cable stayed bridge under construction

Frédérique Carrier

Selon le Forum économique mondial, on néglige d’investir 1 billion de dollars américains chaque année dans les infrastructures à l’échelle mondiale. Les navetteurs de partout ne seront pas surpris de l’apprendre.

Les dépenses d’infrastructure améliorent non seulement la commodité et la sécurité, mais aussi la productivité, puisque des routes en mauvais état et des vols retardés freinent la croissance économique. Avec des avantages aussi évidents, pourquoi constate-t-on un tel sous-investissement ?

Il y a de nombreuses années, il était plus facile pour les gouvernements d’approuver des projets d’infrastructure. Après la Seconde Guerre mondiale, on a vu naître partout un fort consensus public quant au caractère souhaitable de vastes projets pouvant stimuler la croissance et créer des emplois tout en modernisant les infrastructures en vue de soutenir une société industrielle en constante évolution.

Qu’il soit question du réseau autoroutier interétatique des États-Unis (construit sur 35 ans à partir de la fin des années 1950), des autoroutes à grande vitesse partout en Europe, des trains superexpress au Japon, des trains à grande vitesse en Europe et des gigantesques aéroports partout dans le monde, ces projets ont non seulement suscité un sentiment de fierté nationale, mais ils ont aussi accru considérablement la richesse et la productivité.

Aujourd’hui, les longs délais de développement obligent souvent les politiciens qui approuvent les projets d’infrastructure à porter le blâme des énormes budgets, des éventuels dépassements de coûts et des perturbations, mais ceux-ci demeurent rarement au pouvoir assez longtemps pour prendre le crédit des avantages. Aux États‑Unis et ailleurs, la complexité des projets d’infrastructure est aggravée par la participation obligatoire des gouvernementaux régionaux, locaux et nationaux qui ont souvent des priorités contradictoires.

Il est clair pour tous qu’il faut relever ces défis, et la nécessité d’accroître les dépenses d’infrastructure est l’un des rares sujets pour lesquels il existe un accord bipartisan aux États-Unis. Et pourtant, les divisions au sein du Congrès pourraient rendre difficile l’adoption de tout projet de loi important sur les infrastructures.

Dénouer l’impasse

Dans d’autres pays, on observe l’avènement de plans tangibles visant à accroître les engagements en matière d’investissement dans les infrastructures, comme l’indique l’encadré ci-dessous. Nous nous attendons à d’autres projets nationaux d’infrastructure dans l’avenir. La politique budgétaire jouera probablement un rôle plus important pour contrer la prochaine récession, puisque les taux d’intérêt ne pourront sans doute pas tomber assez bas pour soutenir l’économie sans aide. Les banques centrales pourraient jouer un rôle : la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon ou la Banque centrale européenne pourraient acheter des obligations du secteur des infrastructures ou des obligations émises par une banque d’infrastructure dirigée par un État.

Le nouveau visage des investissements dans les infrastructures

Les investissements dans les infrastructures ont connu deux grands changements au cours des 40 dernières années, soit l’expansion du rôle du secteur privé et l’élargissement considérable de la catégorie d’actifs.

Devant l’accentuation de l’ampleur, de la complexité et des besoins de financement des projets d’infrastructure, les gouvernements ont fait davantage appel au secteur privé. Pendant ce temps, les caisses de retraite, les fonds souverains et les compagnies d’assurance ont découvert que les infrastructures de longue durée correspondaient souvent aux dettes à long terme avec lesquelles ils doivent composer. Les projets d’infrastructure produisent aussi un flux de trésorerie fiable dès le début de leur exploitation et ils comprennent souvent un mécanisme de rajustement en fonction de l’inflation.

Les ambitions de la Chine éclipsent d’autres plans
Principaux plans nationaux d’infrastructure

CHINE : Projet « Une ceinture, une route » (ou OBOR, pour « One Belt, One Road »)

ALLEMAGNE : Plan fédéral d’infrastructure

INDE : Plan du premier ministre Narendra Modi

UNION EUROPÉENNE : Plan Juncker

CANADA : Banque de l’infrastructure du Canada (BIC)

JAPON : Plan du premier ministre Shinzo Abe

* Estimation de PwC en cas de mise en œuvre complète du plan.

Source : RBC Gestion de patrimoine

Le domaine traditionnel des projets d’infrastructure (ponts, routes et production d’énergie électrique) s’est développé pour englober des réseaux de transport en commun rapide, des trains à grande vitesse, des aéroports, des réseaux de distribution électrique, des ports et des hôpitaux. Les nouveaux éléments comprennent les logements pour étudiants, les résidences-services qui permettent aux retraités de s’établir près des centres de soins de santé et des hôpitaux, la construction de l’infrastructure de la connectivité Internet mobile de cinquième génération (5G) qui offre un débit accru et permet la connexion simultanée d’un plus grand nombre d’appareils, la construction et l’entretien des réseaux de stations cellulaires, ainsi que les réseaux des bornes de recharge pour les véhicules électriques.

Investissements dans les infrastructures et cycle économique

Les investissements dans les infrastructures devraient produire des résultats relativement satisfaisants dans le contexte économique qui prédominera selon nous au cours de la prochaine décennie. La plupart des secteurs des infrastructures profitent de la croissance économique et de l’inflation dans une certaine mesure, et la demande a tendance à être relativement tenace en présence de replis.

La hausse des taux d’intérêt peut rendre plus difficiles les conditions d’investissement puisque les infrastructures sont habituellement financées par des dettes, mais l’effet dépendra de la structure du capital et du rendement possible de chaque projet.

Le secteur du transport est celui qui pourrait profiter le plus du contexte actuel
Effet de la croissance économique et de l’inflation
Secteur ou sous secteurCroissance accrue du PIB : effet sur les revenusInflation accrue : effet sur les revenusEffet sur les coûts
Communications : traditionnel La pression exercée sur les prix fait contrepoids à l’effet de la croissance accrue Les tarifs ont tendance à être liés à l’inflation Prix de base établi
Communications : infrastructure 5G Les consommateurs devraient payer pour la connectivité supplémentaire Les tarifs ont tendance à être liés à l’inflation Prix de base établi
Énergie : conduites de gaz naturel et lignes électriques La concurrence accrue des ressources renouvelables exerce une pression sur les sources d’énergie traditionnelles Les prix ont tendance à être liés à l’inflation Prix de base établi
Énergie : ressources renouvelables (p. ex., solaires, éoliennes) Les moteurs les plus importants sont la croissance durable et la réglementation Les subventions ont tendance à augmenter avec l’inflation Une efficacité accrue fait diminuer les coûts
Société : hôpitaux, établissements Peu d’effet La plupart des tarifs sont liés à l’inflation Hausse des coûts
Transport : routes, voies ferrées, aéroports Les volumes sont touchés par la croissance du PIB La plupart des tarifs sont liés à l’inflation Prix de base établi
Services publics : réglementés (électricité, gaz, eau) Peu d’effet Les tarifs ont tendance à être liés à l’inflation Hausse des coûts
Services publics : non réglementés (p. ex., services de gestion des déchets) La demande et les prix ont tendance à augmenter Les tarifs sont liés à l’inflation, mais ils sont limités par la concurrence et les pressions politiques Hausse des coûts
Effet positif Effet neutre Effet négatif  

Source : RBC Gestion de patrimoine

Un outil de diversification

Les investissements dans les infrastructures peuvent comporter de précieux avantages en matière de diversification. La plupart de ces investissements génèrent un flux de revenus à partir d’actifs stables à faible risque qui seraient moins touchés par un ralentissement économique. Voilà pourquoi les investissements dans les infrastructures devraient donc mieux s’en tirer que l’ensemble du marché en cas de repli.

L’efficacité de cet outil de diversification dépendra des investissements. Comme l’ensemble des catégories d’actifs, les projets d’infrastructure sont soumis à une vaste gamme de risques. À une extrémité, il y a les projets moins risqués, comme la production d’énergie électrique traditionnelle dans les économies développées où il est possible de contrôler les coûts, de mieux évaluer la demande et de se fier au cadre réglementaire. À l’autre extrémité se trouvent les projets novateurs inhabituels dans les économies émergentes où il se peut que les coûts explosent, que les contrats soient plus difficiles à exécuter, que l’appui du gouvernement s’estompe brusquement et que la volatilité de la devise rende imprévisibles les rendements. Les investissements plus risqués dans les infrastructures se comportent davantage comme des actions plus risquées, ce qui peut réduire ou éliminer les avantages de diversification de la catégorie d’actifs.

Investir dans les infrastructures

Les options d’investissement dans les infrastructures comprennent des actions, des fonds ou une combinaison des deux. Pour les titres individuels, les investisseurs pourraient se concentrer sur ce qui suit : les sociétés de transport ferroviaire, de pipelines et de services publics cotées en bourse ; les sociétés industrielles qui offrent de l’équipement, des services techniques ou des matériaux pour les projets ; ou les sociétés de gestion d’infrastructures.

En ce qui concerne les fonds, l’avantage le plus important est la capacité de diversification dans l’ensemble des industries, des régions géographiques et de l’échelle du risque. Les gestionnaires de fonds expérimentés sont bien placés pour évaluer les éléments complexes de chaque projet, mais aussi ses risques politiques, réglementaires et de change. Le choix d’un fonds s’appuie sur certains facteurs, dont les suivants :

  • Dans quels actifs le fonds souhaite-t-il investir ?
    • Des actifs de longue durée avec des flux de trésorerie stables ou des actifs plus risqués dans le cadre de projets qui sont moins réglementés et qui sont plus exposés aux risques liés à la demande ?
    • Des projets de sociétés cotées en bourse ou non cotées en bourse et moins liquides dans des économies développées ou dans des économies émergentes ayant des profils de risque plus élevé ?
    • Des fournisseurs d’actifs, de services ou de matières premières qui peuvent ajouter un caractère cyclique aux rendements et de la variabilité dans les flux de revenus ?
    • Des projets établis ou de nouvelles entreprises qui peuvent s’avérer plus risquées tout en générant des rendements supérieurs ?
  • Le fonds semble-t-il en mesure de récolter un flux de revenus à long terme ou achète-t-il des actifs sous-évalués pour profiter de leurs rendements par appréciation du capital sur une courte période ?

Conclusion

Les infrastructures constituent un thème de placement qui durera longtemps. Les demandes de réparation, de remplacement et de rénovation des infrastructures sont considérables dans l’ensemble des pays développés. Les économies émergentes ont besoin d’investissements tout aussi considérables dans les infrastructures pour atteindre leurs objectifs économiques et sociaux.

Le secteur privé est devenu une source importante de financement des infrastructures. Les actifs à long terme qui offrent un flux de revenus prévisible, souvent rajusté en fonction de l’inflation, constituent une solution attrayante pour les billions qui ne rapportent à peu près rien dans les comptes bancaires (9 billions de dollars dans les comptes bancaires aux États-Unis seulement) ou pour les billions supplémentaires qui ont été injectés dans les dettes contractées sur les marchés émergents ou des sociétés de moindre qualité au cours des dernières années. Nous nous attendons à ce que les investisseurs découvrent l’attrait de cette catégorie d’actifs dans une plus grande mesure au cours de la prochaine décennie.


Déclarations exigées

Ressources pour les recherches

Déclaration sur les analystes non américains : Frédérique Carrier, une employée de Gestion de portefeuille Banque Royale du Canada (U.K.) Limitée, une société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine - États-Unis, a participé à la préparation de cette publication. Cette personne n'est ni inscrite ni qualifiée en tant qu'analyste de recherche auprès de la Financial Industry Regulatory Authority («FINRA») et ne peut pas être assujettie au Règlement 2241 de la FINRA, qui régit les communications avec les sociétés touchées. , les apparitions publiques et les opérations sur titres dans les comptes des analystes de recherche.