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15 septembre 2022

Kelly Bogdanova
Vice-présidente et analyste de portefeuille
Services-conseils en gestion de portefeuille – États-Unis

Par Kelly Bogdanova

Le marché boursier américain traverse actuellement une autre période difficile et continue d’être aux prises depuis une bonne partie de l’année avec les mêmes problèmes que sont l’inflation élevée et les inquiétudes liées aux répercussions potentielles.

Les indices S&P 500 et Nasdaq ont chuté respectivement de 4,3 % et de 5,2 % mardi à la suite d’un rapport peu encourageant sur la hausse des prix à la consommation. Il s’agit là des reculs les plus importants en une seule séance depuis juin 2020, soit peu après le pic de la pandémie de COVID-19. Environ la moitié des gains réalisés cet été se sont envolés.

L’inflation globale commence à s’estomper, mais à un rythme relativement lent. L’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 8,3 % d’une année sur l’autre en août. Ce taux est inférieur à celui des deux mois précédents, mais demeure supérieur aux prévisions consensuelles des économistes de Wall Street, qui tablaient sur 8,1 %.

Par ailleurs, le taux de l’IPC de base, qui exclut les prix des aliments et de l’énergie, a bondi de 6,3 % d’une année sur l’autre et se situe actuellement près du sommet qu’il avait atteint en mars. Les économistes s’attendaient à ce qu’il augmente en août, mais pas dans une telle proportion.

L’inflation reste élevée

Indices des prix à la consommation aux États-Unis (variation d’une année sur l’autre)

Indices des prix à la consommation aux États-Unis

Le graphique linéaire montre qu’après une période d’inflation relativement stable autour de 2 %, l’inflation globale et l’inflation de la consommation ont vu leurs taux plonger durant la crise de la COVID-19 en 2020, avant de rebondir au début de 2021. Le sommet de l’inflation de base a été atteint en mars de cette année avec un taux de 6,5 %, et le sommet de l’inflation globale a été atteint en juin avec un taux de 9,1 %. Depuis, le taux global est redescendu à 8,3 %, tandis que le taux de base s’est quelque peu modéré avant de remonter à 6,3 % en août.

  • Taux IPC global
  • IPC de base (hors aliments et énergie)

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; données mensuelles prises en compte jusqu’à la fin d’août 2022

Mieux vaut s’armer de patience

Selon nous, les investisseurs à long terme ne devraient pas succomber au pessimisme à l’égard des actions ou jeter l’éponge simplement parce que l’inflation n’est pas encore totalement maîtrisée. Le marché fait face depuis janvier à cette situation, qui a entraîné un recul plus marqué du printemps jusqu’au début du mois de juin.

Nous ne nous attendions pas à ce que le problème s’atténue rapidement. D’autres périodes de volatilité pourraient resurgir jusqu’à ce qu’il ne fasse plus aucun doute que l’inflation retrouve des niveaux normaux.

Pour ce qui est des actions, mieux vaut s’armer de patience en raison des quatre facteurs suivants :

  • Premièrement, nous nous attendons à d’autres hausses de taux par la Réserve fédérale (Fed). Avant la publication des données décevantes sur l’inflation en août, le marché des contrats à terme prévoyait que la Fed relèverait ses taux de 50 ou 75 points de base (pb) lors sa réunion des 20 et 21 septembre. Il anticipe maintenant une hausse de 75 pb, avec une probabilité d’environ 25 % qu’elle soit de 100 pb. Les prix des contrats à terme montrent que d’autres hausses auront probablement lieu en novembre, en décembre et au premier trimestre de 2023, de sorte que les taux des fonds fédéraux pourraient s’établir à environ 4,50 %. C’est près de 100 pb de plus que ce à quoi on s’attendait le mois passé, soit un niveau relativement élevé si l’on considère que les taux étaient tout près de leur plancher record de 0,25 % au début de l’année. Pendant ce temps, le taux des obligations du Trésor à 10 ans et le taux hypothécaire à 30 ans ont grimpé respectivement à 3,45 %, et à 6,19 %.
  • Deuxièmement, le resserrement énergique de la Fed pourrait accroître le risque de récession. Trois de nos sept indicateurs de récession signalent déjà que le risque d’une contraction de l’économie en 2023 est à la hausse . Nous croyons qu’il continuera d’augmenter à mesure que la Fed relèvera davantage ses taux et que la hausse des coûts d’emprunt pèsera plus lourdement sur l’activité économique. Des replis d’intensité variable des marchés boursiers ont toujours précédé les récessions aux États-Unis, en moyenne de cinq à sept mois avant leur début officiel. Le marché semble déjà confronté à cette éventualité.
  • Troisièmement, les bénéfices, les marges et le ratio cours-bénéfice des sociétés de l’indice S&P 500 pourraient diminuer. C’est la principale raison qui nous pousse à penser que les actions ont été durement touchées par la nouvelle de mardi concernant l’inflation. Bien que les marchés aient déjà pris en compte une grande part des mauvaises nouvelles, nous croyons qu’il faudra encore du temps avant que les risques soient pleinement intégrés. Autrement dit, la période d’agitation et de volatilité pourrait durer plus longtemps, et le repli pourrait s’accentuer.
  • Les bénéfices pourraient continuer de croître au cours des derniers trimestres de l’année, et même se rapprocher des prévisions consensuelles pour 2022 concernant l’indice S&P 500, qui tablent sur 225 $ par action. Cela dit, nous doutons fortement qu’ils atteignent 244 $ par action, comme le prévoient les estimations consensuelles pour 2023, si la croissance économique ralentit nettement et, surtout, si nous sommes confrontés à une récession généralisée. Au cours des quatre récessions précédentes causées par l’inflation, les bénéfices des sociétés de l’indice S&P 500 ont reculé en moyenne de 17,7 % du sommet au creux. Pour en savoir plus, consultez l’article « Les bénéfices mènent le marché ».
  • Si l’on se fie aux données historiques, la marge actuellement élevée des sociétés de l’indice S&P 500 pourrait grandement se dégrader. Par ailleurs, si l’inflation se maintient pendant un certain temps au-dessus du taux cible de 2 % de la Fed, leur ratio cours-bénéfice (C/B) pourrait tomber à environ 15 fois les prévisions consensuelles, ce qui est en deçà de la moyenne de 17 fois au cours de la dernière décennie.
  • Quatrièmement, la crise en Ukraine pourrait nous exposer à de plus grands risques. Compte tenu de la guerre actuelle en Ukraine, nous pensons que les enjeux du conflit se sont renforcés et que les risques géopolitiques et économiques qui en découlent se sont aggravés et amplifiés. Pour les dirigeants russes, ainsi que des tranches importantes de la population, la guerre ne se résume pas seulement à un affrontement avec Kiev et l’armée ukrainienne, qui est équipée d’armes fournies par l’OTAN. Les hauts responsables du Conseil de sécurité russe laissent de plus en plus souvent entendre, par l’intermédiaire de communiqués officiels et des médias sociaux, que l’OTAN elle-même affronte la Russie en se servant « des mains et des pieds des Ukrainiens ». Ils vont même jusqu’à affirmer que l’objectif ultime de l’Occident est de diviser la Russie en plusieurs entités. De notre point de vue, les relations entre l’OTAN et la Russie sont à leur point le plus bas de l’histoire et nous croyons que le conflit en Ukraine se prolongera très probablement pendant un certain temps. Nous pensons, à tout le moins, qu’il aura des conséquences négatives sur l’économie européenne et que les sanctions qui y sont liées ralentiront la croissance mondiale.

Recommandations sur la composition des portefeuilles

Le marché semble maintenant comprendre que l’inflation et les problèmes qu’elle entraîne ne se résorberont pas du jour au lendemain et que la conjoncture économique pourrait se détériorer davantage au cours des six prochains mois.

Pour les investisseurs à long terme, nous continuons de recommander une pondération neutre en actions américaines, et conseillons une combinaison d’actions défensives et d’actions de croissance, avec un penchant pour les actions de qualité. Ces recommandations visent à équilibrer les risques de récession latents avec la possibilité que des tensions inflationnistes baissières et le ralentissement de la croissance prévus l’an prochain puissent provoquer un changement d’attitude de la part de la Fed au courant de 2023.

Il ne faut toutefois pas oublier qu’en période de turbulences économiques (souvent au moment même où les manchettes font état des pires difficultés et que les investisseurs font plutôt preuve de pessimisme) les marchés reprennent habituellement de la vigueur dès l’apparition des premiers signes de reprise économique, et ce, avant même la fin des récessions. De plus, selon les données historiques, le marché aux États-Unis nous réserve généralement de belles surprises lors des périodes entourant les élections de mi-mandat.


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Kelly Bogdanova

Vice-présidente et analyste de portefeuille
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