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20 janvier 2022

Frédérique Carrier
Première directrice générale et chef, Stratégies
de placement - RBC Europe Limited

Contrairement à la plupart des pays occidentaux, qui s’efforcent de vivre avec la COVID en imposant des restrictions relativement légères, et même si 85 % de ses habitants sont pleinement vaccinés, la Chine est déterminée à mettre en œuvre sa politique de tolérance zéro, qui consiste à arrêter la transmission communautaire grâce à des mesures de confinement strictes et rapides. Elle a récemment imposé le confinement de la ville de Xi’an, qui compte 13 millions d’habitants et qui est le cœur même de la fabrication de puces à semi-conducteur. D’autres villes, dont Beijing, ont signalé des cas de contamination par le variant Omicron au cours des derniers jours.

Bien des observateurs croient que la politique de tolérance zéro de la Chine est vouée à l’échec du fait de la grande transmissibilité du variant Omicron, et que ce pays n’aura pas d’autre choix que de suivre tôt ou tard la voie empruntée par le monde occidental. Les analystes de RBC Gestion de patrimoine ne sont pas d’accord. Étant donné que la Chine est fortement peuplée, ils sont d’avis que les non-vaccinés, qui représentent 15 % de la population (soit 210 millions de personnes), pourraient facilement submerger le système de santé si un grand nombre d’entre eux avaient besoin d’un traitement d’urgence. En outre, des études démontrent que les vaccins chinois sont moins efficaces contre Omicron que contre les variants précédents.

Les risques de confinement s’accentuent donc en Chine, même s’ils diminuent ailleurs. Le resserrement des restrictions liées à la pandémie pourrait encore perturber les chaînes logistiques, freiner la normalisation de l’économie mondiale et continuer d’alimenter l’inflation mondiale, tout en faisant plafonner la croissance de l’économie chinoise.

Les défis du secteur de l’immobilier

Les prix des habitations ont augmenté dans la plupart des pays occidentaux, mais ils ont diminué en Chine. Dernièrement, beaucoup de promoteurs immobiliers ne se sont pas acquittés de leur dette extérieure, dont la grande société de renom Evergrande, qui mène plus de 1 300 projets de développement dans plus de 280 villes. Evergrande négocie actuellement avec ses créanciers chinois pour retarder le remboursement de sa dette intérieure.

Le gouvernement n’est pas intervenu de manière significative pour atténuer les difficultés de l’immobilier depuis la détérioration marquée de ce secteur en octobre 2021. Les promoteurs immobiliers qui tentent d’obtenir des fonds en faisant appel au crédit national ou international, au soutien des actionnaires et à la vente d’actifs éprouvent des difficultés, puisque la confiance des investisseurs et des acheteurs de propriété a été ébranlée. Le marché du refinancement demeure fermé en grande partie.

Étant donné que le secteur immobilier représente une part extrêmement élevée de 25 % du PIB, nous pensons que les autorités ne ménageront aucun effort pour éviter un atterrissage brutal en ayant recours à d’autres mesures d’allègement graduel, tout en maintenant probablement leur objectif de désendettement à moyen et à long terme. Le ralentissement du marché immobilier se poursuivra donc sans doute durant le premier semestre de l’année et entravera la croissance économique.

Les données économiques demeureront-elles favorables ?

Malgré ces problèmes, les mesures de l’activité liée à la fabrication et aux services (PMI) de la Chine ont remonté récemment. Cette situation contraste avec celle des États-Unis et la zone euro, où les dernières données économiques se sont légèrement détériorées, quoiqu’elles indiquent toujours une expansion. La croissance du PIB de la Chine au quatrième trimestre de 2021 a dépassé les attentes en atteignant 4,0 % d’une année sur l’autre. Cette hausse porte la croissance du PIB pour l’année entière à 8,1 % sur 12 mois, soit beaucoup plus que la cible officielle de 6 %.

L’impulsion du crédit en Chine s’avère positive

Impulsion du crédit en Chine (points de pourcentage)

Le graphique linéaire illustre l’impulsion du crédit en
                Chine, c’est-à-dire la variation mensuelle du nouveau crédit en proportion du produit intérieur brut, depuis
                2006.

Le graphique linéaire illustre l’impulsion du crédit en Chine, c’est-à-dire la variation mensuelle du nouveau crédit en proportion du produit intérieur brut, depuis 2006. L’impulsion du crédit est devenue négative à la fin de 2020 et l’est restée pendant de nombreux mois à cause des restrictions frappant les prêts. Elle est redevenue positive dans les derniers mois de 2021, marqués par une légère remontée du volume des prêts.

Nota : Correspond à la variation d’une année sur l’autre de la moyenne mobile sur trois mois du total du financement social, à l’exclusion des actions et des émissions d’obligations par les administrations locales, en pourcentage du PIB.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Haver Analytics, RBC Gestion mondiale d’actifs ; données prises en compte jusqu’en novembre 2021.

Le gouvernement se concentre maintenant sur la stabilité et il a adopté plusieurs mesures visant à soutenir la croissance, comme la réduction du ratio de réserves obligatoires des banques, l’assouplissement des restrictions relatives aux prêts hypothécaires et l’accroissement des prêts consentis par les banques aux petites entreprises privées. Signe encourageant, Eric Lascelles, économiste en chef de RBC Gestion mondiale d’actifs Inc., souligne que l’impulsion du crédit en Chine, c’est-à-dire la variation mensuelle du nouveau crédit en proportion du PIB, est redevenue positive après être demeurée longtemps négative. Il en ressort que Beijing réduit les efforts visant à freiner les emprunts pour le moment.

Nous croyons néanmoins que la politique de tolérance zéro face à la COVID-19 entravera sans doute tôt ou tard l’activité manufacturière et les exportations de la Chine, tandis que les difficultés du marché immobilier pourraient limiter les dépenses des consommateurs et constituer une menace pour la stabilité macroéconomique et financière du pays.

Selon les prévisions moyennes des économistes, publiées par Bloomberg, le PIB de la Chine devrait croître à un taux de 5,2 % en 2022, ce qui est légèrement inférieur aux attentes précédentes. RBC Gestion mondiale d’actifs maintient ses prévisions inférieures à la moyenne pour une croissance du PIB en deçà de 5 % en 2022, mais croit que le gouvernement réussira à stabiliser la croissance après le passage de la vague Omicron.

Une politique monétaire exceptionnellement souple

Étant donné que les risques économiques sont actuellement orientés à la baisse, nous nous attendons à ce que la Banque populaire de Chine demeure souple et accommodante. La banque centrale a réduit les taux d’intérêt pour la première fois depuis mars 2020 le 17 janvier : elle a abaissé son taux des cessions en pension à sept jours et son taux du programme de prêts à moyen terme d’un an de dix points de base (pb) chacun, pour les fixer respectivement à 2,10 % et à 2,85 %. Ces baisses font suite à d’autres mesures de relance prises à la fin de 2021, notamment la baisse du coefficient de réserves obligatoires de 50 pb, la diminution du taux préférentiel de prêt à un an de cinq pb et le lancement de facilités de réaffectation des prêts pour soutenir la décarbonation et la production de charbon propre en novembre.

À notre avis, toute autre mesure d’assouplissement sera sans doute limitée, mais la Chine est l’un des rares pays du monde à aller à contre-courant de la tendance au resserrement monétaire. Depuis l’été dernier ou même avant, mentionne M. Lascelles, la plupart des banques centrales optent de plus en plus pour une orientation austère, soit en relevant leurs taux, soit en signalant que de telles hausses seront décrétées en 2022.

Malgré les inquiétudes relatives au risque de ralentissement de la croissance et un assouplissement modéré, le renminbi poursuit sur sa récente lancée grâce à un important excédent commercial et aux grandes liquidités en dollars sur le continent en raison des taux attrayants des obligations d’État. Sur un horizon de six à douze mois, nous croyons que l’ajout imminent des obligations chinoises dans l’indice mondial d’obligations gouvernementales FTSE devrait attirer des capitaux étrangers et appuyer la monnaie. En 2022, RBC Marchés des Capitaux prévoit une légère appréciation de la devise, dont la valeur devrait atteindre 6,35 dollars américains à la fin de l’année.

Est-il trop tôt pour les actions chinoises ?

Vu la recrudescence de la COVID-19, le ralentissement économique et la tourmente sur le marché immobilier, l’indice MSCI Chine continue d’être dépassé par l’indice MSCI Monde, qui représente les marchés développés.

À notre avis, les valorisations sont devenues attrayantes, mais nous éviterions d’investir davantage dans les actions chinoises pour le moment, étant donné les défis mentionnés précédemment. Il sera sans doute possible d’accroître les positions en Chine après le premier trimestre. Les investisseurs pourraient alors voir des signes démontrant que la vague actuelle de COVID-19 a commencé à descendre et mieux comprendre l’effet sur les bénéfices de l’évolution de la conjoncture macroéconomique et des nouvelles politiques. Au moment venu, nous serons à l’affût de possibilités misant sur les tendances de croissance à long terme telles que les véhicules électriques, l’énergie renouvelable et les processus de fabrication de pointe, comme la robotique (voir notre article des Perspectives 2022 sur les prévisions à long terme pour la Chine).


Au Québec, les services de planification financière sont fournis par RBC Gestion de patrimoine Services Financiers. qui est autorisé comme une société de services financiers dans cette province. Dans le reste du Canada, les services de planification financière sont disponibles à travers RBC Dominion valeurs mobilières.


Frédérique Carrier

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