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3 mars 2022

Frédérique Carrier
Première directrice générale et chef, Stratégies
de placement - RBC Europe Limited

Le conflit accentuera encore sans doute l’inflation persistante et érodera la croissance dans bien des pays du globe, mais il touchera l’Europe plus que la plupart.

À notre avis, les répercussions les plus importantes se traduiront probablement par une hausse plus forte et plus longue des prix des marchandises, ainsi que par de nouvelles pressions sur les chaînes logistiques, qui avaient donné certains signes d’amélioration au début de l’année, étant donné que la Russie est un important fournisseur  de métaux et de ressources agricoles essentielles.

Selon Eric Lascelles, économiste en chef, RBC Gestion mondiale d’actifs, le conflit pourrait faire grimper à 8,5 % l’inflation aux États‑Unis selon l’indice des prix à la consommation, soit une hausse par rapport aux 7,5 % prévus auparavant. À son avis, une hausse encore plus longue de l’inflation pourrait accroître le risque de maintien des anticipations inflationnistes à un niveau supérieur.

M. Lascelles estime provisoirement qu’un scénario comportant une hausse modérée des prix des marchandises et un affaiblissement de la demande en raison du conflit pourrait faire diminuer la croissance mondiale de 0,2 % à 0,5 %. Ses estimations de la croissance aux États‑Unis seraient ainsi abaissées à 3,1 % pour 2022.

L’Europe est particulièrement vulnérable à ces perturbations, car près de 40 % de sa consommation de gaz naturel et 25 % de sa consommation de pétrole proviennent de la Russie, mais l’ampleur de cette dépendance varie d’un pays à l’autre.

Bien que les estimations fluctuent grandement du fait de l’évolution de la situation, M. Lascelles estime que l’effet possible sur la croissance en Europe est de l’ordre de 0,7 % du PIB. Il réduit donc à 3 % ses prévisions de croissance du PIB pour 2022, ce qui est encore supérieur à la moyenne historique. La région a terminé l’année 2021 sur une lancée particulièrement forte, qui se transmettra sans doute en partie à l’activité économique printanière et estivale. La hausse prévue de l’inflation nuira certainement tôt ou tard au portefeuille des ménages européens, malgré l’aide gouvernementale. Dans une moindre mesure, une réduction des exportations européennes vers la Russie, qui représentaient 0,6 % du PIB régional à la fin de 2021, entraverait également la croissance.

Perte possible de l’approvisionnement en énergie de la Russie pour l’Europe

Le pire des scénarios – mais aussi le moins probable, à notre avis – serait l’interruption complète des livraisons d’énergie de la Russie à l’Europe. Les répercussions en seraient bien plus importantes : d’après M. Lascelles, la croissance mondiale reculerait d’un point de pourcentage et la croissance de l’économie européenne pourrait perdre jusqu’à deux points de pourcentage.

L’Europe pourrait composer avec ces nouvelles circonstances pendant un certain temps en ayant recours aux réserves stratégiques régionales et nationales, en important plus de gaz naturel et peut‑être en imposant de timides mesures de limitation de la demande, comme la restriction de certains usages industriels de gaz. La plupart des membres de l’UE devraient alors pouvoir se rendre jusqu’à l’hiver prochain sans pénurie grave.

Il pourrait toutefois s’avérer difficile de se passer plus longtemps du gaz de la Russie, puisque les contrats d’approvisionnement à long terme limitent souvent la capacité des producteurs à rediriger d’importantes quantités de gaz vers de nouveaux acheteurs. Certains fournisseurs à l’extérieur de la Russie ont déjà augmenté au maximum leurs capacités de production et d’exportation.

Une perturbation extrême de l’approvisionnement en énergie accentuerait le risque de récession en Europe.

Le dilemme des banques centrales en matière de politique

Les perspectives de hausse de l’inflation compliquent la tâche des banques centrales. Elles doivent maintenant concilier le risque d’inflation élevée et celui de baisse de la croissance.

Nous croyons que la plupart des banques centrales devraient reconnaître que la situation géopolitique exige une certaine prudence et qu’elles pourraient ralentir le rythme de normalisation de leur politique, ce qui comprend les hausses de taux, au cours des prochains mois. Le dilemme pourrait s’avérer encore plus complexe pour la Banque centrale européenne (BCE).

RBC Marchés des Capitaux s’attend maintenant à ce que la BCE reporte de six mois l’annonce de la fin de son programme d’achats d’actifs, soit jusqu’en septembre, et augmente les taux d’intérêt en 2023 seulement, plutôt que dans le courant de l’année.

Transformations profondes au sein de l’UE

Face à l’adversité, l’UE subit actuellement de profondes transformations. La cohésion régionale s’est renforcée et les positions à l’égard de la rigueur budgétaire se sont assouplies.

La guerre a raffermi les liens entre les pays membres. La décision du chancelier allemand Olaf Scholz d’approuver l’exportation d’armes meurtrières vers une zone de conflit pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale constitue un événement remarquable qui permettra sans doute une meilleure coordination à l’échelle de l’UE. La menace d’une agression externe renversera peut‑être la tendance en faveur d’une grande tolérance quant à la prise de décision par l’UE plutôt qu’à l’échelle nationale.

La guerre rend aussi moins attrayants les partis politiques eurosceptiques, tant de l’extrême droite que de l’extrême gauche, qui ont parfois pris Vladimir Poutine comme modèle. Cette situation réduit la probabilité de l’élection d’un gouvernement anti‑UE en France ou en Italie (les élections auront lieu en avril en France) et recentrera sans doute plus fermement les points de vue politiques.

Fait important, nous pensons que l’abandon de la préférence de longue date de l’Allemagne quant à la maîtrise des déficits budgétaires devrait réduire les tensions au sein de l’union, où la limitation de l’ampleur des déficits nationaux à 3 % du PIB constitue une question épineuse depuis des années. Le ministre des Finances de l’Allemagne, Christian Lindner, préconise maintenant une hausse des dépenses militaires représentant 2,7 % du PIB de son pays, ainsi que d’autres augmentations possibles par la suite. Ce changement de ton de la part de l’Allemagne, partisan de longue date de la rigueur budgétaire, laisse entendre que l’examen de la politique budgétaire de l’UE, question importante à l’étude cette année, se traduira par une position plus conciliante quant à la définition d’un niveau adéquat de déficit budgétaire, plutôt que par l’imposition d’un carcan associé à la rigueur budgétaire.

Mise en attente de la transition verte

La transition vers des politiques énergétiques plus propres et plus vertes, grande priorité régionale, pourrait bien perdre de la vitesse à court terme en raison du conflit. D’une part, la décision de l’Allemagne d’investir dans la « liberté » en renforçant plus rapidement ses capacités de production d’énergie renouvelable pour cesser de dépendre de l’énergie (et, par conséquent, de l’influence) de la Russie et de devancer de 2040 à 2035 son objectif de fonctionnement complet à l’énergie verte est une stratégie que copieront sans doute d’autres pays. D’autre part, les centrales à charbon pourraient être remises en service et la fermeture des centrales nucléaires allemandes pourrait être repoussée à court terme afin de réduire la dépendance envers l’énergie provenant de la Russie. Toutefois, l’élan favorable à la décarbonisation demeure un élément qui distingue véritablement l’Europe des autres régions, étant donné que celle-ci abrite beaucoup d’entreprises de renommée mondiale bien placées pour tirer avantage de la reprise des dépenses écologiques durant la décennie en cours.

Maintien de notre surpondération régionale

Même si les perspectives sont plus nébuleuses pour la région du fait de la guerre et malgré la volatilité inévitable à court et à moyen terme, nous continuons de recommander une surpondération modeste des actions européennes. Depuis le début de 2022, l’indice MSCI Europe hors Royaume‑Uni a reculé de plus de 11 % en monnaie locale et ses titres se négocient maintenant à 14 fois les bénéfices prévisionnels sur 12 mois, soit un escompte plus élevé que la moyenne par rapport aux États‑Unis selon une répartition sectorielle neutre. Cette faible valorisation semble indiquer que la gravité de la situation et les révisions à la baisse à venir des prévisions de la croissance sont déjà prises en considération dans les cours.

En outre, nous pensons que les derniers événements survenus dans la région — y compris la cohésion accrue qu’ont laissé entrevoir la rapidité des mesures prises par l’UE pour les sanctions, le revirement notable de la politique budgétaire et étrangère de l’Allemagne et l’approche plus souple de ce pays quant aux règles budgétaires de l’UE, ainsi que l’apaisement des craintes relatives à l’arrivée de forces politiques anti‑UE dans un grand pays — sont tous des éléments allant dans le sens d’une diminution des tensions au sein de l’union. Nous pensons que ces changements réduisent le risque d’éclatement de l’UE et favorisent la probabilité d’une aide budgétaire plus généreuse pour l’économie régionale. Ces transformations profondes pourraient contribuer, avec le temps, à la réduction de l’écart de valorisation attribué traditionnellement à la région.


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Frédérique Carrier

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