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23 juin 2022

Kelly Bogdanova
Vice-présidente et analyste de portefeuille
Services-conseils en gestion de portefeuille – États-Unis

Par Kelly Bogdanova

Les problèmes qui plombent les marchés boursiers depuis le début de l’année, soit l’inflation, les hausses de taux d’intérêt et les préoccupations relatives à la croissance économique, exercent depuis peu une pression encore plus forte sur les actions. Or, leur évolution récente porte à croire que les difficultés et la volatilité pourraient s’éterniser.

Derniers développements

En un peu plus de deux semaines, l’indice S&P 500 a reculé de 9,6 %. Ce déclin s’ajoute aux pertes accumulées précédemment, de sorte que le niveau de l’indice est inférieur de 21,6 % au sommet record atteint début janvier.

Voici les quatre principaux facteurs de cette baisse :

1) Inflation forte et persistante : Selon les données pour le mois de mai, il est peu probable que l’inflation revienne bientôt à la normale aux États-Unis.

En fait, comme les prix de l’essence ont encore monté, Tom Porcelli, économiste en chef, États-Unis, à RBC Capital Markets, LLC, estime que l’indice global des prix à la consommation (IPC) pourrait afficher une hausse de 9 % en juin, contre 8,6 % en mai, un niveau qui était déjà le plus élevé en 40 ans.

M. Porcelli et d’autres économistes de RBC restent d’avis que plusieurs éléments sont susceptibles de modérer l’inflation globale plus tard cette année. L’IPC de base (excluant les aliments et l’énergie) pourrait effectivement retomber, surtout si la demande de biens et de services diminue dans un contexte de ralentissement économique.

Même si cela se produit, l’inflation globale, qui touche le plus durement les ménages, demeurera sans doute désagréablement élevée pour le reste de 2022. Elle pourrait aussi se maintenir bien au-delà de la cible de 2 % fixée par la Réserve fédérale (Fed) l’année prochaine. Le marché boursier a commencé à s’ajuster à ce scénario d’inflation persistante.

Les causes profondes de cette poussée font encore l’objet d’intenses débats. Certains économistes pensent qu’elle est principalement attribuable aux perturbations des chaînes logistiques causées par la pandémie. D’autres, bien que conscients du rôle prépondérant de ces perturbations, croient que les mesures de relance monétaires et budgétaires sans précédent prises durant la pandémie en sont responsables. Ils soutiennent que la Fed et le gouvernement fédéral ont avivé eux-mêmes le feu de l’inflation. D’autres encore mentionnent l’effet des mesures gouvernementales dissuasives visant la production de combustibles fossiles.

En outre, les restrictions et les confinements imposés en Chine pour endiguer la COVID-19 ainsi que les sanctions infligées à la Russie intensifient l’inflation et les problèmes logistiques, et prolongent ces conditions difficiles. Or, les banques centrales ne peuvent pas faire grand-chose pour résoudre cette situation. Les lourdes sanctions visant la Russie, le plus grand producteur de marchandises au monde, ont un effet boomerang négatif sur les économies occidentales qui les ont décidées, notamment les pays européens. Les hauts responsables qui étaient si pressés de les mettre en place n’en ont peut-être pas pleinement évalué les conséquences sur les ménages et les entreprises, et semblent réticents à renverser la vapeur.

2) Hausses de taux très fortes et rapides : Il n’est pas étonnant que la Fed ait signalé son intention de relever fortement les taux lors de sa réunion de juillet, étant donné que l’inflation ne faiblit pas et que les anticipations inflationnistes à moyen terme visant les prix à la consommation ont monté. La Fed a déjà augmenté ses taux de 150 points de base (pb) depuis le début de l’année et le marché obligataire prévoit actuellement un resserrement additionnel de l’ordre de 175 pb d’ici la fin de l’année. Cela porterait le taux des fonds fédéraux à 3,5 %. La Fed n’est pas la seule à donner un coup de frein aussi brusque. Les banques centrales de la plupart des pays développés relèvent également les taux de façon énergique. Le rythme des hausses est à peu près quatre fois plus rapide que d’ordinaire. Et cela soulève une autre préoccupation…

3) Risque accru de récession : Il y a quelques semaines à peine, le risque de récession aux États-Unis semblait relativement modéré aux yeux des économistes de RBC — ce n’est plus le cas maintenant. Eric Lascelles, économiste en chef, RBC Gestion mondiale d’actifs Inc. a écrit ceci dernièrement : « Nombreuses sont les règles générales qui indiquent qu’une récession est plus probable qu’improbable d’ici les deux prochaines années. D’abord, on associe fortement les cycles de hausse de taux aux récessions qui les ont suivis dans le passé. Il en est de même pour les envolées des cours du pétrole comme celle qui a eu lieu récemment. Enfin, des pics d’inflation aussi élevés ont toujours été résolus par une récession. (...) Par ailleurs, lorsque les banques centrales du monde se mettent à relever les taux toutes en même temps, l’activité économique a tendance à fléchir considérablement dix mois plus tard. L’intensité du resserrement actuel cadre effectivement avec une récession. »

4) Recul possible de la croissance des bénéfices : Si l’économie américaine ralentit ou se contracte, les bénéfices des sociétés en subiront le contrecoup. Lors des récessions précédentes, le recul médian des bénéfices au sein du S&P 500 était de 13 %, même si les baisses ont considérablement varié et qu’elles ont été plus importantes durant les trois survenues depuis 2001.

Pour le moment, les analystes sectoriels de Wall Street n’en tiennent pas compte dans leurs estimations. Ils tablent sur un bénéfice par action de 230 $ en 2022 (hausse de 10 % par rapport à 2021) et de 252 $ en 2023, selon les données du système I/B/E/S de Refinitiv. Les prévisions de bénéfices ont augmenté depuis janvier et la croissance devrait se concentrer sur la fin de l’année. En cas de ralentissement généralisé ou de récession vers la fin de l’année ou l’an prochain, nous pensons que ces estimations seraient revues à la baisse. La révision pourrait se faire dès la période de publication des résultats du deuxième trimestre, qui commence à la mi-juillet. Le marché semble s’y préparer, comme le montre la rapide liquidation des dernières semaines.

Même si les prévisions de bénéfices sont susceptibles de diminuer, il est important de rappeler l’incidence de l’inflation sur les revenus. Quand l’économie ralentit, les ventes ralentissent naturellement aussi. Toutefois, dans un contexte inflationniste, les prix de vente sont habituellement élevés pour de nombreux produits et services. Par conséquent, si l’inflation persiste et qu’un certain nombre de grandes sociétés conservent leur pouvoir d’établissement des prix, le déclin des bénéfices globaux du S&P 500 pourrait être moindre qu’en contexte de ralentissement ou de récession sans inflation.

Considérer la volatilité à long terme

Qu’une récession survienne ou non, nous pensons que le marché boursier américain s’y prépare, au lieu de prévoir des craintes en ce qui concerne la croissance. Lors des quatre derniers épisodes d’inquiétude liée à la croissance, le S&P 500 a chuté en moyenne de 17,4 %, les récessions entraînant habituellement des replis plus marqués et plus longs. Lors des 13 récessions enregistrées aux États-Unis depuis 1937, le S&P 500 s’est replié de 32 %, et le marché a mis un peu plus d’un an pour atteindre son point le plus bas, en moyenne. Certes, le rendement et la durée varient grandement selon les récessions, et certaines d’entre elles comportaient des facteurs uniques qui ont dicté la trajectoire du marché.

À notre avis, il est vain pour les investisseurs à long terme de tenter d’anticiper le marché et de prévoir son point le plus bas. Lors de toutes les récessions mentionnées, sauf une, le S&P 500 a atteint son creux avant la fin officielle de la récession et souvent au moment où les nouvelles économiques étaient les plus sombres. En outre, le fait d’être absent du marché les jours de fortes reprises, qui peuvent survenir de manière tout aussi soudaine et imprévue que les liquidations, peut nuire aux rendements à long terme, comme le montre le graphique.

La valeur d’un placement de 10 000 $ de mai 2002 à avril 2022

La valeur d’un placement de 10 000 $ de mai 2002 à avril 2022

Le graphique à barres montre la valeur d’un placement de 10 000 $ dans l’indice S&P 500, de mai 2002 à avril 2022. Si l’investisseur avait conservé son placement, celui-ci vaudrait 59 966 $ à la fin de la période (soit un rendement annualisé de 9,1 %). S’il avait manqué les 10 meilleurs jours, son placement vaudrait 26 107 $ (rendement annualisé de 4,9 %). S’il avait manqué les 20 meilleurs jours, son placement vaudrait 15 529 $ (rendement annualisé de 2,2 %). S’il avait manqué les 30 meilleurs jours, son placement vaudrait 10 079 $ (rendement annualisé de 0,04 %).

Sources : RBC Gestion de patrimoine, FactSet ; rendements de l’indice de rendement global S&P 500. Les rendements antérieurs ne sont pas garants des rendements futurs. Un particulier ne peut pas investir directement dans un indice.

Si la probabilité d’une récession continue d’augmenter, nous pensons que la volatilité pourrait se prolonger et que d’autres baisses pourraient se matérialiser. Toutefois, comme le S&P 500 a déjà cédé plus de 20 % par rapport à son sommet, il semble qu’une part importante de la faiblesse soit déjà prise en compte.


Au Québec, les services de planification financière sont fournis par RBC Gestion de patrimoine Services Financiers. qui est autorisé comme une société de services financiers dans cette province. Dans le reste du Canada, les services de planification financière sont disponibles à travers RBC Dominion valeurs mobilières.


Kelly Bogdanova

Vice-présidente et analyste de portefeuille
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