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11 août 2022

Frédérique Carrier
Première directrice générale et chef, Stratégies
de placement - RBC Europe Limited

Par Frédérique Carrier

Après la démission du premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson, 180 000 membres du parti conservateur désigneront leur prochain chef. Le nom du candidat choisi sera annoncé le 5 septembre, et celui-ci deviendra automatiquement le prochain premier ministre du Royaume-Uni. Le nombre de candidats a été réduit à deux : la secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Liz Truss, donnée favorite selon les sondages, et l’ancien chancelier de l’Échiquier, Rishi Sunak. Ils prônent tous deux une politique d’assouplissement budgétaire pour contrer le ralentissement de la croissance au Royaume-Uni.

Le prochain occupant du 10 Downing Street devra composer avec un contexte économique très difficile. La Banque d’Angleterre s’attend à ce que l’inflation au Royaume-Uni augmente à 13 % et reste supérieure à 10 % pendant une bonne partie de la prochaine année ; elle a récemment relevé les taux d’intérêt de 50 points de base (pb), soit la plus forte augmentation depuis 1995, pour les fixer à 1,75 %. La banque centrale prévoit que l’économie britannique se contractera de 1,25 % en 2023 et de 0,25 % en 2024. Les marchés s’attendent pour leur part à ce que le taux directeur atteigne 2,85 % à la fin de 2022.

Ces projections pourraient se révéler trop pessimistes si les prix de l’énergie baissaient rapidement ou si le nouveau premier ministre prenait des mesures budgétaires bien plus importantes que ce que suggèrent actuellement les deux candidats pour contrer la récente montée en flèche des prix de l’essence et la hausse du coût de la vie.

Orientation politique des candidats au poste de premier ministre du Royaume-Uni

Liz Truss
Secrétaire d’État aux Affaires étrangères

Rishi Sunak
Ancien chancelier de l’Échiquier

Mesures budgétaires pour stimuler l’économie

  • Annuler l’augmentation prévue de six points de pourcentage du taux d’imposition des sociétés
  • Annuler la récente augmentation des taux de l’assurance nationale
  • Annuler l’écotaxe sur les factures d’énergie
  • Prolonger la récente aide ciblée pour les factures d’énergie
  • Réduire les taxes commerciales après la baisse de l’inflation
  • Réduire le taux de base de l’impôt sur le revenu
  • Réduire temporairement la TVA sur les factures d’énergie

Autre

  • Modifier le mandat de la Banque d’Angleterre en matière de stabilité des prix

Points d’entente

  • Faire avancer le projet de loi sur le protocole visant l’Irlande du Nord (risque de guerre commerciale ?)
  • Déréglementation (sans précisions)

Sources : Financial Times, RBC Gestion de patrimoine.

Une fois en fonction, le nouveau premier ministre sera probablement forcé d’agir. Selon Cornwall Insight, consultant en énergie, la facture énergétique moyenne des ménages devrait augmenter à 3 358 livres sterling par année en octobre, par rapport à 1 400 livres sterling l’an dernier, et grimper à 4 427 livres sterling en avril 2023. La situation est à un point critique pour les ménages, dont le revenu moyen se situait à 25 971 livres sterling en 2021, selon les données du bureau national des statistiques.

Comme les baisses d’impôt sur le revenu n’aident pas nécessairement les ménages à faible revenu, nous nous attendons à ce que le gouvernement verse d’autres prestations directes ou procède à de vastes réductions de la taxe de vente ou de la taxe à la valeur ajoutée (TVA). La baisse de la TVA s’est avérée efficace durant la grande crise financière. Ces mesures peuvent facilement être mises en œuvre, stimulent la consommation et sont temporaires. La Banque d’Angleterre pourrait intervenir davantage si cette autre relance budgétaire se révélait inflationniste et hausser les taux de 25 à 50 pb de plus que ce à quoi s’attend actuellement le marché, selon l’ampleur de la récession.

La livre a été peu sensible à l’incertitude politique générée par la course à la direction du parti conservateur. Les deux candidats devraient toutefois poursuivre les plans de remaniement du protocole sur l’Irlande du Nord, fruit des négociations commerciales visant l’Irlande du Nord après le Brexit, mais cette politique risque de déclencher une guerre commerciale avec l’UE. Une telle décision pourrait faire chuter la livre à moyen et à long terme, tout comme la revue du mandat de ciblage de l’inflation de la Banque d’Angleterre que proposerait Madame Truss si elle devenait première ministre. Cette revue inciterait probablement la banque centrale à moins durcir le ton, même dans un contexte d’inflation élevée.

Mesures mises en place par l’UE pour éviter les pénuries d’énergie

L’UE a réduit sa dépendance à l’égard des importations du gaz russe à 15 % de la consommation totale, par rapport à 40 % l’hiver dernier, mais reste en position précaire. Les prix du gaz naturel ont bondi à plus de 200 € par mégawattheure à la fin de juillet – soit le double du prix moyen au premier semestre de 2022, et environ dix fois la moyenne établie entre 2015 et 2022 – la Russie ayant davantage réduit les livraisons par le gazoduc Nord Stream 1 pour les fixer à 20 % de la capacité. Selon nous, ces coûts d’énergie additionnels représenteraient jusqu’à trois pour cent du PIB de la zone euro en 2021.

Pour réduire le risque de pénuries, les États membres de l’UE ont convenu de réduire d’environ 10 % leur consommation de gaz d’ici mars 2023. La participation au plan, qui permet d’établir des objectifs propres à chaque pays, est facultative pour l’instant, mais pourrait devenir obligatoire advenant une urgence dans la région. Par exemple, l’Espagne envisage de réduire sa consommation de 7 % et demandera aux entreprises de limiter le chauffage et la climatisation (la limite de la climatisation a été établie à un minimum de 27 °C en été, et celle du chauffage à un maximum de 19 °C cet hiver).

De nombreuses entreprises s’adaptent, adoptent d’autres types de carburant et remplacent la production locale par des importations, le cas échéant. Par exemple, le PDG de la multinationale allemande de produits chimiques BASF a déclaré que la société pourrait remplacer 15 % du gaz naturel utilisé pour produire de l’électricité et de la vapeur par du mazout de chauffage. Par ailleurs, le fabricant d’acier ArcelorMittal achète maintenant pour l’une de ses aciéries des intrants métalliques d’une usine jumelle au Canada qui peut se procurer de l’énergie à moindre coût.

La diminution de la consommation actuelle de gaz naturel pourrait permettre d’éviter de brusques interruptions en hiver. Cependant, la réussite de cet effort dépendra probablement de la stratégie d’exportation de gaz qu’adoptera la Russie et de la rigueur de la saison hivernale. Si la Russie maintient ses livraisons de gaz à des niveaux très bas, l’UE accélérera probablement son processus de substitution et de transition énergétiques, ce qui affaiblira l’influence de la Russie sur la région.

La situation italienne

À la suite de la démission du premier ministre Mario Draghi, les Italiens devront se rendre aux urnes le 25 septembre prochain. Ce technocrate centriste avait apporté une crédibilité économique au pays grâce aux réformes adoptées pour que l’Italie puisse bénéficier de 200 milliards d’euros (5 % du PIB) provenant du fonds de relance de l’UE pour lutter contre la COVID-19.

Les sondages d’opinion laissent entrevoir la formation d’une éventuelle coalition de trois partis de droite, qui partagent des points de vue eurosceptiques et populistes grandement similaires. Il est question d’allègements fiscaux et d’un accroissement des dépenses. Une telle politique ferait augmenter la charge de la dette publique, déjà à 150 % du PIB. Cette perspective alarme les investisseurs dans un contexte de hausse des taux d’intérêt. Les écarts de taux, ou l’écart entre les taux des obligations d’État à dix ans de l’Italie et de l’Allemagne, se sont donc creusés avant de se stabiliser.

À notre avis, le nouveau gouvernement évitera probablement une confrontation avec Bruxelles, malgré le discours actuel, et mettra en œuvre les réformes nécessaires pour avoir accès aux fonds de relance de l’UE. La Banque centrale européenne a bien fait comprendre qu’elle n’interviendrait pas si l’Italie plongeait dans une crise générée par un gouvernement eurosceptique qui ne respecterait pas ses engagements envers l’UE. Il convient de suivre la situation de près.

Orientation des portefeuilles

L’Europe est très sensible aux répercussions de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, mais dans l’ensemble, le marché boursier européen a enregistré un rendement à peu près équivalent à celui de l’indice S&P 500 en devises locales jusqu’à présent cette année. Le risque d’erreur de politique est grand, car l’économie de la région ralentit alors que la Banque centrale européenne hausse les taux. Nous privilégierions les occasions offertes par la décarbonisation et l’économie verte, pour lesquelles l’UE reste un chef de file. En ce qui concerne le Royaume-Uni, où les nuages continuent de se profiler à l’horizon, nous nous concentrons sur les sociétés qui génèrent la majeure partie de leurs revenus à l’étranger.


Au Québec, les services de planification financière sont fournis par RBC Gestion de patrimoine Services Financiers. qui est autorisé comme une société de services financiers dans cette province. Dans le reste du Canada, les services de planification financière sont disponibles à travers RBC Dominion valeurs mobilières.


Frédérique Carrier

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