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La dernière réunion de la Réserve fédérale en 2019 a été l’occasion de confirmer l’engagement que de nombreux responsables avaient pris publiquement dans les semaines précédentes : la Réserve fédérale choisit le statu quo après avoir procédé à trois baisses de taux « préventives » au cours des derniers mois. En outre, il n’y a plus de clivage à la Réserve fédérale entre les tenants d’un assouplissement de la politique et leurs opposants, puisqu’une majorité nette – soit 13 responsables sur 17 – annonce un maintien des taux directeurs jusqu’en 2020, un consensus que les marchés ont accueilli favorablement.

Si cette réunion est loin d’avoir été l’une des plus mouvementées de l’histoire récente, la déclaration officielle de la Réserve fédérale a soulevé un autre point fondamental. En effet, il n’était plus fait mention d’« incertitudes » à propos des perspectives et on reconnaissait que les tensions inflationnistes s’étaient atténuées.

Le retrait de la mention des incertitudes semble indiquer que la Réserve fédérale n’est pas pressée de réduire les taux en l’absence d’un ralentissement économique tangible. Pour notre part, nous n’y voyons que l’expression de sa volonté de revenir aux données fondamentales que sont l’inflation et les marchés américains du travail, sur lesquels sa politique a un effet, et de parler moins des craintes secondaires exprimées dernièrement que suscitent les guerres commerciales et d’autres facteurs sur lesquels elle a moins de contrôle. C’était visionnaire de sa part, les actualités publiées vers la fin de l’après-midi de jeudi laissant entendre que les États-Unis et la Chine avaient conclu un accord commercial « de principe » et qu’il ne manquait plus que la signature du président Trump.

Nous attendons les détails complets de la trêve, mais croyons qu’elle a déjà largement été prise en compte par les marchés. L’accord pourrait cependant accroître les investissements et la confiance des entreprises – les deux volets de l’économie américaine qui avaient le plus souffert de l’incertitude commerciale persistante – durant le premier semestre de 2020.

Pour autant, la Réserve fédérale ne pourra pas s’en tenir indéfiniment au statu quo. Elle le fait rarement, d’ailleurs. Notre scénario de base prévoit que la Réserve fédérale ne changera pas sa politique et que si elle devait agir, elle le fera dans une optique d’assouplissement. Dans ces circonstances, quelles sont les chances que la Réserve fédérale baisse encore les taux ou qu’elle reprenne le cycle de relèvement des taux ?

Le déclencheur d’une éventuelle hausse

Fait quelque peu curieux étant donné que la Réserve fédérale vient d’appliquer trois baisses consécutives, la majorité des questions posées au président de l’organisation, M. Jerome Powell, durant la conférence de presse portaient sur la possibilité d’une hausse, plutôt que sur les probabilités d’un nouvel assouplissement.

La nature des questions était peut-être simplement dictée par la récente stabilisation du contexte économique, par les quelques progrès liés au commerce et par la publication d’un autre rapport favorable sur l’emploi en novembre, dans lequel on indiquait que le taux de chômage avait reculé pour s’établir à 3,5 %. M. Powell a toutefois mis une chose au clair : il n’envisagera même pas l’idée d’une hausse des taux tant que l’inflation ne se maintiendra pas à 2 %. Malgré un taux de chômage historiquement bas, M. Powell a déclaré que la Réserve fédérale observe encore une certaine faiblesse dans les marchés du travail et que cette faiblesse freine la croissance des salaires.

Pendant combien de temps cette situation durera-t-elle ? Comme l’illustre le graphique en première page, un indice tiré de l’enquête sur la consommation de l’Université du Michigan publiée la semaine dernière montre que l’écart entre les consommateurs s’attendant à des revenus familiaux plus élevés au cours de la prochaine année et ceux pensant avoir des revenus inférieurs est parmi les plus importants jamais enregistrés. Parallèlement, un indice de la croissance des salaires s’est accru pour atteindre 3,7 %, soit le rythme le plus rapide du cycle en cours.

Voir le bon côté des choses
Les attentes relatives à la croissance des revenus des consommateurs sont à leur plus haut depuis des décennies
Consumers’ income growth expectations highest in decades chart

Récessions aux États-Unis

Indice des consommateurs qui s’attendent à voir leurs revenus varier au cours de l’année (à g.)

Croissance annuelle des salaires (à dr.)

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg, indice des salaires horaires moyens des travailleurs de la production et des travailleurs non supervisés aux États-Unis du Bureau of Labor Statistics.

Pour l’instant, il s’agit d’une bonne nouvelle pour la Réserve fédérale. Toutefois, s’il est une chose qui pourrait pousser la Réserve fédérale à resserrer les taux, ce sont sans doute des signes de surchauffe sur le marché du travail.

Le déclencheur d’une éventuelle baisse

Comme l’a dit M. Powell, il faudrait une « révision importante » des perspectives économiques pour que la Réserve fédérale réduise davantage les taux. Cela signifie essentiellement que la Réserve fédérale voudra peutêtre baisser les taux pour combattre une éventuelle récession, sachant notamment qu’elle ne pourra faire que six baisses avant que les taux ne reviennent dans une fourchette de 0,00 % à 0,25 %.

La Réserve fédérale attend, et les rendements demeureront probablement dans une fourchette étroite
With the Fed on pause, yields likely to remain range-bound chart

Rendement des obligations du Trésor à 10 ans

Prévisions de Bloomberg concernant le rendement des obligations à 10 ans à la fin de 2020

Sources : RBC Gestion de patrimoine, sondage mené auprès des analystes de Bloomberg.

Notre principale préoccupation, c’est que la réticence de la Réserve fédérale à prendre d’autres mesures d’assouplissement pour soutenir l’expansion pourrait augmenter les risques de récession. Malgré tout, les marchés continuent d’évaluer à environ 80 % la probabilité que la Réserve fédérale n’applique d’autres baisses de taux en 2020.

Faire fructifier les sommes non investies pendant que la Réserve fédérale reste en touche

La Réserve fédérale ayant choisi de ne pas intervenir pour le moment, nous nous attendons globalement à ce que les taux des obligations du Trésor restent aux niveaux actuels dans un avenir prévisible. Même un rapport étonnamment positif sur l’emploi et des développements favorables sur le plan commercial ne sont pas parvenus à faire augmenter le rendement des obligations du Trésor à 10 ans au-dessus des 2 %, un niveau qu’il n’a pas franchi depuis la première baisse de taux de la Réserve fédérale le 31 juillet. Nous continuons de considérer ces 2 % comme un sommet, ce qui signifie que toute progression des rendements vers ce niveau offrirait aux investisseurs en titres à revenu fixe des occasions de faire fructifier leurs avoirs.


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