que les sanctions accentueront encore les coûts liés à l’inflation aux États‑Unis, et qu’ils pourraient en définitive être encore plus élevés en Europe. Les sanctions peuvent peser sur les chaînes d’approvisionnement et faire office de « taxe » indirecte sur les prix des marchandises, qui se répercute ensuite dans les prix de différents biens et services.

Les économistes n’ont pas encore pris toute la mesure – il est à notre sens encore un peu tôt – des conséquences de la hausse des prix de l’énergie, des métaux et des produits chimiques ou des gaz utilisés dans les secteurs industriels et technologiques ou dans l’agriculture.

Le volet agricole des sanctions ne nuit pas uniquement aux exportations russes, mais également à celles du Bélarus, l’un des principaux producteurs d’engrais. Il va de soi que la crise en Ukraine perturbera la saison des semis dans la région. Les trois pays sont des producteurs de premier plan de denrées alimentaires. D’après les Nations Unies, les prix des aliments dans le monde ont atteint un niveau record en février, en hausse de 20,7 % sur un an, avant même que le conflit ukrainien et les sanctions ne prennent des proportions majeures.

Les séquelles économiques pourraient être des craintes pour la croissance

Étant donné l’effet domino de la hausse des prix des marchandises, les économies mondiale et américaine pourraient faire face à ce que l’équipe Stratégie sur actions américaines de RBC Marchés des Capitaux appelle des « craintes pour la croissance ». Dans un tel scénario, la croissance économique serait menacée, ce qui accentuerait la crainte d’une croissance très lente ou d’une récession chez les acteurs du marché, mais la récession serait finalement évitée, et la croissance économique retrouverait un rythme normal avec le temps.

Depuis la crise financière mondiale de 2009, de telles craintes pour la croissance, ayant chaque fois des répercussions défavorables sur les marchés boursiers, ont été observées à quatre reprises : (1) lors de la crise de la dette en Europe en 2010, (2) lors de la révision à la baisse de la cote de crédit des États‑Unis en 2011, (3) lors de la récession dans l’industrie en 2015–2016, et (4) lors du premier processus de resserrement quantitatif de la Fed et lorsque la Chine et les États‑Unis étaient engagés dans un bras de fer commercial en 2018.

Selon RBC Marchés des Capitaux, le S&P 500 a perdu en moyenne 17,3 % au cours de chacun de ces épisodes. Le diagramme montre la trajectoire de l’indice un an avant et un an après le creux atteint par le marché. Celui‑ci a en moyenne été aux prises avec des craintes pour la croissance durant 147 jours avant d’atteindre son niveau le plus bas (indiqué par une barre verticale orange dans le graphique).

Réactions du marché aux précédents épisodes de « craintes pour la croissance »

Évolution du S&P 500 lorsque la croissance du PIB a été menacée, mais que la récession a été évitée (depuis 2010)

Évolution du S&P 500 lorsque la croissance du PIB a été menacée, mais que la récession a été évitée (depuis 2010)

Le graphique linéaire révèle l’évolution du S&P 500 aux alentours de chacune des quatre périodes de « craintes pour la croissance », représentées par quatre lignes distinctes, depuis 2010. Il illustre le comportement du marché un an avant et un an après les pires moments des craintes pour la croissance. Dans chaque cas, le marché a atteint un creux dans un délai d’environ 147 jours. Au cours de cette période, les baisses provoquées par les quatre événements ont été les suivantes : Crise de la dette européenne en 2010 (16,0 %) ; baisse de la cote de crédit des États-Unis en 2011 (19,4 %) ; récession dans l’industrie en 2015-2016 (14,2 %) ; resserrement quantitatif de la Fed et conflit commercial É.-U.-Chine en 2018 (19,8 %). Le marché s’est éloigné de ces creux et a renforcé ses gains cumulatifs au cours de périodes d’un mois, de trois mois, de six mois et de douze mois. Après douze mois, le marché avait dans chacun des cas dépassé le sommet atteint au début de la période de craintes pour la croissance.


Creux durant la baisse

Crise de la dette européenne en 2010

Baisse de la cote de crédit des É.-U. en 2011

Récession dans l’industrie en 2015–2016

Resserrement quantitatif de la Fed et conflit commercial É.-U.-Chine en 2018

Sources : Équipe Stratégie sur actions américaines de RBC Marchés des Capitaux, Bloomberg ; axe vertical indexé en prenant le creux pour référence (indice 100) ; axe horizontal représentant une période de 365 jours avant le creux et de 365 jours après le creux

Il est intéressant de signaler que, dans chaque cas, le marché a consolidé ses gains un mois, trois mois, six mois et douze mois après son creux. Le S&P 500 avait en moyenne regagné 30,9 % douze mois après avoir touché le fond.

L’histoire nous montre que, si la crise actuelle finit par engendrer des craintes pour la croissance de l’économie plutôt qu’une récession, il pourrait y avoir d’autres cahots à l’avenir, notamment des baisses supplémentaires, et que des turbulences pourraient persister pendant plusieurs mois, mais qu’à moyen terme, la situation économique devrait se rétablir d’elle‑même.

Aucun de nos sept indicateurs économiques avancés de récession aux États‑Unis n’a bougé jusqu’ici : tous sont toujours au vert, ce qui est signe de croissance. Nous continuerons de suivre de près ces indicateurs et d’autres, étant donné la situation de crise actuelle, de même que le large éventail d’issues possibles.


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Kelly Bogdanova

Vice-présidente et analyste de portefeuille
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